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mercredi 13 février 2019

Random news of wow : The French Shadow

J'ai pas le vocabulaire pour décrire (ou masquer) l'excitation qui s'est emparée de moi quand j'ai découvert l'existence de ce truc il y a environ quatre minutes de ça, alors je copie/colle sans vergogne le texte officiel des Moutons Electriques. Mais.... Sans rire. Le Shadow en français !


Juste avant le début de la Deuxième Guerre mondiale, une étrange collection fit son apparition : la collection "Aventures", qui présentait des héros encore inconnus du public français... Bill Banco (Nick Carter en VO), Franck Sauvage (Doc Savage), Pistol Pete (Pete Rice) et, sans doute le plus mystérieux d'entre ces aventuriers, L'Ombre ! Adaptations de pulps américains, ces romans provenaient du fonds Street and Smith mais sans crédits ni d'éditeur ni d'auteur d'origine, et attribués pour ce qui est de L'Ombre, au toujours inconnu Marcel Mahaut.

Retrouvez dans ce volume Le Disque chinois et Le Regard sans visage, romans adaptés des deux premières aventures de The Shadow, le vengeur masqué de Maxwell Grant, datant de 1931 pour les textes originaux, dans la version signée par Marcel Mahaut (traductions révisées). Avec deux essais de Francis Saint-Martin, sur l'historique du Shadow et sur l'histoire de cette collection, et une préface par Michel Pagel.

lundi 6 août 2018

Black Mask, l'improbable retour



En 2013, Open Road Media publiait la vidéo que vous pouvez regarder ici à l'occasion de la publication d'anthologies de nouvelles issues de Black Mask, pulp auquel on doit l'invention du polar à l'américaine, le hardboiled. En 2016, les droits du magazine, ainsi que tous ses copyrights et propriétés intellectuelles, étaient acquis par Steeger Properties, avant qu'à l'automne de cette même année, Black Mask ne réapparaisse avec l'aide d'Altus Press, au format d'origine, avec des inédits et des rééditions. Et l'internet du pulp a exulté.
Mais c'est quoi, Black Mask, exactement ? Et pourquoi est-ce si important, au milieu des Weird Tales, des Amazing Stories (qui vient de réussir son Kickstarter) et des centaines d'autres postulants qui ont vivoté d'une manière ou d'une autre depuis la fin des années trente, que ce soit celui-là qui renaisse ?

La couverture du premier Black Mask nouveau, à l'automne 2016

J'ai lu mes premières nouvelles du magazine dans The Black Lizard Big Book of Black Mask Stories (à vos souhaits) de 2010, découvrant via les superbes introductions d'Otto Penzler ("le" éditeur de mystery fiction aux US) et Keith Alan Deutsch (plus ou moins le Patrice Louinet de Black Mask) un bout de l'histoire derrière les "pulps detectives" (un genre que je n'avais jusqu'alors exploré qu'au travers de ses inévitables héros masqués, notamment le duo Shadow/Spider, et un certain Black Bat qui, contrairement à ce que son nom laisse penser, est l'inspiration de Daredevil), et aussi qu'un paquet de noms que la modernité tient en profonde estime comme Dashiell Hammett, avaient fait l'essentiel de leurs carrières dans ses pages (la version originale -car il fut lourdement retouché pour la publication reliée que l'on connait- du Faucon Maltais est d'ailleurs au programme du Big Book).
Black Mask, c'est tout simplement l'acte de naissance du polar. Les américains appellent ça "hardboiled". Le hardboiled, c'est le western moderne d'MC Solaar, un roman de chevalerie urbaine made in USA ; c'est la préhistoire de Dirty Harry, mais c'est aussi ce qui, arrangé par quelques années, un voyage en France et une guerre mondiale, a donné naissance au noir dans les années 40. C'est également le type de récits au travers duquel on va commencer à parler de "paralittérature" et de "genre", notamment dans les cercles intellectuels français (le terme "roman noir" apparaît pour la première fois en 1944 et Gallimard crée la collection Série Noire en 1945 - rappelons que si l'Amérique est communément vue comme une terre de science-fiction et l'Angleterre comme celle des elfes et des fées, la France est le pays du roman policier) et à les penser au sens (plus ou moins) noble, par opposition à la littérature de gare. Pour l'anecdote, Black Mask fut aussi le titre de travail du Pulp Fiction de Tarantino, et c'est aussi l'une des raisons qui font que ça me rend complètement fou quand on dit que Pulp Fiction c'est du pulp - parce que c'en est pas.

Black Mask est né en 1920, son premier numéro étant publié en avril par le duo H.L. Mencken et George Jean Nathan, respectivement journaliste et critique littéraire désireux d'offrir une publication "support" au prestigieux The Smart Set, magazine dédié à des genres plus nobles et dont l'une des particularités était de proposer une courte pièce de théâtre à chaque numéro. L'idée des deux compères étaient tout simplement d'offrir à Monsieur une lecture plus épicée (les premiers numéros n'étaient d'ailleurs pas exclusivement dédiées au polar, l'accroche -qui changera souvent par la suite- annonçant fièrement "An Illustrated Magazine of Detective Mystery, Adventure, Romance, and Spiritualism") pendant que Madame se régalerait de son plus élégant grand frère.
Toutefois, s'ils sont à l'origine l'existence du magazine, c'est à un éditeur plus tardif, Philip C. Cody, entre 1924 et 1926, qu'on doit le Black Mask. Cody avait une certaine expérience dans le marché du kiosque, ayant été le superviseur des publications Warner et de quelques magazines "mass-market" (l'équivalent de nos torchons actuels à 1€ pour 150pages de pub) pendant quelques années. Il donna au pulp de Mencken et Nathan un ton plus sensationnaliste, ciblant parfaitement la démographie de son journal (plus jeune et plus exigeante que prévue) et sélectionnant histoires et illustrations en fonction. Les récits devinrent plus longs, leurs intrigues plus détaillées, et leur imagerie plus ouvertement sexuée et violente (l'accroche évoluera alors d'un verbeux "A Magazine of Unusual Romance and Detective Stories" à un minimaliste "Detective, Western, Stories of action" - et cinquante autres combinaisons du genre). Plus pulp, quoi.
L'intérieur de couverture affichait même clairement son mode d'emploi :
"Les éditeurs ont essayé de produire le magazine le plus inhabituel d'Amérique. Chaque histoire est créée pour vous laisser une impression forte, finie. Mais pour découvrir cet effet et l'apprécier dans son entièreté vous ne devez surtout pas les lire de la manière dont vous lisez probablement les autres. Si vous passez rapidement au travers des pages vous perdrez la richesse des environnements et des détails. Si vous lisez les premiers paragraphes et sautez directement à la fin, vous vous spolierez. Notre but est de vous divertir - de vous enlever à la triste routine de la vie quotidienne. Black Mask ne prétend pas adhérer au traditionnel "happy ending". Ses intrigues sont non-conventionnelles. Leurs fins sont toujours surprenantes, extraordinaires, jamais stéréotypées. Vous volez votre propre plaisir en les lisant par le mauvais bout."
(Traduction littérale et à l'arrache du numéro d'octobre 1922)


Sous cette forme plus crue, Black Mask devint la publication la plus populaire du secteur policier, et si ses plus grands auteurs, qui compteront Dashiell Hammett mais aussi Raymond Chandler (Le Grand sommeil, Le Dahlia bleu, plusieurs films d'Hitchcock), Erle Stanley Gardner (le papa de Perry Mason) ou Norvell W. Page (of The Spider fame), n'arriveront qu'avec le successeur de Cody, Joseph "Cap" Shaw à la fin des années 20, le hardboiled est déjà la raison de sa renommée chez les lecteurs. (Trivia amusant, Dashiell Hammett conversait dès 1923 avec les lecteurs du magazine, ayant publié sa première nouvelle -une course poursuite de trois pages- en décembre 1922 sous le pseudonyme Peter Collinson.)

Attribuée à Carroll John Daly, avec The False Burton Combs dans ce même numéro de décembre 1922, la création du hardboiled repose sur les bases classiques de la littérature nord-américaine : le crime, la liberté, les flingues, et la justice rétributive.
Mais point de héros blancs comme neige ici. Le détective privé, figure emblématique, y est un observateur cynique et pessimiste d'une société corrompue, et l'attrait durable de Philip Marlowe (personnage principal des histoires de Raymond Chandler, qui sera notamment interprété par Humphrey Bogart dans la première adaptation du Grand sommeil) et d'autres durs à cuire comme le Sam Spade d'Hammett ou le plus tardif Mike Hammer de Mickey Spillane, tient dans leur idéalisme terni. Le héros hardboiled est à la croisée des chemins entre le chapeau blanc de Tom Mix, la star des premiers westerns, et le fedora des gangsters d'une prohibition qui bat son plein ; ni hors-la-loi ni policier, mais pleinement justicier. Un chevalier des temps modernes, disais-je. Et comme tant de héros pulp, il rumine. Sous des dehors de bagarreur cynique, fripé et imbibé, il philosophe et se perd souvent dans ses pensées, joue aux échecs, lis de la poésie et écoute de l'opéra. Il a surtout en horreur la corruption généralisée de la société, des politiciens et des policiers. C'est son sens moral qui le guide, on n'est pas chez Frank Miller, et il ne cède jamais à la tentation, ni celle des gangsters qu'il pourchasse, ni celle des inévitables femmes fatales qui l'engagent (l'une des particularité de ce type de fiction étant même d'être la seule à l'époque à placer des armes dans les mains de personnages féminins).
L'éditorial de Marcel Duhamel pour sa Série Noire s'en fait parfaitement écho :
"Que le lecteur non prévenu se méfie : les volumes de la Série noire ne peuvent pas sans danger être mis entre toutes les mains. L'amateur d'énigmes à la Sherlock Holmes n'y trouvera pas souvent son compte [...] On y voit des policiers plus corrompus que les malfaiteurs qu'ils poursuivent. Le détective sympathique ne résout pas toujours le mystère. Parfois, il n'y a pas de mystère. Et quelquefois pas de détective du tout...Mais alors. Alors, il reste de l'action, de l'angoisse, de la violence."
Notez que c'est également précisément là qu'on tient la grande différence entre le hardboiled américain et le noir européen : on considère généralement que la différence entre les deux genres tient à son protagoniste, un immuable privé pour l'un, et plus facilement une victime, un témoin ou carrément même le criminel lui-même pour l'autre. La différence est d'autant plus palpable de nos jours dans les romans d'Elmore Leonard (le papa de Raylan Givens), Lee Child (celui de Jack Reacher) ou l'inévitable James Ellroy (L.A. Confidential, Le Dahlia noir), par exemple.

Et puis, il y a ce caractère dont j'ai déjà parlé tant et plus, ce "truc" typiquement pulp et qui n'existera nulle part ailleurs, bien souvent dicté par les nécessités éditoriales (la publication en plusieurs parties nécessitant les fameux "cliffhangers" de fin de chapitre, et les lignes et visions particulières de chaque magazine et éditeur).
C'est d'ailleurs précisément ce qui causa la chute du système. Black Mask atteignit ainsi ses pics de vente au cours des années 30, avant que l'intérêt pour les enclumes de 200pages à 20cents imprimées sur une parodie de papier ne diminue progressivement (et très rapidement) en faveur de la radio, du cinéma, et des comics, les trois ayant en commun d'avoir justement adapté les héros des pulps à leurs formats.
Et vous avez là la réponse à ma deuxième question. Désormais, quand on vous demandera pourquoi le retour de Black Mask est si important, vous pourrez répondre que sans lui (et ses milliers de rejetons), vos séries télé favorites n'existeraient pas.

(Extrait d')illustration pour Murder A.W.O.L. par Rafael De Soto (1944)

Black Mask fut l'un des derniers dinosaures du pulp, stoppant sa publication en 1951, sous la direction (anonyme) d'Harry Steiger, ancien éditeur d'Horror Stories et Terror Tales et alors en charge de Dell Comics. En 1985, une première tentative de retour avait été entamée sous le nom "The New Black Mask", attirant des auteurs comme James Ellroy ou Michael Collins (créateur de Dan Fortune, un privé manchot fortement inspiré par le héros du Bad Day at Black Rock de John Sturges, littéral western se déroulant en 1945) mais ne rencontrant que peu de succès. Avant, donc, finalement, de revoir à nouveau la lumière grâce à l'étrangeté d'internet. Combien de temps durera cette incarnation, seul l'avenir le dira, mais vu le succès des récentes nécromancies d'Altus Press (les Wild Adventures of Doc Savage, Tarzan et maintenant The Spider de Will Murray, notamment), j'ai bon espoir.


Pour s'offrir un bout d'histoire rétroactive (en magazine et en numérique), c'est chez Altus Press que ça se passe.
Les curieux peuvent également lire de vieux scans de Black Mask sur le Pulp Magazine Project.

mercredi 11 octobre 2017

Serials noirs : coffret Blu-Ray/DVD dédié à Louis Feuillade

J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer son nom, Louis Feuillade est probablement le réalisateur du muet en France, avec environ soixante-dix films et plus de cent cinquante épisodes de séries sur une carrière  dune vingtaine d'années. Ses oeuvres majeures, Fantômas et Les Vampires (auxquelles on doit des milliards d'influences pulp, du Shadow à Catwoman) viennent ce jour de se retrouver compilées, annotées, restaurées et complétées d'une myriade de bonus dans une édition dantesque signée Gaumont.


C'est dans trois mois, mais vous pouvez d'ores et déjà ajouter ça sur votre liste des cadeaux de Noël, et soyez certains que j'en reparlerai prochainement.




EDIT :
En attendant ledit reparlage, Critikat en a fait une présentation plutôt intéressante (que je ne m'aventurerai pas à appeler "critique"), de quoi guider les indécis qui ne savent trop à quoi s'attendre.

lundi 25 juillet 2016

Serge Lehman et le pulp français

Avant toute chose, sachez que les bandes dessinées dont il est question ici sont tout simplement fantastiques et qu'elles méritent toute votre attention. De ce fait, je n'essaierai en aucune manière de les résumer ici, et si je pense que mon développement peut, justement, vous donner envie de les ouvrir, il est en vérité plus intéressant si vous savez exactement de quoi je parle.
Lisez Serge Lehman avant cet article, ou après, à vous de choisir, mais lisez-le.
Lisez La Brigade chimérique, travaillé avec son compère Fabrice Colin et qui se chargeait, entre 2009 et 2010, de ressortir de la naphtaline de vieux héros comme le Nyctalope et des auteurs oubliés comme Maurice Renard dans un grand délire pré-Deuxième Guerre bariolé de superscience complètement pulp. Lisez les quatre tomes de Masqué, où dans un futur indéterminé Paris se trouve un nouveau héros sorti tout droit de la cave du Fantôme de l'Opéra, ou L'Oeil de la nuit, Nyctalope-en-tout-sauf-de-nom dont la conclusion vient de paraître chez Delcourt, voire Metropolis, qui attend son ultime volume pour cet automne, glaçante évocation d'un âge d'or continu dans une Europe où la Belle Epoque n'a jamais pris fin.
Ceci étant dit, de quoi ça parle exactement, le pulp de Serge Lehman ?


Il y a dans l'ensemble cette oeuvre des trucs géniaux dans tous les sens, mais le vrai tour de force, en fait, c'est que chaque série participe au tout (sobrement nommé "Hypermonde") de son auteur.
Presque, j'aurais tendance à dire qu'elle n'a justement de réelle qualité que dans son ensemble.
Il faut dire qu'au delà du sous-texte et de mon propre plaisir à fouiller dans le qui-est-qui, La Brigade chimérique est une série qui me laisse particulièrement circonspect. Se présentant comme hommage autocontenu de ses deux auteurs à une époque révolue de la littérature française, elle partait d'un point indéterminé au passif ultra-complexe et se terminait entre deux réalités qu'il était assez difficile de réellement imaginer. Elégamment pensée mais trop fortement connotée par son évocation surhumaine du nazisme et finalement coincée par son héros simili-amnésique, sans réelle possibilité d'expliquer les choses, elle sert à mes yeux plus d'introduction aux concepts qui feront l'univers de Lehman qu'elle ne fait figure d'histoire complète. Il manque des choses dans La Brigade chimérique. La série lance des pistes, assemble quelques briques littéraires avec plus ou moins de justesse et de succès, et pose au final plus de questions qu'elle n'amène de réponses. Il lui fallait donc étendre son univers pour exister, et se débarrasser du du poids du contexte Nazi et, surtout, de celui de la blague littéraire omniprésente, inconsidérablement grisante quand on connait le contexte, mais qui empâte sérieusement le récit de la Brigade. Par chance, il ne faudra pas attendre bien longtemps pour que Lehman s'y lance, seul, cette fois. Avec Masqué, L'Homme truqué (tiré des écrits de Maurice Renard et servant de préquelle à La Brigade chimérique) et surtout L'Oeil de la nuit, Lehman crée réellement un monde, référencé, certes, mais qui n'appartient qu'à lui (auquel on pourra ajouter le 1939 alternatif de Metropolis, mais sa genèse est assez différente), recréant contexte et continuité historique afin d'en explorer toutes les possibilités.
Si l'on considère le 1939 de La Brigade chimérique comme présent, Masqué en est un futur dystopique, Metropolis une alternative utopique désenchantée, et L'Oeil de la nuit (qui est réellement le (jeune) Nyctalope de La Brigade chimérique et de L'Homme truqué, il n'a perdu que la "licence") est un passé en forme de point d'ancrage, genèse de toutes les autres séries.
S'y développe un monde ellisien et transhumaniste dans le procédé, mélangeant fiction et réalité (et les héros de chaque "dimension"), dans lequel Paris, véritable personnage, peut se transformer en dictature cyberpunk (avec l'hologramme de Fantômas par dessus la Basilique du Sacré Coeur) et être un nexus dimensionnel druidique en même temps. La ville a une place terriblement importante dans les bédés de Lehman, et se fait le vecteur principal de l'intrigue (des intrigues, plutôt). Berceau du futurisme et du surréalisme, point de départ de "l'âge du radium", littérature, philosophie, magie et science s'y imbriquent, et de son sein émerge un héros (Nyctalope/Oeil de la nuit) constantinien, à la fois savant et golem, sauveur et destructeur, un personnage qui sort de sa coquille et comprend des choses qu'il savait presque naturellement. Il a vu la mort, il connait sa place dans l'univers, il a toujours eu les compétences morales et intellectuelles et il a maintenant la capacité physique de les mettre en action, mais se trompe finalement de chemin et s'efface lui-même de l'histoire, symbole d'un pan magistral de l'histoire oubliée du pop du début du siècle... Mélangeant férocement histoire et fiction au point d'être, certes, plaisant à lire, mais totalement opaque sans connaissance réelle de l'un ET de l'autre, l'Hypermonde de Serge Lehman, c'est un peu le Planetary français.
Là, j'ai sorti mon gros mot, mais sans rire, je ne vois aucune autre comparaison valable.

Peut-être, et je n'en serais à vrai dire aucunement surpris, vais-je chercher un peu loin. Peut-être suis-je aussi trop marqué par mes lectures et mon goût prononcé pour Warren Ellis. Ouvertement, Serge Lehman vise plutôt Alan Moore et sa Ligue des gentlemen, le projet initial de La Brigade chimérique tablant sur un Wold Newton à la française (et me rappelant le projet Shadowmen (2005), qui avait donné naissance aux Compagnons de l'ombre, un hommage anglophone aux héros français sous la direction des époux Lofficier), mais le traitement et les sujets sont à mon sens purement ellisiens, meta jusqu'au bout des tuyaux, croisant les auteurs avec leurs fictions, impliquant profondément l'histoire, celle littéraire et celle avec un grand H, de la France et du Vieux Monde. On n'utilise pas simplement "des personnages" dans une JLA british du XIXeme siècle en proie à des menaces purement fictionnelles. Moore est un auteur ultra réflexif sur son média, capable de le transformer en monstres tentaculaires particulièrement impressionnants mais, en définitive, résolument autocentrés, faits de partis pris narratifs et de déconstructions de mythes. L'Hypermonde de Lehman va au delà, impliquant le hors-livre, la dimension d'oubli d'un travail littéraire dans le temps autant que l'oubli de ses héros par la fiction elle-même. Ces mondes imaginaires sont imbriqués les uns dans les autres et dans le notre, tout se croise, parfois jusqu'à la faute, noyant le sujet dans la référence.
Il faut aussi dire que le sujet en question a besoin d'espace pour s'exprimer. S'il est bien évidemment question de remettre des héros oubliés à la place qu'il auraient pu/du occuper dans notre histoire éditoriale, il s'agit avant tout de le faire dans leur propre contexte fictionnel. Et libéré de l'emprise de son propre mirage, Lehman développe une série d'univers qu'on imagine facilement temporellement liés mais suffisamment différents pour exister de leur propre droit, et si tout se croise, disais-je quelques lignes plus haut, ce croisement se fait dans un éther magique (le Plasme) qui baigne le tout dans une semi-conscience d'un autre monde, ou plutôt d'une autre échelle. Et c'est là qu'on en revient aux sujets transhumanistes. Ellis imagine ses century children comme le système immunitaire de la Terre, et j'ai du mal à ne pas voir les héros "choisis" par le Plasme comme un élément tout à fait semblable. le Plasme de Lehman, c'est la Plaie d'Ellis, l'un préférant une origine magique inexpliquée (et inexplicable) à la théorie hard-SF ultra pointue de réalité parallèle de l'autre, mais le résultat est le même : c'est la clé de tout, et surtout le coeur de tous les pouvoirs. Chez Lehman, la magie va et vient, crée des surhommes quand le moment s'en fait sentir, et du rassemblement héroïque antinazi de La Brigade chimérique naît le futur de Masqué, dont le scénario étend le concept en expliquant, en compagnie de L'Homme truqué (qui fut publié en parallèle de la conclusion de Masqué), une part du mystère qui entoure le monde de Lehman (et le renvoie, encore une fois, directement au notre par la même occasion). Le "Masqué", héros sans nom né d'une cave fantôme (-as ou de l'Opéra?) et ressemblant curieusement au Fulguros de Brantonne, promettait à son Paris futur le retour de héros et d'individus aux capacités proches des siennes, et le Nyctalope (enfin, l'Oeil de la nuit) devient une espèce de prophète magique et scientifique, nexus à forme humaine dont la nature autant que la connaissance font le premier maillon d'une longue chaîne de transhumains aux pouvoirs plus ou moins hasardeux, parfois magiques, parfois fabriqués par l'homme, toujours dans un but précis : protéger "la ville", espèce d'inconscience collective que Lehman fait de Paris et qui guide chaque héros au fil de leurs aventures. Là est tout l'intérêt de Metropolis, vaguement présentée dans le 1939 de La Brigade chimérique et qui prend forme, dystopique et uchronique, dans sa propre série, comme un monde parallèle où elle aurait réussi à se "sauver" de la folie des hommes. Il est à ce titre intéressant de noter que Metropolis est précisément l'origine de tout le projet de Lehman, les hasards artistiques et éditoriaux faisant de la bande dessinée publiée actuellement une version repensée à la lumière de la Brigade d'un roman resté inachevé.

Tout ce qu'il manque pour faire de l'Hypermonde un Planetary à la place de Planetary, c'est un contexte contemporain et un regard "du futur" sur les actions décrites, une optique allant au delà du jeu de la référence et du manifeste "voici ce que nos super-héros étaient, rendons-leur la place qui leur revient". Ce n'est évidemment pas le but. Lehman crée un univers multisérie dans lequel on trouve facilement des passerelles, mais dont chaque épisode est parfaitement indépendant et sur lequel ses héros n'ont aucun recul, leurs luttes internes tournant presque à l'enfantillage. Le regard extérieur et completionniste, c'est uniquement celui du lecteur. Personne ne sait vraiment tout et/ou est immortel chez Lehman, ces gens sont juste les héros de leur temps, des héros qui, contrairement à ceux de notre fiction oubliée, laisseront une trace dans le monde à rebours du scénariste, comme exploré dans Masqué. Et puis Lehman a l'avantage de ne pas avoir à cacher les noms, lui : en dehors du Nyctalope pour lequel un ayant-droit s'est réveillé par magie en 2014, tous sont dans le domaine public ou presque.
Et je ne peux pas m'empêcher de voir dans le Nyctalope la personne même de Lehman, premier super héros made in France et annonciateur de leur retour, protecteur magique et scientifique de la capitale...


Car là se trouve, au delà de tout le blabla metatextuel dont je viens de vous faire part concernant les séries en elles-même, toute la magie de Serge Lehman : faire revivre des personnages que, avouons-le, nous ne connaissions pour la plupart absolument pas, et qui font pourtant partie intégrante de notre héritage fictionnel. A peine ont survécu Arsène Lupin et Fantômas, et encore, pas toujours sous une forme flatteuse (Lupin est toujours resté égal à lui-même, mais si vous pensez que Fantômas est un rigolo avec un masque bleu qui fait faire des grimaces à Louis De Funès, vous êtes loin du compte), et à l'heure où les superpouvoirs sont l'apanage des héros nord-américains, il est aussi très agréable d'avoir une ou deux séries nous rappelant que, non seulement il en existe des français, mais surtout, qu'ils étaient là les premiers.
C'est le sujet premier de La Brigade chimérique, ouvertement sous-titré "la fin des super-héros européens", et la métaphore est filée dans chaque série. Le Nyctalope s'en fait le prophète idéal, prototype qu'il est d'environ tous les héros qui suivront : il a le premier "super-pouvoir", est un homme loyal, juste et bon, mais n'arrive à rien seul et sait admirablement bien s'entourer, tout comme sauront le faire les premiers grands héros américain, le Shadow (en 1931) et Doc Savage (1933).
Soyez curieux, lisez quelques interviews du monsieur, et lisez ses bédés. Il y a, dans cette étrange et autoréférencée remise en contexte, une envie fière et parfois un peu vaine de remettre les grands héros tricolores sur le devant de la scène, mais surtout un véritable amour et une réelle connaissance des personnages en question. Sans rire, même le fait de mêler de vrais personnalités aux aventures des différents héros n'a rien d'innocent : la première aventure même du Nyctalope, en 1911, comptait parmi ses personnages secondaires Camille Flammarion et Maurice Reclus, qui accompagnaient carrément le héros dans sa conquête de Mars.

samedi 21 mai 2016

Jour 20 – Super-pouvoir favori ?

Je dis toujours intangibilité, j'hésite jamais, c'est toujours le premier auquel je pense.
J'adore ce pouvoir et, quoiqu'on le perçoive principalement comme défensif, je l'ai toujours vu comme un moyen de toucher sans être toucher, et donc paradoxalement le pouvoir le plus offensif qui soit, où l'on pourrait foncer tête baissée et n'aurait plus à craindre le moindre coup. Qui plus est, il n'est pas spécialement violent, n'implique pas de démembrer un adversaire avec la simple force de son regard ou la surpuissance d'une chiquenaude trop assurée. Phaser au travers, c'est une méthode ultra efficace pour mettre un groupe hors de combat en un minimum de temps et avec un minimum de létalité.
Et puis on peut se fondre dans le décor et les ombres (le Shadow, quelqu'un?), voir sans être vu, sans compter un paquet d'applications pratiques dans le vie de tous les jours. Sans rire, j'adore cette idée de passer naturellement de matériel à immatériel.
Techniquement, je me dit qu'un pouvoir à la Vision, permettant plus simplement de changer sa densité entre brume incandescente et rocaille diamantaire serait plus efficace et complet, mais être Kitty Pryde me suffit amplement : sans compter que nombre de versions alternatives de la demoiselle ont maîtrisé leurs pouvoir jusqu'à, justement, savoir se rendre aussi solides que La Chose (dans Ultimate FF Annual, notamment - au passage, Ultimate Kitty est le meilleur perso Marvel ever), et au delà des bêtises premier degré que je viens d'écrire (car les possibilités sont en vérité effrayantes au possible), l'intangibilité est le pouvoir parfait pour ne pas avoir à se battre et résoudre tout souci le plus pacifiquement possible. Quoi de plus naturel, en effet, que d'envoyer un ambassadeur qui ne craint rien ? Oh, sûr, on pourrait envoyer Superman, mais Superman est inhumainement puissant et résistant, il est la personnification brute de la démonstration de force. Kitty, elle, est proprement intouchable. Son pouvoir semble inoffensif au possible, mais il représente une force tranquille littéralement inarrêtable. En fait, elle pue le charisme, et si elle reste à ce jour le seul personnage des X-Men qu'on ait jamais imaginé avoir une carrière politique à succès (dans X-Men The End), ce n'est pas pour rien. L'intangibilité n'est pas un pouvoir agressif, c'est discret, mais quand on l'utilise, c'est particulièrement graphique. C'est à la fois tout à fait rassurant et très très impressionnant. Force tranquille, disais-je, et c'est surtout cette idée qui me plait.

Et, si la question avait été "quel pouvoir je veux", c'est précisément là que mon cerveau se serait mis en route au delà du simple plaisir bédéphile de s'imaginer en X-Men et de tout casser (ou pas, justement).
Le Shadow a une autre caractéristique que celle qui lui donne son nom, une qu'il partage avec Jack Hawksmoor, Elijah Snow, Charles Szasz, Layla Miller et un tas de personnages avec lesquels je m'identifie vraiment et dont j'ai déjà évoqué les particularités.
Je vois dans l'intangibilité des douzaines d'applications physiques et pratiques et c'est réellement mon superpouvoir favori, aucun doute là dessus, mais si je devais me choisir un trait spécifique, quel qu'il soit, celui que je voudrais vraiment avoir, c'est la connaissance.

jeudi 19 mai 2016

Jour 18 – Second-couteau favori ?

J'ai longtemps, très longtemps, hésité pour cette question. C'est que, plus que des seconds-couteaux à proprement parler, j'ai surtout un amour inconsidéré et pas forcément justifié pour deux ou trois personnages qui sont juste terriblement mal exploités. Me viennent en tête le pauvre Moon Knight, au concept tellement touffu et tordu que personne n'a jamais vraiment su quoi faire avec (même les bons scénaristes qui s'y sont essayé -Huston, Ellis...- ont arrêté les frais au bout de six ou huit épisodes), ou le Ghost Rider, dont l'exploitation récente (et pas seulement cinématographique) est tout simplement déplorable. Mais mon ultime favori dans la catégorie gâchis monumental, c'est Captain Marvel.
Je pourrais tous les citer, sous plein d'éditeurs différents, car, de Billy Batson à Mar-Vell jusqu'à la délicieuse Carol Danvers, tous sont effroyablement mal utilisés, mais quand je dis Captain Marvel, je pense d'abord à celui qu'on a stupidement renommé Shazam ces dernières années. LE Captain Marvel. Celui créé par Fawcett et que DC a sciemment tué parce qu'il était meilleur que Superman.


Sans rire, pendant les années 40, la Marvel Family était probablement la plus populaire du paysage superhéroïque de bande-dessinée. Et pas seulement, d'ailleurs, le succès du personnage a par exemple permis la production d'un (superbe) serial en 1941, serial qui reste par ailleurs de loin mon favori de l'époque.
Le concept était frais et positif, ses héros foncièrement bons et attachants, et entre Marvel Jr, Mary Marvel et Marvel Dog, il y en avait pour tous les goûts.
Et oui, en passant, c'est Superboy, Supergirl et bordel de Krypto le chien. Superman a volé sa famille à Captain Marvel, ce qui est puissamment drôle quand on sait que Marvel, apparu pour la première fois en février 1940, est deux ans plus jeune que le kryptonien et que, en 1953, DC Comics attenta un procès à Fawcett pour plagiat. L'hôpital qui se fout de la charité. (Pour la petite histoire, et pour ajouter à l'ironie tragique de la situation, c'est Otto Binder, le créateur de la Marvel Family lui-même, qui importa nombre de ces personnages chez DC.)
La différence principale entre les deux personnages, et la raison même du succès de Captain Marvel à l'époque, c'est que l'un est un extra-terrestre réellement supérieur à l'homme tandis que l'autre est un gamin perdu qui se voit confier des pouvoir par un vieux magicien. Captain Marvel, c'était Superman version Tolkien, et c'était bel et bien magique. Grâce à ce simple détail, Billy Batson a toujours été plus proche de ses lecteurs que l'homme d'acier et, d'une certaine manière, une évocation beaucoup plus claire de l'idéal à devenir. Billy se transforme certes à volonté (tant qu'il a la possibilité de hurler "Shazam !", s'entend), mais il n'est pas lui-même le héros : Marvel a sa propre personnalité, il est une projection adulte et gonflée à la poussière de fée des idéaux du petit garçon.
Ce lien fut d'ailleurs souvent changé au fil de son histoire éditoriale, certaines incarnations du personnage lui laissant la personnalité de Billy même en tant que Marvel (c'est la version la plus courante et celle qu'on considère comme canon aujourd'hui) tandis que d'autres faisaient de l'orphelin un simple vecteur pour un héros des temps anciens. Il s'agit d'un des nombreux détails en constant chamboulement qui font que, coupé dans son élan, Captain Marvel n'est plus aujourd'hui que l'ombre de l'ombre -de l'ombre...- de ce qu'il fut.

Une descente aux enfers tristement longue et solitaire, essentiellement due à son statut d'origine : DC, qui fit vraiment le vautour jusqu'au bout sur le personnage, en racheta les droits en 1972 et ne sut jamais quoi faire d'un doublon de Superman qu'il avait lui-même jeté aux oubliettes. Il y eut bien une véritable tentative de revival en 1973, mais elle ne rencontra jamais le moindre succès. Titrée Shazam! pour des raisons de droits alors beaucoup plus logiques (Marvel Comics a créé son propre Captain Marvel en 1967), elle proposait tout d'abord des récits dans la veine de ceux d'origine, accompagnés par des rééditions des publications Fawcett. En 1978, à la suite de nombreuses apparitions dans d'autres séries DC, l'épisode 34 repensa totalement le contexte du personnage pour l'ancrer dans l'univers partagé de l'éditeur.
De là, tout ne fut plus qu'une longue chute pour Captain Marvel, cantonné après l'annulation de son titre à un rôle de soutien dans la JLA et à quelques sporadiques mentions ici et là. La Crise (des Terres Infinies) de 1986 entérinera cette position de "personnage de fond de salle" et, après un nouvel échec de réinvention du héros (The Power of Shazam!, 1994), il fut rétrogradé à la Justice Society of America (la JLA "des vieux"). Au milieu des années 2000, car un carnage semble devoir se répéter tous les dix ans sur cette licence, DC tenta un ultime challenge et faisant de la Marvel Family un acteur fondamental de son Infinite Crisis, avant de réinventer ses héros, tuant Shazam le magicien, faisant passer la cape à Marvel Jr (dans The Trials of Shazam) et transformant Mary Marvel en vilaine.
Alors, certes, nombre de ces histoires sont plutôt bonnes (son passage dans la JSA entre 2003 et 2004 est même remarquablement bien pensé), mais rarement, trop rarement, Captain Marvel retrouva le degré d'excellence et de pertinence qui fut le sien. Au contraire, il fut plus souvent qu'à son tour le jouet des autres, et notamment de Lex Luthor, qui en fit son arme favorite contre Superman (dans Kingdom Come ou Superman-Batman: Public Ennemies, par exemple).


S'il garde une certaine côte auprès de nombreux auteurs et lecteurs (ses passages dans les univers animés de Bruce Timm furent souvent salués), le personnage dans son incarnation DC Comics n'a jamais été vraiment vendeur, et lorsqu'il a été question de le ramener une dernière fois à la fin des années 2000, ce fut sous la forme d'une BD pour enfants hors-continuité (Billy Batson and the Power of Shazam!). A la fois plus conforme au modèle de 1942 et radicalement nouvelle (et probablement le meilleur travail sur le personnage jamais publié par DC -ce qui est d'une tristesse effroyable-), la série, qui aurait fait une fantastique addition au catalogue Cartoon Network, eut pour effet de terminer la dilution du personnage dans une image cheap et dépassée de B-lister bodybuildé.
Ainsi, tout récemment, au moment de préparer un hypothétique film dédié à Captain Marvel, on parlait plus de qui caster dans le rôle de Black Adam, némésis ultra-charismatique et ultra-populaire (il est, en vérité, le seul personnage à être sorti grandi de tout ce bordel) de l'éclair rouge. Hell, on ne parlait même plus du tout de "Captain Marvel" puisque, si depuis le rachat officiel du personnage par DC les appellations changeaient sur les titres des séries sans pour autant toucher le personnage, il se nomme désormais officiellement "Shazam" depuis la création du New 52.

Captain Marvel est mort, vive Captain Marvel.

mercredi 18 mai 2016

Jour 17 – Le vilain le plus inutile ?

Le Pilleur ?

LIES ! 

Ce méchant de Spider-Man (raaah! encore Spider-Man?!) sera, je pense, à jamais le premier nom qui me viendra en tête quand on me parlera de vilains incompétents à un niveau résolument comique. Le Pilleur (The Looter, en VO) est sensé avoir reçu une force surhumaine ou un truc du genre après avoir respiré le gaz d'une météorite. Une origine aussi basique qu'inutile, puisque le monsieur n'a jamais, dans mon souvenir, était plus balèze que son maigre physique (il doit faire 1m70, max) le lui permettait. En revanche, il a souvent su s'équiper de gros canons bien ridicules et s'habiller avec la classe absolue d'un anglais bourré, de rose et de blanc.
Quoique les trois cases qui lui soient allouées dans Dark Reign soient particulièrement drôles, son apparition la plus mémorable restera pour moi celle par laquelle je l'ai découvert (et que j'ai mis deux heures à retrouver pour pouvoir écrire ce post, bien plus de temps que ce personnage stupide n'en mérite) : une backstory d'Amazing Spider-Man Annual 26 (publiée en France dans Nova 196) qui servait de roll call des vilains du tisseur et laissait le pauvre Pilleur comme triste dindon d'une farce qu'il se posait, au final, à lui-même.


Sur une "histoire" de trois pages, il faut quatre malheureuses cases à S-Man pour s'en débarrasser tout en le vannant copieusement. Oui, ce mec est nul. Plus nul encore que le Wrecking Crew.

jeudi 12 mai 2016

Jour 11 – Dessin animé issu d'une bédé favori ?

Où je me rend compte que, par habitude, j'ai traduit "dessin animé" (au sens large) une question qui parlait d'animated series (bien plus restreint). Mes films issus de bédés favoris étant, justement, des dessins animés, et la question des films devant revenir (c'est la question n°27), on retiendra donc le sens initial, et ma série animée superhéroïque ultime, c'est le Superman de Max et Dave Fleischer.


J'aurais pu citer le Batman de Bruce Timm et Paul Dini. Evidemment que j'aurais pu citer Batman. Bien sûr que j'aurais pu citer Batman. Batman, c'est la meilleure série animés jamais dédiée à un super-héros, à l'unanimité absolue du monde entier. Vous le savez, je le sais, aucune discussion possible. Mais j'aime pas Batman. Le personnage, s'entend. La série est excellente, mais passé le souvenir d'enfance et l'esthétique 30's ultra léchée, je n'y ai jamais vraiment accroché.

C'est précisément cette esthétique qui me pousse dans la direction de Superman, d'ailleurs. Le Superman animé des frères Fleischer est un des premiers dessins animés dont j'ai un réel souvenir. Il y en avait une cassette chez mes grands-parents, et j'en ai vu et revu le contenu bien avant que Batman n'atterrisse sur les écrans français. Pas que ça change grand chose au final, car les dix-sept épisodes produits entre 1941 et 42 sont l'inspiration même de Bruce Timm. Si vous pensiez que la version animée du chevalier noir de DC était tirée des films de Burton, il vous manque un morceau d'histoire. Elle surfe évidemment sur la vague, est produite par les même personnes, et est sortie conjointement au deuxième film, mais au delà du générique de Dany Elfman, elle doit tout, absolument tout, à son aînée de cinquante ans.


En contexte, il est évident que Superman devait avoir un effet tout particulier sur les spectateurs de l'époque. Toutes animées qu'elles furent, c'étaient leurs années 40 d'alors qui étaient mises en scènes, et sans compter la menace nazi qui y fit une logique apparition (on est à l'époque où Tex Avery prend son envol avec un cartoon "effort de guerre" passablement outrancier, ne l'oublions pas), même les robots géants braqueurs de banques et les savants fous avaient une certaines résonance dans l'actualité. Le Batman de 1992 prend place dans les années 30 indistinctes d'un souvenir pulp ; Superman était une version fantasmée de la réalité du moment (habitée par LE symbole du rêve américain).
Evidemment, ceci est ma vision d'adulte des à-côtés de la production, mais même môme et cinquante ans plus tard, le pouvoir évocateur de ce truc restait incroyable. La bombarde musicale, les couleurs franches, le rythme affolant, les attitudes théâtrales des personnages... et ce panneau proprement terrifiant de l'explosion de Krypton - la représentation la plus froidement graphique jamais réalisée de la mort de la planète verte. Le Superman de 1941 garde toute sa puissance visuelle aujourd'hui.
Et puis il y a cette fantaisie pulp de l'époque. Les robots géants braqueurs de banques, j'ai déjà eu l'occasion de les évoquer, sortent tout droit d'un épisode du Spider. Cet imaginaire me parle, vous le savez.


Design et animation sont très toon, on parle tout de même des auteurs de Popeye, avec un fond de monstres d'Universal. Visuellement, c'est iconique au possible, couleurs, cadrages et style général en faisant un objet coincé entre grandiloquence Art nouveau et imparable drame gothique, absolument fascinant, peu importe l'âge du spectateur.
Pour sûr, on est loin de l'écriture audacieuse de Batman, où au caractère purement jubilatoire (et cathartique au possible) du Joker s'allient des personnages aussi tragiques qu'Harley Quinn ou Mr Freeze (deux personnages si justes dans leurs traitements qu'ils en deviendront canoniques, Harley étant une invention propre là où l'origin story de Freeze, qu'on considère comme acquise aujourd'hui, vient de cette série - jamais sa femme n'avait été évoquée avant, et un bête savant fou avec un canon à neige devint un monument quasi shakespearien dans une série pour enfants). Mais Batman a pour lui d'être une série dilatée sur quatre-vingt fois vingt minutes là où Superman est un cartoon de pré-séance à dix minutes pièce sans contrainte de continuité. Les personnages y sont moins nombreux, moins développés, et l'accent est logiquement mis sur le visuel.
Superman y est plus monolithique que jamais, Clark Kent est presque totalement effacé et Lois Lane, courageuse Lois Lane, reste un prototype de demoiselle en détresse peu importe la hargne qu'elle met à plonger dans les situations les plus dangereuses (elle symbolise aussi l'engagement des femmes dans l'effort de guerre). Et là se trouve, à mon avis, tout le propos : le Superman des frères Fleischer est un réservoir à symboles.
Certes, il pourra sembler ancien au public d'aujourd'hui, mais entre les trouvailles de mises en scène (ce POV du robot qui avance sur ce pauvre flic à la quatrième minute de The Mechanical Monsters...), la portée souvent terrifiante du message et le pur fun de certains scénarios, difficile d'en minimiser l'impact ou l'influence, et, de fait, le caractère toujours pertinent qu'il revêt. Superman est vieux, mais pas daté.

Faites une comparaison toute simple : prenez-vous un épisode de Phantom 2040, série contemporaine de Batman et qui fut très certainement ma favorite à l'époque (l'est toujours, en fait, mais c'est le Phantom, je suis biaisé), et un de Superman, n'importe-lesquels, vraiment, et voyez quelle série, malgré toutes ses bonnes idées, pue les 90's avec une animation à la rue, de la synthèse gadget et des scénarios décompressés à en devenir totalement insipides, et quelle autre reste, ayant fêté ses soixante-quinze ans cette année, un modèle de puissance et d'élégance graphique et narrative.

vendredi 4 septembre 2015

Random work of wow : Noir Wars

'Faudrait peut-être que j'arrête cette section "Randow work of wow", vu que je ne poste pratiquement que ça... Peu importe, idée (in)originale du jour, transformer Star Wars en film Noir. Dont acte, par Dean Reeves.



mercredi 30 avril 2014

Les enfants du Dieu-Ours et autres histoires



Relisant de vieilles découvertes et deux-trois mails et échanges divers via messagerie instantanée et forums, je fus soudain prit de l'envie de digresser en tout sens sur un de mes auteurs favoris, Norvell W Page.

J'étais, en fait, retombé sur Flame Winds et Sons of the Bear God, deux aventures Conanesques mettant en scène un surprenant Prester John (le prêtre Jean par chez nous) en slip à fourrure. Une vision pas moins fantaisiste que celle d'un royaume chrétien d'orient dirigé par un prêtre guerrier, si vous voulez mon avis, et savamment mise en place par quelques détails historiques et linguistiques avérés (quoi qu'incomplets) qui replacent le personnage non pas au XIIIème mais au Ier siècle Après John Carter. Le reste n'est que légendes, et Norvell W Page, auteur du Spider et d'un bon paquet de pulperies des 30's, se propose de nous conter l'une d'elles.

Une des choses les plus intéressantes dans ce diptyque, au delà du style inimitable de l'auteur, c'est le soin évident avec lequel est réinterprété dans un monde antique et fantastique tout ce qui fera plus tard l'aura du personnage. Entre les animaux géants et les tribus sauvages, on verra ainsi John (ou plutôt "Wan Tengri", en langue mongole, d'après Page surnommé Prester John d'après un mot grec désignant les puissantes tempêtes qui ballaient la Méditerranée, mal traduit des siècles plus tard par les croisés) se balader avec un étrange talisman de bois et prier avec ferveur le Dieu inconnu "Christos". Deux petits détails parmi d'autres qui, mêlés aux proportions épiques de l'aventure (il conquiert un royaume, après tout), permettent de replacer le personnage dans un contexte historique vraisemblable, quoiqu'inévitablement romantisé.

Notez que les croisées crurent, en découvrant son histoire, qu'il leur était contemporain et étaient fermement convaincus qu'il les aiderait dans leur quête. Une origine qui sera reprise par Stan Lee et Jack Kirby en 1966 lorsqu'ils recréèrent le personnage pour Marvel dans les pages des Quatre Fantastiques : ici, Prester John fut un ami et conseiller de Richard Coeur de Lion (auquel il montera la voie vers Avalon). 

Longtemps, j'ai cru que ces deux romans n'avaient jamais traversé l'Atlantique, restant, tout comme le Master of Men, à jamais inconnues du public francophone. Quelle ne fut donc pas ma surprise, un jour, de découvrir que si, en fait, ça avait été traduit.
Et attention, hein, c'est pas du p'tit lait : les deux romans réunis dans un gros volume à couverture rouge du meilleur effet, traduction par rien moins que Jacques Parsons (Le Cycle des Epées de Lieber, c'est lui), illustrations couleur de Philippe Caza (contributeur de Metal Hurlant, auteur d'une chiée de couvertures -notamment une superbe Jirel de Joiry- pour le Livre de Poche et, entre mille autres choses, designer sur le Gandahar de René Laloux ; il y reprend d'ailleurs le style utilisé pour la couverture de Galaxie #85 (1971), dédiée, déjà, à Jirel), tirage limité à 5500 exemplaires réservé aux membres d'un club...




Evidemment, j'ai tout de suite cherché à me procurer la chose. On en trouve sur Priceminister à des prix relativement compétitifs compte tenu de la rareté du machin.

Il m'a toutefois fallu m'y reprendre à deux fois pour enfin posséder la chose. A ma première tentative, j'ai failli m'étrangler en découvrant un pseudo mot d'excuse dedans, genre "je suis désolé, alors que je l'avais sorti pour vous l'envoyer mon fils de 4 ans a dessiné dessus". Une superbe, que dis-je, fantasmatique gribouillure AU FEUTRE noir barrait la belle couverture en travers de la flamme et maquillait le bas de l'objet en une espèce d'oeuvre pseudo-pop de mauvais étudiant en Arts. Rapidement, je négociais un renvois et recevait, quelques jours plus tard, un volume en parfait état.

L'intérieur, lui, m'a conquis d'entrée. Illustrations sublimes, noires et blanches teintées du roux de la chevelure de son héros, traduction impeccable, un bonheur. Evidemment, j'y retrouvais la patte de Parsons, avec des tournures adaptées sur un modèle assez proche de ses Lieber. Pour qui n'a jamais lu Page qu'en anglais, il peut être très étonnant de le voir traduit en français avec un lyrisme et une sensibilité très 60's. Je m'en doutais, les Tarzan de Parsons sont aussi très chantants, mais ça reste surprenant. La différence de genre joue aussi. Norvell Page, je le connais surtout sur du polar ou assimilé. Son écriture est riche en tension et en belles tournures mais reste assez sèche, très descriptive et pauvre en "ambiance". Ce côté assez froid est renforcé par l'usage d'un vocabulaire affecté au possible qui crée un décalage très marqué entre le rythme de l'action et le temps qu'on met à la lire. C'est ce qui fait tout l'intérêt de Page mais c'est aussi là, à mon sens, que se pose le problème majeur de la saga du Prêtre Jean : s'il s'accorde parfaitement avec le côté dandy du Spider, ce style ampoulé prend sur de la fantasy des airs lyriques un peu vains. Quoique... Tout reste une question de point de vue, et tout cela est peut-être bien volontaire : Wan Tengri apparait en effet très vite comme un personnage outrageusement omnicompétent, au point d'en toucher, déjà (on n'est qu'en 1939), à la parodie. Attention toutefois, on n'est pas dans les Novaria de Sprague de Camp et d'humour il n'est aucunement question. La parodie ne se fait que dans la tête du lecteur. Le récit est ainsi violent et aventureux comme comme toute bonne Conanerie de l'époque, foncièrement premier degré, mais il est impossible de ne pas tiquer devant les exploits de ce fougueux rouquin, verbeux et héroïque à l'excès. Il y a aussi derrière tout ça le spectre de cette arrière-pensée puritaine typique de la fiction américaine du début XXeme, où régnait la figure de l'alpha male inébranlable, dispenseur de la justice républicaine. Une image qui fait d'ailleurs tout le sel de la période et qu'on retrouve aussi bien chez Page que chez Burroughs et Lieber. Dans le cas présent, la chose est d'autant plus parlante que, je n'ai de cesse de le répéter, Parsons ayant aussi traduit Burroughs et Lieber, il y a une grande homogénéité de style dans ces parutions françaises.

Notez, au rayon des coïncidences amusantes, que les deux sagas fantasy, celle de Prester John et celle de Fafhr et du Souricier, sont apparues quasiment en même temps dans les numéros de l'été 1939 du magazine Unknown. The Flame Winds de Page à partir de juin, rejoint au mois d'août par le premier épisode de Two Sought Adventure de Lieber (nouvelle qui sera retitrée The Jewels in the Forest et publiée dans le deuxième volume des rééditions actuelles).
Autre découverte sympathique, Roy Thomas a adapté les deux romans de Page dans ses Conan. Flame Winds entre les #32 et 34 et Sons of the Bear God du 109 au 112.




Un rapide aparté qui me permet de glisser qu'à mes yeux, Howard, Burroughs et Page forment une espèce de sainte trinité du Pulp.
Si les deux premiers sont mondialement acclamés, Page fait partie de ses auteurs qu'on ne connait pas en France, et ce essentiellement parce qu'il écrivait principalement sous un pseudo collectif (Grant Stockbridge) des romans anonymes pour un personnage typiquement 'ricain.

Le Spider, c'est un des nombreux émules du Shadow, du justicier pré-Batman typiquement New-Yorkais de l'époque. En France, tout le monde s'en fout. Aux Etats-Unis, par contre, une fois débarrassé du pseudo éditorial derrière lequel on publiait le Spider, il est vite devenu un des auteurs de polar les plus connus. Il faut dire que Norvell Page était un grand malade, il écrivait comme une bête. A sa période la plus prolifique, il pouvait pondre quatre ou cinq romans du Spider par an et trouver le moyen de s'en faire deux ou trois originaux sur le côté. Une machine.

Du coup, on voyait de ses histoires un peu partout dans les magazines pulp et nombreuses de ses idées ont fait du chemin dans l'imaginaire collectif 'ricain de l'époque.
Par exemple, en décembre 1939 sortait un des numéros les plus connus et prisés du Spider, Satan's Murder Machines. Dedans, Page imaginait des robots radiocommandés meurtriers et dévaliseurs de banque. Deux ans plus tard, le 28 novembre 1941, débarque sur les écrans de cinéma le deuxième épisode du Superman des frères Fleisher, The Mechanical Monsters, avec exactement le même concept. Les Fleisher ne s'en sont d'ailleurs jamais caché. Ce robot très particulier est une vision qui est restée très vivace dans l'imaginaire retro-moderne. On revoit ce genre de robots dans Sky Captain and the World of Tomorrow, par exemple. Même Miyasaki y fait allusion dans Le Château dans le Ciel.
Et y a plein d'autres trucs géniaux dans les pages de Page (huhu). Toujours dans ses Spider, il a été imaginer une arme à mi chemin entre la radio et l'aimant pour faire "fondre" les structures métalliques des immeubles (The City Destroyer, 1935, de très loin mon épisode favori) ou carrément écrit sa version du nazisme dans une trilogie terrifiante (dite "Black Police trilogy", rééditée en 2009 sous le titre The Spider vs the Empire State, introuvable en France -et que vous trouverez parmi mes liens dans la colonne de droite-). Dans ces épisodes, New York devenait une sorte de prison hypertotalitaire soumise à une loin martiale délirante et surveillée par d'inquiétantes tours de guet... Si ça vous rappelle un film de John Carpenter avec Kurt Russell dedans, c'est normal.




De quoi réhabiliter un personnage qui, à en voir les illustrations de couvertures, n'est qu'une pâle copie du Shadow ? Oui... Et non. Tout à la fois. Celui qui sort réellement gagnant, c'est Norvell Page.

Le Spider, en lui même, est un personnage sans aucun intérêt. c'est vraiment une copie quasi carbone du Shadow (du Shadow de papier, s'entend, il y a aussi un Shadow de la radio, avec des pouvoirs psychique et hypnotiques qui pète carrément plus la classe). Ce qui fait du magazine The Spider un truc absolument dantesque, c'est la folie de son auteur. Il était un des rares à l'époque à décrire les dommages causés sur les vies des civils innocents par le combat de son héros. The City Destroyer est assez saisissant à ce niveau là, avec un niveau de destruction proprement hallucinant qui a prit, dans l'imaginaire américain, une force d'autant plus forte après les évènements du 11 septembre 2001 (car oui, l'Amérique a ressorti touuuuutes ses oeuvres de fictions où New York passait à l'as suite à ça comme une sorte de mémorial rétroactif un brin morbide... L'Amérique...)

Néanmoins, fidèle et intrépide lecteur, si tu comprends un brin l'anglais et que tu veux lire du Spider de qualité, je te conseille deux rééditions en fort beaux volumes : City of Doom et Robot Titans of Gotham par Baen Books, avec de superbes covers de Jim Steranko (le mec qui a mis du pop-art dans les comics Marvel). Chanceux tu seras, Robot Titans of Gothan contient Satan's Murder Machines et City of Doom doit son titre au City Destroyer.
(notez que les liens vous guiderons vers les grands formats brochés, c'est plus cher que la version poche, mais l'objet est plus joli et confortable -les volumes sont assez épais-. Perso, j'ai racheté les deux en broché après avoir trimballé City of Doom en petit format pendant des plombes)

Aussi, ce qu'il y a d'extrêmement intéressant avec ce personnage, c'est le nombre de "vies" qu'il a eu au fil du temps.
Parti du pulp, il y a eu un serial en 1938 où le personnage se retrouvait vêtu d'un étrange costume kitsch à souhait. Dernièrement Dynamite a ressorti ce costume pour un nouveau comics.
Rayon comics, justement, le Spider a eu droit à plusieurs séries chez Moonstone Books dans les années 2000. Moonstone avait ceci d'intéressant que ce n'était pas un vrai éditeur de comics à la base (ils ont commencé en publiant des rééditions du Phantom, un autre héros des 30's de l'awesome, mais qui vient des daily strips des journaux, lui), aussi ils ont ajouté à leur collection des adaptations en graphic novels "cinémascope" de certains épisodes de Page (dont, encore une fois, Satan's Murder Machines, retitré The Iron Man War) et deux (je crois) recueils de nouvelles totalement inédites par une jolie collection d'auteurs. Ce qu'il y avait de cool avec le Spider de Moonstone, c'est qu'ils avaient repris quasi à la lettre le look des covers du pulp (qui, pour la petit histoire, étaient volontairement "Shadowisées" pour l'effet marketing, en dépit du texte : les descriptions de Page font du déguisement du Spider un personnage certes capé et chapeauté, mais surtout bossu et difforme). Chez Moonstone, ils sont allés à fond sur l'image de vampire que les artistes de couverture des 30's utilisaient. Pour ne citer qu'elle, la version de Dan Brereton (cover artist sur le comics de Moonstone) est superbe.
Ma version favorite, néanmoins (en dehors de l'originale de Page, s'entend), c'est une adaptation futuriste aux accents retro-cyberpunks assez surprenants par l'inimitable Tim Truman.




Je pourrais en rajouter, notamment sur les rééditions de la lose des 70's, parler du travail de Page en tant qu'éditeur, de l'impact de Wan Tengri sur la fantasy moderne (Lyon Sprague de Camp en fait un des papes), mais nous en resterons là.
Aussi concluons, si vous le voulez bien : lisez Norvell Wordsworth Page.

dimanche 6 janvier 2013

Random work of wow : Batman Begins




La vidéo test de Bruce Timm pour obtenir la réalisation série animée Batman de 1992. Il était alors en course -si ma mémoire ne me raconte pas de bêtises- avec un des nombreux studios Hanna-Barbera et d'autres structures moins connues.
Bien que copyright annonce fièrement 2004, la chose date de 1991. Le style était encore plus "Max Fleischer's Superman" que la série qui suivra, teinté d'un spectre semi vampirique que n'aurait pas renié Universal et mâtiné de l'hyperexpressivité des dessins animés Warner de l'époque -Timm a travaillé sur les Tiny Toons et les Animaniacs, entre autres. Sans compter l'inévitable clin d'oeil à Fritz Lang.
Les plus soucieux d'entre vous n'aurons pas manqué d'y voir ce qui deviendra le générique de la série.