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lundi 6 août 2018

Black Mask, l'improbable retour



En 2013, Open Road Media publiait la vidéo que vous pouvez regarder ici à l'occasion de la publication d'anthologies de nouvelles issues de Black Mask, pulp auquel on doit l'invention du polar à l'américaine, le hardboiled. En 2016, les droits du magazine, ainsi que tous ses copyrights et propriétés intellectuelles, étaient acquis par Steeger Properties, avant qu'à l'automne de cette même année, Black Mask ne réapparaisse avec l'aide d'Altus Press, au format d'origine, avec des inédits et des rééditions. Et l'internet du pulp a exulté.
Mais c'est quoi, Black Mask, exactement ? Et pourquoi est-ce si important, au milieu des Weird Tales, des Amazing Stories (qui vient de réussir son Kickstarter) et des centaines d'autres postulants qui ont vivoté d'une manière ou d'une autre depuis la fin des années trente, que ce soit celui-là qui renaisse ?

La couverture du premier Black Mask nouveau, à l'automne 2016

J'ai lu mes premières nouvelles du magazine dans The Black Lizard Big Book of Black Mask Stories (à vos souhaits) de 2010, découvrant via les superbes introductions d'Otto Penzler ("le" éditeur de mystery fiction aux US) et Keith Alan Deutsch (plus ou moins le Patrice Louinet de Black Mask) un bout de l'histoire derrière les "pulps detectives" (un genre que je n'avais jusqu'alors exploré qu'au travers de ses inévitables héros masqués, notamment le duo Shadow/Spider, et un certain Black Bat qui, contrairement à ce que son nom laisse penser, est l'inspiration de Daredevil), et aussi qu'un paquet de noms que la modernité tient en profonde estime comme Dashiell Hammett, avaient fait l'essentiel de leurs carrières dans ses pages (la version originale -car il fut lourdement retouché pour la publication reliée que l'on connait- du Faucon Maltais est d'ailleurs au programme du Big Book).
Black Mask, c'est tout simplement l'acte de naissance du polar. Les américains appellent ça "hardboiled". Le hardboiled, c'est le western moderne d'MC Solaar, un roman de chevalerie urbaine made in USA ; c'est la préhistoire de Dirty Harry, mais c'est aussi ce qui, arrangé par quelques années, un voyage en France et une guerre mondiale, a donné naissance au noir dans les années 40. C'est également le type de récits au travers duquel on va commencer à parler de "paralittérature" et de "genre", notamment dans les cercles intellectuels français (le terme "roman noir" apparaît pour la première fois en 1944 et Gallimard crée la collection Série Noire en 1945 - rappelons que si l'Amérique est communément vue comme une terre de science-fiction et l'Angleterre comme celle des elfes et des fées, la France est le pays du roman policier) et à les penser au sens (plus ou moins) noble, par opposition à la littérature de gare. Pour l'anecdote, Black Mask fut aussi le titre de travail du Pulp Fiction de Tarantino, et c'est aussi l'une des raisons qui font que ça me rend complètement fou quand on dit que Pulp Fiction c'est du pulp - parce que c'en est pas.

Black Mask est né en 1920, son premier numéro étant publié en avril par le duo H.L. Mencken et George Jean Nathan, respectivement journaliste et critique littéraire désireux d'offrir une publication "support" au prestigieux The Smart Set, magazine dédié à des genres plus nobles et dont l'une des particularités était de proposer une courte pièce de théâtre à chaque numéro. L'idée des deux compères étaient tout simplement d'offrir à Monsieur une lecture plus épicée (les premiers numéros n'étaient d'ailleurs pas exclusivement dédiées au polar, l'accroche -qui changera souvent par la suite- annonçant fièrement "An Illustrated Magazine of Detective Mystery, Adventure, Romance, and Spiritualism") pendant que Madame se régalerait de son plus élégant grand frère.
Toutefois, s'ils sont à l'origine l'existence du magazine, c'est à un éditeur plus tardif, Philip C. Cody, entre 1924 et 1926, qu'on doit le Black Mask. Cody avait une certaine expérience dans le marché du kiosque, ayant été le superviseur des publications Warner et de quelques magazines "mass-market" (l'équivalent de nos torchons actuels à 1€ pour 150pages de pub) pendant quelques années. Il donna au pulp de Mencken et Nathan un ton plus sensationnaliste, ciblant parfaitement la démographie de son journal (plus jeune et plus exigeante que prévue) et sélectionnant histoires et illustrations en fonction. Les récits devinrent plus longs, leurs intrigues plus détaillées, et leur imagerie plus ouvertement sexuée et violente (l'accroche évoluera alors d'un verbeux "A Magazine of Unusual Romance and Detective Stories" à un minimaliste "Detective, Western, Stories of action" - et cinquante autres combinaisons du genre). Plus pulp, quoi.
L'intérieur de couverture affichait même clairement son mode d'emploi :
"Les éditeurs ont essayé de produire le magazine le plus inhabituel d'Amérique. Chaque histoire est créée pour vous laisser une impression forte, finie. Mais pour découvrir cet effet et l'apprécier dans son entièreté vous ne devez surtout pas les lire de la manière dont vous lisez probablement les autres. Si vous passez rapidement au travers des pages vous perdrez la richesse des environnements et des détails. Si vous lisez les premiers paragraphes et sautez directement à la fin, vous vous spolierez. Notre but est de vous divertir - de vous enlever à la triste routine de la vie quotidienne. Black Mask ne prétend pas adhérer au traditionnel "happy ending". Ses intrigues sont non-conventionnelles. Leurs fins sont toujours surprenantes, extraordinaires, jamais stéréotypées. Vous volez votre propre plaisir en les lisant par le mauvais bout."
(Traduction littérale et à l'arrache du numéro d'octobre 1922)


Sous cette forme plus crue, Black Mask devint la publication la plus populaire du secteur policier, et si ses plus grands auteurs, qui compteront Dashiell Hammett mais aussi Raymond Chandler (Le Grand sommeil, Le Dahlia bleu, plusieurs films d'Hitchcock), Erle Stanley Gardner (le papa de Perry Mason) ou Norvell W. Page (of The Spider fame), n'arriveront qu'avec le successeur de Cody, Joseph "Cap" Shaw à la fin des années 20, le hardboiled est déjà la raison de sa renommée chez les lecteurs. (Trivia amusant, Dashiell Hammett conversait dès 1923 avec les lecteurs du magazine, ayant publié sa première nouvelle -une course poursuite de trois pages- en décembre 1922 sous le pseudonyme Peter Collinson.)

Attribuée à Carroll John Daly, avec The False Burton Combs dans ce même numéro de décembre 1922, la création du hardboiled repose sur les bases classiques de la littérature nord-américaine : le crime, la liberté, les flingues, et la justice rétributive.
Mais point de héros blancs comme neige ici. Le détective privé, figure emblématique, y est un observateur cynique et pessimiste d'une société corrompue, et l'attrait durable de Philip Marlowe (personnage principal des histoires de Raymond Chandler, qui sera notamment interprété par Humphrey Bogart dans la première adaptation du Grand sommeil) et d'autres durs à cuire comme le Sam Spade d'Hammett ou le plus tardif Mike Hammer de Mickey Spillane, tient dans leur idéalisme terni. Le héros hardboiled est à la croisée des chemins entre le chapeau blanc de Tom Mix, la star des premiers westerns, et le fedora des gangsters d'une prohibition qui bat son plein ; ni hors-la-loi ni policier, mais pleinement justicier. Un chevalier des temps modernes, disais-je. Et comme tant de héros pulp, il rumine. Sous des dehors de bagarreur cynique, fripé et imbibé, il philosophe et se perd souvent dans ses pensées, joue aux échecs, lis de la poésie et écoute de l'opéra. Il a surtout en horreur la corruption généralisée de la société, des politiciens et des policiers. C'est son sens moral qui le guide, on n'est pas chez Frank Miller, et il ne cède jamais à la tentation, ni celle des gangsters qu'il pourchasse, ni celle des inévitables femmes fatales qui l'engagent (l'une des particularité de ce type de fiction étant même d'être la seule à l'époque à placer des armes dans les mains de personnages féminins).
L'éditorial de Marcel Duhamel pour sa Série Noire s'en fait parfaitement écho :
"Que le lecteur non prévenu se méfie : les volumes de la Série noire ne peuvent pas sans danger être mis entre toutes les mains. L'amateur d'énigmes à la Sherlock Holmes n'y trouvera pas souvent son compte [...] On y voit des policiers plus corrompus que les malfaiteurs qu'ils poursuivent. Le détective sympathique ne résout pas toujours le mystère. Parfois, il n'y a pas de mystère. Et quelquefois pas de détective du tout...Mais alors. Alors, il reste de l'action, de l'angoisse, de la violence."
Notez que c'est également précisément là qu'on tient la grande différence entre le hardboiled américain et le noir européen : on considère généralement que la différence entre les deux genres tient à son protagoniste, un immuable privé pour l'un, et plus facilement une victime, un témoin ou carrément même le criminel lui-même pour l'autre. La différence est d'autant plus palpable de nos jours dans les romans d'Elmore Leonard (le papa de Raylan Givens), Lee Child (celui de Jack Reacher) ou l'inévitable James Ellroy (L.A. Confidential, Le Dahlia noir), par exemple.

Et puis, il y a ce caractère dont j'ai déjà parlé tant et plus, ce "truc" typiquement pulp et qui n'existera nulle part ailleurs, bien souvent dicté par les nécessités éditoriales (la publication en plusieurs parties nécessitant les fameux "cliffhangers" de fin de chapitre, et les lignes et visions particulières de chaque magazine et éditeur).
C'est d'ailleurs précisément ce qui causa la chute du système. Black Mask atteignit ainsi ses pics de vente au cours des années 30, avant que l'intérêt pour les enclumes de 200pages à 20cents imprimées sur une parodie de papier ne diminue progressivement (et très rapidement) en faveur de la radio, du cinéma, et des comics, les trois ayant en commun d'avoir justement adapté les héros des pulps à leurs formats.
Et vous avez là la réponse à ma deuxième question. Désormais, quand on vous demandera pourquoi le retour de Black Mask est si important, vous pourrez répondre que sans lui (et ses milliers de rejetons), vos séries télé favorites n'existeraient pas.

(Extrait d')illustration pour Murder A.W.O.L. par Rafael De Soto (1944)

Black Mask fut l'un des derniers dinosaures du pulp, stoppant sa publication en 1951, sous la direction (anonyme) d'Harry Steiger, ancien éditeur d'Horror Stories et Terror Tales et alors en charge de Dell Comics. En 1985, une première tentative de retour avait été entamée sous le nom "The New Black Mask", attirant des auteurs comme James Ellroy ou Michael Collins (créateur de Dan Fortune, un privé manchot fortement inspiré par le héros du Bad Day at Black Rock de John Sturges, littéral western se déroulant en 1945) mais ne rencontrant que peu de succès. Avant, donc, finalement, de revoir à nouveau la lumière grâce à l'étrangeté d'internet. Combien de temps durera cette incarnation, seul l'avenir le dira, mais vu le succès des récentes nécromancies d'Altus Press (les Wild Adventures of Doc Savage, Tarzan et maintenant The Spider de Will Murray, notamment), j'ai bon espoir.


Pour s'offrir un bout d'histoire rétroactive (en magazine et en numérique), c'est chez Altus Press que ça se passe.
Les curieux peuvent également lire de vieux scans de Black Mask sur le Pulp Magazine Project.

lundi 4 juin 2018

Peut-on échapper au racisme de Lovecraft ?

En Mars, alors que Mnémos s'apprêtait à démarrer une campagne de financement pour une nouvelle (et ultracomplète) intégrale du natif de Providence, le collectif des Indés de l'imaginaire (Mnémos, HeliosActuSF et Les Moutons électriques) lançait un "mois Lovecraft" à l'occasion des 80ans de la mort du monsieur. Parmi les livres présentés, deux attirèrent tout particulièrement mon attention : La Quête onirique de Vellitt Boe et La Ballade de Black Tom.
Ces deux courts romans ont la particularité d'être écrits par une femme et un noir. Ca n'a l'air de rien, mais dans le contexte éditorial moderne, c'est loin d'être anecdotique. Les deux auteurs, Kij Johnson et Victor Lavalle, avaient d'ailleurs le même discours : leurs textes étaient une "réponse" à une nouvelle de Lovecraft (La Quête onirique de Kadath l'inconnue et Horreur à Red Hook respectivement), débarrassés des préjugés du Grand Taré.

The Dream-Quest of Unknown Kadath, par Jason B. Thompson

Et soit, bonne idée, vraiment bonne idée, tant les récits d'origine puent la xénophobie et la misogynie, mais justement, est-il toujours possible, en 2018, de parler d'HPL sans systématiquement en venir à ces points ?
Evidemment, oui, mais la question a logiquement pris de plus en plus d'ampleur ces dernières années, quand les questions sociologiques et idéologiques de la littérature populaire ont commencé à inquiéter les parents responsables sur Facebook (vous vous souvenez des conneries d'une association 'ricaine à propos de Blanche Neige?).

Bon, perso, dire que j'aime Lovecraft c'est comme dire que j'aime les patates à l'eau - ça s'mange, mais c'est loin d'être c'que j'trouve de plus savoureux (je lui préfère largement la terrifiante mondanité de David H. Keller, par exemple - La Chose dans la cave...). Toutefois, il est l'inspiration visible et marquée de nombreux auteurs (de l'époque et futurs) que j'apprécie énormément, et si je préférerai toujours lire Jirel crapahuter dans les enfers pour de nobles motifs (son honneur, puis l'amour), il m'est difficile de ne pas considérer l'île maléfique de Dagon comme le terreau fertile qui a vu naître l'environnement de Catherine Moore. Car là est tout l'intérêt du monsieur à mes yeux : son influence.
Ech-Pi-El savait créer des mondes et poser des ambiances, ce qui est quelque-chose qu'on oublie un peu vite tant l'adjectif "lovecraftien" a été dévoyé de son sens, jusqu'à en perdre toute pertinence ou utilité, exactement comme n'importe-quel texte un brin tragique aux accents élisabéthains est automatiquement qualifié de shakespearien.

De fait, la perception de l'oeuvre de Lovecraft change radicalement selon sa perspective. Demandez aux fans ce qu'ils en pensent, et ils vous parleront de cette déconnexion de la réalité, de la perte de repères, de la véritable terreur que l'auteur parvient à transmettre, mettant ses héros (souvent des incapables, par ailleurs) dans des situations qui les dépassent complètement. Parlez-en à une personne qui n'a jamais lu HPL, et deux poncifs vous sauteront à la gueule : les tentacules et le racisme.
En même temps, c'est très difficile de passer à côté. Howard Philip Loveraft n'est pas Edgar Rice Burroughs, on n'accuse pas son oeuvre à tort à cause d'une exploitation cinématographique racoleuse. Lovecraft était bel et bien un gros con. J'ai lu ses nouvelles, ses poèmes, ses notes et ses lettres (pour le peu qu'on en a), plusieurs fois, et il m'est impossible, même en ayant parfaitement assimilé l'idéologie de son temps (on la retrouve aussi, nettement moins explicite, chez Robert E. Howard, un autre névrosé chronique), de tiquer devant les descriptions de "singes graisseux" ou de "métisses dégénérés", d'autant que, contrairement à Howard, Lovecraft n'a pas le masque d'un monde antique imaginaire derrière lequel se planquer, ses récits sont pleinement contemporains... Et pleinement putain de racistes.
Oui, mais. Justement.
Il est très important de remettre l'oeuvre dans son contexte, de comprendre son auteur, et il est indéniable que Lovecraft n'aurait jamais été un si bon auteur horrifique s'il n'avait pas été perclus de toutes ces idées. Lovecraft évolue dans un sous-genre fantastique devant plus ou moins tout à la fameuse inquiétante étrangeté freudienne (un concept contemporain, l'essai ayant été publié en 1919). Non qu'Ech-Pi-El s'en réclame, mais elle correspond autant à un mal latent chez l'écrivain qu'aux réelles préoccupations de son temps. J'ai, à ce titre, déjà évoqué son adhésion aux idéaux aryens. Son écriture est entièrement basée sur le concept de l'autre, cette menace contre laquelle on ne peut rien, des émotions et tabous sociaux subtilement teintés de frustration (tous ses héros sont autobiographiques). L'étranger, le changement, le progrès, voila ce qui faisait peur à Lovecraft (qui disait souvent être né dans le mauvais siècle), et l'inconnu en devient le grand méchant de toute sa littérature. Ce qui fait la qualité du genre horrifique, c'est son rapprochement de la réalité, à quel point il est capable de trouver les trous dans nos certitudes, et des peurs bien réelles de Lovecraft aux entités cosmiques qui peuplent sa prose, la frontière est ténue.
Et, de la même manière que chaque auteur ayant repris le mythe lovecraftien y a mis un peu du sien, chaque lecteur perçoit les thèmes et l'esthétique du Grand Taré de Providence à sa manière. Car celle-ci n'est en aucune manière réductible à ses tendances fascistes ; elle a créé tout un genre et bavé sur les frontières de beaucoup d'autres, sur tout type de média, au point de parfois en devenir méconnaissable (les jeux vidéo japonais, Stephen King, Metallica, même la face sombre de Pluton s'appelle Cthulhu Regio...). C'est d'autant plus important à noter que Lovecraft n'a pas connu de succès de son vivant. C'est sa continuation dans la bouche et sous la plume des autres qui a fait sa renommée.

Lovecraft, comme Tolkien, est devenu un sujet d'étude. Il n'appartient plus à un genre littéraire, à une frange de fans, ou aux quelques milliers de lecteurs de Weird Tales d'il y a un siècle. Il appartient à l'histoire de la fiction et, comme tout sujet d'Histoire, doit venir avec son petit carton d'avertissement. Oui, ses idées sont vieilles, passées, fanées même pour son époque, il était bassement raciste et xénophobe, haïssait les femmes et l'idée d'une relation sexuelle le dégoûtait. C'était un petit garçon terrifié dans un monde trop grand, trop cosmique pour lui. Et il a couché sa névrose sur papier, devenant l'un des auteurs fantastique les plus respectés au monde.

The Dream-Quest of Unknown Kadath, par Ernő Juhász

J'ai parfois entendu parler de "javeliser", voire carrément d'interdire Lovecraft. Et je trouve ça profondément stupide. D'abord parce qu'on ne retouchera jamais les textes, ensuite parce que c'est inutile de toute façon : le racisme n'est en aucune mesure le facteur qui fait aimer Lovecraft, et ses oeuvres dérivés se veulent héritières d'une ambiance toute particulière, de monstres fantomatiques et d'entités cosmiques tentaculaires, d'une terreur quasi-palpable de choses pourtant incompréhensibles et de la petitesse apocalyptique de la nature humaine. Le Mythe de Cthulhu, étendu au fil des générations, n'est pas raciste (demandez à Frank Belknap Long ou à Brian Lumley), il n'a même plus rien de la xénophobie originelle.
Lovecraft est-il raciste ? Oui. Son racisme a-t-il influencé son écriture ? Oui. Mais peut-il encore nuire ? Clairement, non. Les auteurs qui s'en réclament savent, les lecteurs qui l'apprécient aussi, et s'il est parfaitement compréhensible qu'on n'ait pas franchement envie de s'infliger ce type de lecture, personne ne se dit fan de Lovecraft pour autre chose que les récits d'horreur.
Des auteurs aux idéologies dégueulasses, on en a des kilos, et pas moins en France qu'ailleurs (on reparle de Céline ou du caractère profondément miso des Fleurs du mal ?) et si ça fait évidemment tiquer à chaque réédition, il m'apparaît, précisément parce qu'ils ont des idéologies dégueulasses, pertinent et important de les publier. C'est la base même du Fahrenheit 451 de Ray Bradbury : un livre interdit devient soudain beaucoup plus dangereux, peu importe ce dont il parle.

lundi 25 juillet 2016

Serge Lehman et le pulp français

Avant toute chose, sachez que les bandes dessinées dont il est question ici sont tout simplement fantastiques et qu'elles méritent toute votre attention. De ce fait, je n'essaierai en aucune manière de les résumer ici, et si je pense que mon développement peut, justement, vous donner envie de les ouvrir, il est en vérité plus intéressant si vous savez exactement de quoi je parle.
Lisez Serge Lehman avant cet article, ou après, à vous de choisir, mais lisez-le.
Lisez La Brigade chimérique, travaillé avec son compère Fabrice Colin et qui se chargeait, entre 2009 et 2010, de ressortir de la naphtaline de vieux héros comme le Nyctalope et des auteurs oubliés comme Maurice Renard dans un grand délire pré-Deuxième Guerre bariolé de superscience complètement pulp. Lisez les quatre tomes de Masqué, où dans un futur indéterminé Paris se trouve un nouveau héros sorti tout droit de la cave du Fantôme de l'Opéra, ou L'Oeil de la nuit, Nyctalope-en-tout-sauf-de-nom dont la conclusion vient de paraître chez Delcourt, voire Metropolis, qui attend son ultime volume pour cet automne, glaçante évocation d'un âge d'or continu dans une Europe où la Belle Epoque n'a jamais pris fin.
Ceci étant dit, de quoi ça parle exactement, le pulp de Serge Lehman ?


Il y a dans l'ensemble cette oeuvre des trucs géniaux dans tous les sens, mais le vrai tour de force, en fait, c'est que chaque série participe au tout (sobrement nommé "Hypermonde") de son auteur.
Presque, j'aurais tendance à dire qu'elle n'a justement de réelle qualité que dans son ensemble.
Il faut dire qu'au delà du sous-texte et de mon propre plaisir à fouiller dans le qui-est-qui, La Brigade chimérique est une série qui me laisse particulièrement circonspect. Se présentant comme hommage autocontenu de ses deux auteurs à une époque révolue de la littérature française, elle partait d'un point indéterminé au passif ultra-complexe et se terminait entre deux réalités qu'il était assez difficile de réellement imaginer. Elégamment pensée mais trop fortement connotée par son évocation surhumaine du nazisme et finalement coincée par son héros simili-amnésique, sans réelle possibilité d'expliquer les choses, elle sert à mes yeux plus d'introduction aux concepts qui feront l'univers de Lehman qu'elle ne fait figure d'histoire complète. Il manque des choses dans La Brigade chimérique. La série lance des pistes, assemble quelques briques littéraires avec plus ou moins de justesse et de succès, et pose au final plus de questions qu'elle n'amène de réponses. Il lui fallait donc étendre son univers pour exister, et se débarrasser du du poids du contexte Nazi et, surtout, de celui de la blague littéraire omniprésente, inconsidérablement grisante quand on connait le contexte, mais qui empâte sérieusement le récit de la Brigade. Par chance, il ne faudra pas attendre bien longtemps pour que Lehman s'y lance, seul, cette fois. Avec Masqué, L'Homme truqué (tiré des écrits de Maurice Renard et servant de préquelle à La Brigade chimérique) et surtout L'Oeil de la nuit, Lehman crée réellement un monde, référencé, certes, mais qui n'appartient qu'à lui (auquel on pourra ajouter le 1939 alternatif de Metropolis, mais sa genèse est assez différente), recréant contexte et continuité historique afin d'en explorer toutes les possibilités.
Si l'on considère le 1939 de La Brigade chimérique comme présent, Masqué en est un futur dystopique, Metropolis une alternative utopique désenchantée, et L'Oeil de la nuit (qui est réellement le (jeune) Nyctalope de La Brigade chimérique et de L'Homme truqué, il n'a perdu que la "licence") est un passé en forme de point d'ancrage, genèse de toutes les autres séries.
S'y développe un monde ellisien et transhumaniste dans le procédé, mélangeant fiction et réalité (et les héros de chaque "dimension"), dans lequel Paris, véritable personnage, peut se transformer en dictature cyberpunk (avec l'hologramme de Fantômas par dessus la Basilique du Sacré Coeur) et être un nexus dimensionnel druidique en même temps. La ville a une place terriblement importante dans les bédés de Lehman, et se fait le vecteur principal de l'intrigue (des intrigues, plutôt). Berceau du futurisme et du surréalisme, point de départ de "l'âge du radium", littérature, philosophie, magie et science s'y imbriquent, et de son sein émerge un héros (Nyctalope/Oeil de la nuit) constantinien, à la fois savant et golem, sauveur et destructeur, un personnage qui sort de sa coquille et comprend des choses qu'il savait presque naturellement. Il a vu la mort, il connait sa place dans l'univers, il a toujours eu les compétences morales et intellectuelles et il a maintenant la capacité physique de les mettre en action, mais se trompe finalement de chemin et s'efface lui-même de l'histoire, symbole d'un pan magistral de l'histoire oubliée du pop du début du siècle... Mélangeant férocement histoire et fiction au point d'être, certes, plaisant à lire, mais totalement opaque sans connaissance réelle de l'un ET de l'autre, l'Hypermonde de Serge Lehman, c'est un peu le Planetary français.
Là, j'ai sorti mon gros mot, mais sans rire, je ne vois aucune autre comparaison valable.

Peut-être, et je n'en serais à vrai dire aucunement surpris, vais-je chercher un peu loin. Peut-être suis-je aussi trop marqué par mes lectures et mon goût prononcé pour Warren Ellis. Ouvertement, Serge Lehman vise plutôt Alan Moore et sa Ligue des gentlemen, le projet initial de La Brigade chimérique tablant sur un Wold Newton à la française (et me rappelant le projet Shadowmen (2005), qui avait donné naissance aux Compagnons de l'ombre, un hommage anglophone aux héros français sous la direction des époux Lofficier), mais le traitement et les sujets sont à mon sens purement ellisiens, meta jusqu'au bout des tuyaux, croisant les auteurs avec leurs fictions, impliquant profondément l'histoire, celle littéraire et celle avec un grand H, de la France et du Vieux Monde. On n'utilise pas simplement "des personnages" dans une JLA british du XIXeme siècle en proie à des menaces purement fictionnelles. Moore est un auteur ultra réflexif sur son média, capable de le transformer en monstres tentaculaires particulièrement impressionnants mais, en définitive, résolument autocentrés, faits de partis pris narratifs et de déconstructions de mythes. L'Hypermonde de Lehman va au delà, impliquant le hors-livre, la dimension d'oubli d'un travail littéraire dans le temps autant que l'oubli de ses héros par la fiction elle-même. Ces mondes imaginaires sont imbriqués les uns dans les autres et dans le notre, tout se croise, parfois jusqu'à la faute, noyant le sujet dans la référence.
Il faut aussi dire que le sujet en question a besoin d'espace pour s'exprimer. S'il est bien évidemment question de remettre des héros oubliés à la place qu'il auraient pu/du occuper dans notre histoire éditoriale, il s'agit avant tout de le faire dans leur propre contexte fictionnel. Et libéré de l'emprise de son propre mirage, Lehman développe une série d'univers qu'on imagine facilement temporellement liés mais suffisamment différents pour exister de leur propre droit, et si tout se croise, disais-je quelques lignes plus haut, ce croisement se fait dans un éther magique (le Plasme) qui baigne le tout dans une semi-conscience d'un autre monde, ou plutôt d'une autre échelle. Et c'est là qu'on en revient aux sujets transhumanistes. Ellis imagine ses century children comme le système immunitaire de la Terre, et j'ai du mal à ne pas voir les héros "choisis" par le Plasme comme un élément tout à fait semblable. le Plasme de Lehman, c'est la Plaie d'Ellis, l'un préférant une origine magique inexpliquée (et inexplicable) à la théorie hard-SF ultra pointue de réalité parallèle de l'autre, mais le résultat est le même : c'est la clé de tout, et surtout le coeur de tous les pouvoirs. Chez Lehman, la magie va et vient, crée des surhommes quand le moment s'en fait sentir, et du rassemblement héroïque antinazi de La Brigade chimérique naît le futur de Masqué, dont le scénario étend le concept en expliquant, en compagnie de L'Homme truqué (qui fut publié en parallèle de la conclusion de Masqué), une part du mystère qui entoure le monde de Lehman (et le renvoie, encore une fois, directement au notre par la même occasion). Le "Masqué", héros sans nom né d'une cave fantôme (-as ou de l'Opéra?) et ressemblant curieusement au Fulguros de Brantonne, promettait à son Paris futur le retour de héros et d'individus aux capacités proches des siennes, et le Nyctalope (enfin, l'Oeil de la nuit) devient une espèce de prophète magique et scientifique, nexus à forme humaine dont la nature autant que la connaissance font le premier maillon d'une longue chaîne de transhumains aux pouvoirs plus ou moins hasardeux, parfois magiques, parfois fabriqués par l'homme, toujours dans un but précis : protéger "la ville", espèce d'inconscience collective que Lehman fait de Paris et qui guide chaque héros au fil de leurs aventures. Là est tout l'intérêt de Metropolis, vaguement présentée dans le 1939 de La Brigade chimérique et qui prend forme, dystopique et uchronique, dans sa propre série, comme un monde parallèle où elle aurait réussi à se "sauver" de la folie des hommes. Il est à ce titre intéressant de noter que Metropolis est précisément l'origine de tout le projet de Lehman, les hasards artistiques et éditoriaux faisant de la bande dessinée publiée actuellement une version repensée à la lumière de la Brigade d'un roman resté inachevé.

Tout ce qu'il manque pour faire de l'Hypermonde un Planetary à la place de Planetary, c'est un contexte contemporain et un regard "du futur" sur les actions décrites, une optique allant au delà du jeu de la référence et du manifeste "voici ce que nos super-héros étaient, rendons-leur la place qui leur revient". Ce n'est évidemment pas le but. Lehman crée un univers multisérie dans lequel on trouve facilement des passerelles, mais dont chaque épisode est parfaitement indépendant et sur lequel ses héros n'ont aucun recul, leurs luttes internes tournant presque à l'enfantillage. Le regard extérieur et completionniste, c'est uniquement celui du lecteur. Personne ne sait vraiment tout et/ou est immortel chez Lehman, ces gens sont juste les héros de leur temps, des héros qui, contrairement à ceux de notre fiction oubliée, laisseront une trace dans le monde à rebours du scénariste, comme exploré dans Masqué. Et puis Lehman a l'avantage de ne pas avoir à cacher les noms, lui : en dehors du Nyctalope pour lequel un ayant-droit s'est réveillé par magie en 2014, tous sont dans le domaine public ou presque.
Et je ne peux pas m'empêcher de voir dans le Nyctalope la personne même de Lehman, premier super héros made in France et annonciateur de leur retour, protecteur magique et scientifique de la capitale...


Car là se trouve, au delà de tout le blabla metatextuel dont je viens de vous faire part concernant les séries en elles-même, toute la magie de Serge Lehman : faire revivre des personnages que, avouons-le, nous ne connaissions pour la plupart absolument pas, et qui font pourtant partie intégrante de notre héritage fictionnel. A peine ont survécu Arsène Lupin et Fantômas, et encore, pas toujours sous une forme flatteuse (Lupin est toujours resté égal à lui-même, mais si vous pensez que Fantômas est un rigolo avec un masque bleu qui fait faire des grimaces à Louis De Funès, vous êtes loin du compte), et à l'heure où les superpouvoirs sont l'apanage des héros nord-américains, il est aussi très agréable d'avoir une ou deux séries nous rappelant que, non seulement il en existe des français, mais surtout, qu'ils étaient là les premiers.
C'est le sujet premier de La Brigade chimérique, ouvertement sous-titré "la fin des super-héros européens", et la métaphore est filée dans chaque série. Le Nyctalope s'en fait le prophète idéal, prototype qu'il est d'environ tous les héros qui suivront : il a le premier "super-pouvoir", est un homme loyal, juste et bon, mais n'arrive à rien seul et sait admirablement bien s'entourer, tout comme sauront le faire les premiers grands héros américain, le Shadow (en 1931) et Doc Savage (1933).
Soyez curieux, lisez quelques interviews du monsieur, et lisez ses bédés. Il y a, dans cette étrange et autoréférencée remise en contexte, une envie fière et parfois un peu vaine de remettre les grands héros tricolores sur le devant de la scène, mais surtout un véritable amour et une réelle connaissance des personnages en question. Sans rire, même le fait de mêler de vrais personnalités aux aventures des différents héros n'a rien d'innocent : la première aventure même du Nyctalope, en 1911, comptait parmi ses personnages secondaires Camille Flammarion et Maurice Reclus, qui accompagnaient carrément le héros dans sa conquête de Mars.

vendredi 27 mai 2016

Jour 26 – Une bédé que tu voudrais voir adaptée en film ?

Assez tristement, mais fort logiquement par les temps qui courent, quand on pense "film adapté d'une bédé", on pense généralement super-héros. Sauf que les films de supers-héros, moi, j'en peux plus, et, quoique l'idée d'un Valiant Cinematic Universe me chatouille sévèrement, si je devais choisir d'adapter une bédé, j'adapterais un format autocontenu, un roman graphique ou une série limitée. Et dans la catégorie, un en particulier a toujours eu à mes yeux un potentiel cinématographique à crever le plafond : The Chill, de Jason Starr et Michele Bertilorenzi.

Publié sous le label Crime par Vertigo, une collection noir et blanc à la durée de vie aussi courte (2010-2011) que sa qualité était excellente, The Chill est un polar ésotérique plutôt cru, avec des gens fous et des fantômes irlandais dedans.
Le Chill (Le "Frisson" en VF - chez Delcourt, avec une couv' autrement moins classe) est un pouvoir féminin très spécial, puisqu'il permet de "geler" le partenaire de madame au moment du coït. Jusque là, soit, c'est gênant et ça fait peur, mais rien de bien méchant. C'est quand le fantôme familial s'en mêle que ça devient beaucoup plus étrange. Armé d'une lance sacrificielle, il se charge d'envoyer ad patres le malheureux, utilisant l'énergie du sacrifice pour mettre en place le suivant. Deux flics entrent alors en jeu : un jeunot attentionné mais totalement inconscient du "truc qui cloche", et un paumé à la bouteille facile qui sait manifestement ce qui ne tourne pas rond : il l'a déjà vécu.
L'enquête est rondement menée, le trait efficace se chargeant d'animer la chose par gros aplats monochromes comme j'aime, mais ce qui intrigue, surtout, c'est les personnages. S'il n'y a pas grand mystère sur ce qui se passe, la façon dont chacun s'imbrique dans le grand ordre des choses est absolument fascinante, chacun à sa manière avançant inexorablement vers un climax glaçant (huhu). Les victimes du Chill ne sont pas en reste : tous sont, sans exception, d'immondes salopards antipathiques et veules, aux déviances proprement indéfendables et dont la mort, par là même où ils pèchent, s'avère au final cathartique. Une dynamique inversée se crée où la fascination du mal l'emporte bien vite, et on a toutes les peines du monde à ne pas vouloir que mademoiselle Chill ne soit jamais rattrapée. L'épilogue bourré d'ironie roméoetjuliettienne tient en cela du génie, tant par sa simplicité que ses implications directes.
The Chill est joyeusement dégueulasse, complaisant avec lui-même au point de faire son héros de la menace même qu'il met en scène. Cette bédé sait parfaitement ce qu'elle fait et le fait avec un zèle morbide, si bien que chaque personnage rencontré ou presque est un connard grotesque. Il y a les victimes du rituel druidique, bien sûr, mais même le brave flic droit dans ses pompes et propre sur lui n'échappe pas au plaisir manifeste qu'à Jason Starr de faire de ses héros des gros cons : il est un trouduc' m'as-tu-vu sans la moindre idée, connaissance ou compréhension de la situation, et ne doit finalement sa survie qu'au type beurré combattant ses propres fantômes sur lequel il s'acharne depuis le début. Pas de blanc et brillant justicier ici, et si on comprend parfaitement ses motivations, il n'en reste pas moins aussi détestable que les autres. C'est d'ailleurs le gros point fort du bouquin : si la noirceur générale et systématique tient au final surtout du gimmick de narration, toute liberté est laissée au lecteur de s'attacher ou non à ces gens qui sont, en définitive, juste humains. A part le prêtre. Lui, c'est un porc qui n'a que ce qu'il mérite.


Et il va falloir que je m'arrête là sinon je vais ajouter des tas d'exemples rigolos et lire le machin n'aura plus aucune utilité puisque je vais finir par le raconter en entier. Qu'on soit clair, The Chill est ce que Vertigo Crime a produit de meilleur (avec Area 10 de Christos Gage et Dark Entries d'Ian Rankin). C'est surnaturel jusqu'à la moelle, mais c'est aussi définitivement noir. Personne n'est ici pour la justice, et la manière dont chaque élément se met en place a tout du bon thriller druidique joyeusement pop du dimanche soir, avec un plan nichon ou deux pour faire bonne mesure.
La narration est superbe, le dessin splendide, le rythme travaillé et la thématique religieuse iconoclaste larvée offre même un sous-texte propice à plein d'interprétations, mais pas de mystère ici : si The Chill est une excellente bédé au potentiel filmique grandiose, en aucune manière a-t-on affaire à une histoire qui chamboulera le monde. C'est du genre. Du bon.

D'ailleurs, Jason Starr ne faillira jamais à cette appellation, puisque dans la foulée de The Chill, ce romancier de carrière signera Justice Inc. (dans les pages de Doc Savage) chez DC et Punisher et Wolverine MAX chez Marvel.