Affichage des articles dont le libellé est Marvel. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Marvel. Afficher tous les articles

dimanche 9 février 2020

Agnès la Noire, par Leigh Brackett

Il est toujours étonnant de constater que l'héroïne la plus connue de Robert E. Howard n'est même pas sa création. Red Sonja est en effet le travail de Roy Thomas et Barry Windsor-Smith, réinvention hyboréenne de la Red Sonya austro-hongroise de l'auteur.
Cette semaine, c'est une autre rouquine du répertoire de Two-Gun Bob qui est à l'affiche ; Dark Agnes, l'épéiste oubliée, a ainsi droit à sa première adaptation séquentielle dans la nouvelle gamme Conan de Marvel, sous la plume de Becky Cloonan (l'épique By Chance or Providence). L'occasion, à défaut de vous en offrir une étude moi-même, de partager la préface enthousiaste de Leigh Brackett publiée dans l'anthologie Sword Woman (avec une fantastique couverture de Ken Kelly) en 1977 (paru en France sous le titre Agnès de Chastillon chez NéO en 1983 et Fleuve Noir en 1993), à l'époque première apparition du personnage, qui n'avait jamais été édité du vivant de l'auteur.




"Quel dommage que Robert E. Howard n’ait pas écrit plus d’histoires sur Agnès de Chastillon, Agnès la Noire ! C’était vraiment un personnage exceptionnel…, plus intelligent que Conan, plus séduisant que Solomon Kane, et une aussi fine lame que tous les autres héros d’Howard. Peut-être vint-elle trop tôt… en avance sur son temps. Les femmes capables de faire de telles choses n’étaient pas très populaires dans la littérature de fiction des années 30, particulièrement dans le domaine de l’Aventure. La Jirel de Joiry de C. L. Moore – qui jouissait d’une renommée considérable à cette époque – vivait des aventures uniquement fantastiques, ce qui lui donnait une plus grande liberté d’action. Il est intéressant de se demander, en regard de la troisième histoire d’Agnès la Noire, La Maîtresse de la Mort, si Howard tentait délibérément d’orienter son héroïne vers ce domaine, fantastique. Si c’était le cas, il est mort avant d’avoir pu terminer l’histoire.
Elle a été achevée par Gerald W. Page et toute autre conjecture serait des plus hasardeuses.

Il est tout aussi intéressant de se demander si Agnès la Noire a été inspirée ou non par la Dame de Joiry. Il est tout à fait certain qu’Howard connaissait Jirel. Il avait lu L’Ombre du Dieu Noir (Black God's Shadow), qu’il aimait beaucoup. Il le dit et envoya un exemplaire de la première histoire de son héroïne, Agnès la Noire (Sword Woman), à Catherine Moore, pour qu’elle la lise. (Elle adora cette histoire et souhaita qu’il en écrive d’autres.) Mais, en fait, il est impossible de dire lequel de ces deux personnages fut conçu le premier, ou même s’il y a un quelconque rapport entre eux. (Jirel, bien sûr, fut publiée dans Weird Tales avant qu’Howard écrive Agnès). Il est raisonnable de supposer qu’Howard autant que Moore eurent l’idée de leurs guerrières en puisant aux mêmes sources… les récits historiques de ces femmes à qui Howard dédia sa saga d’Agnès la Noire, depuis la ballade de Mary Ambree jusqu’à, très vraisemblablement, la vie de la célèbre « sainte en armure », Jeanne d’Arc, bien que la sainteté ne soit pas, fort heureusement!, une qualité revendiquée par aucune de ces deux héroïnes.

En tout cas, la ressemblance entre Agnès et Jirel est purement superficielle. Toutes deux sont rousses. Toutes deux portent une armure et manient l’épée avec une efficacité mortelle. Mais Jirel est un être de feu et de glace, elle est douce et raffinée, et vit dans les Pays de Nulle Part de l’imaginaire, dans un continuum différent de la France historique d’Howard. Jirel est opposée à de sombres dieux et sorciers, est concernée par l’amour et la magie. À aucun moment nous ne savons vraiment pourquoi ou comment elle devint une guerrière. Elle est simplement la Dame de Joiry, cuirassée, fière et très belle.
Agnès, par contre, fait preuve d’un pragmatisme absolu. Le talent d’Howard présentait de multiples facettes, mais lui-même n’était pas doux, ni raffiné, et son héroïne ne l’est guère plus ! Agnès vit à une époque difficile et cruelle, où les femmes ont moins de prix, et sont moins bien traitées, que les bêtes de somme d’une famille de paysans… qui, elles, coûtaient beaucoup d’argent s’il fallait les remplacer (lorsqu’il n’y avait pas de bête de somme, c’est la femme qui prenait sa place). Agnès est une paysanne par sa naissance ; elle a un père brutal et vit dans un village qui est une véritable porcherie. Elle s’est endurcie en grandissant parce que, si elle n’avait pas été dure, elle n’aurait sans doute pas grandi du tout.

Jirel est de naissance noble et une enfant légitime. Agnès revendique un sang noble, mais c’est une enfant illégitime, et ses revendications n’ont aucune valeur. Dans Agnès la Noire, nous avons le récit très détaillé de son itinéraire, de la façon dont elle en vient à mener une vie d’homme, et si la description faite par Howard de ses fiançailles et de son mariage semble quelque peu outrée, c’est uniquement parce que les gentes dames qui figurent plus communément dans les récits de fiction historique sont vendues au plus offrant avec une politesse plus marquée, mais c’est tout. La coutume du mariage arrangé a duré jusqu’à l'ère victorienne et même après, et elle était entourée de toutes sortes de joyeux euphémismes, mais le fait est là : la fille était pour son père une marchandise destinée à la vente et mise aux enchères, vendue au meilleur prix qu’elle pouvait rapporter.
Agnès a assez d’estomac pour s’arracher une bonne fois pour toutes d’une situation insupportable et, tout à fait littéralement, de se tailler une vie nouvelle. La façon dont elle procède donne lieu à une lecture des plus passionnantes, qui n’est en aucune façon réservée aux seules militantes du Women’s Lib (et autre MLF !). Agnès est un être humain droit, honnête, qui ne s’apitoie pas sur soi-même, sympathique ; elle captive l’attention du lecteur dès la première page. Elle possède cette qualité qui transcende le sexe, puisqu’on la trouve aussi bien chez des petites filles que chez des hommes adultes ; je veux parler du courage. Et le défi qu’elle lance à Guiscard de Clisson, lorsque celui-ci tente de la remettre « à sa place » (la place d’une femme dans une société d’hommes), est aussi éloquent qu’une déclaration de fierté individuelle et de respect de soi, comme on peut en lire ailleurs.
Etienne Villiers, lequel, à sa façon très personnelle, aide Agnès à « faire son chemin », est un coquin à la personnalité complexe et un personnage excellemment traité. Les rapports qui se nouent entre Agnès et lui, par le biais de la trahison, de la vengeance, de la dette de reconnaissance, et finalement du respect accordé à contrecœur et de l’amitié, sont fascinants par leurs tours et détours.

Howard était passé maître dans l’art de raconter et de maintenir une histoire à un train d’enfer, sans jamais perdre de vue les personnages ou l’atmosphère. Des Épées pour la France (Blades for France) est une aventure magnifique, mouvementée, racontée à un rythme rapide, où Agnès est à présent bien établie dans le monde qu’elle s’est choisi. L’intrigue n’a peut-être pas la perfection d'Agnès la Noire (celle-ci possède une merveilleuse unité) mais cela ne diminue en rien le plaisir du lecteur.

La Maîtresse de la Mort (Mistress of Death) possède une texture différente, procure une autre sensation. Alors que les deux premières histoires sont ouvertes, remplies de vent et de ciel pur, de forêts et de chevauchées impétueuses. La Maîtresse est fermée sur elle-même, dans une atmosphère de claustrophobie. L’action se passe dans des ruelles étroites, la nuit, à l’intérieur d’auberges et de maisons, dans des passages secrets et des caves. Agnès trouve un nouveau compagnon, qui succède à Étienne Villiers, en la personne de l’Écossais exilé, John Stuart. L’aventure devient purement macabre et fantastique ; Agnès affronte et est victorieuse d’un adversaire beaucoup plus redoutable que les vulgaires coupe-jarrets qui ont essayé de l’embrocher sur leurs lames ! Une très belle relation se développe entre elle et Stuart, et l’on souhaiterait que la saga se poursuive encore très longtemps.
Un point encore, au bénéfice du macho qui d’aventure pourrait lire ces histoires et s’écrier : « D’accord, ce sont des nouvelles bien écrites, mais en réalité aucune femme n’est capable physiquement d’accomplir de tels exploits. »

Foutaises, messeigneurs !


Un vieil adage dit qu’un bon géant peut toujours avoir besoin d’un bon nain. Mais entre ces deux extrêmes, il y a toutes les nuances possibles de taille, de force et de capacité. Les poids mi-moyens constituent apparemment la majeure partie de la population, tant les hommes que les femmes, et deux guerres mondiales, ainsi que l’accession à de nouveaux domaines jusqu’alors « réservés » aux hommes, ont prouvé sans conteste possible qu’une femme en bonne santé est physiquement capable de faire absolument tout ce qu’elle a envie de faire.
La notion acceptée de la femme faible et sans défense a des origines sociales et n’est absolument pas fondée sur des faits. Les femmes douces, soumises, non compétitives, se vendaient mieux sur le marché du mariage. De plus, présenter une fragilité de bon ton était le symbole d’un statut social ; cela signifiait que vous n’aviez pas besoin de travailler. C’est pourquoi la petite fille ardente et débordante d’énergie, indépendante et volontaire, était réfrénée dès son plus jeune âge par sa mère, sa grand-mère, ses tantes et ses nounous… Ne sois pas un garçon manqué, conduis-toi comme une petite dame, fi, quelle honte ! Avant même de s’en rendre compte, elle se retrouvait harnachée et sanglée dans des vêtements de femme, tous destinés à l’entraver et à la brider : chaussures obligeant à marcher à petits pas et à adopter une démarche affectée, jupons et lourdes jupes, gaines, corsets, tournures, corsages stricts, cols de robe serrant le cou. Regardez donc le Portrait de la petite Infante d’Espagne par Velazquez. Regardez sa taille et essayez de vous imaginer comme tous ses organes devaient être comprimés. Cela n’avait rien d’étonnant si un grand nombre de femmes mouraient jeunes, à cette époque. Ou si elles n’étaient pas très actives. En supposant que les vêtements féminins à travers les siècles aient fait partie d’un complot délibéré pour perpétuer et s’assurer de son infériorité physique, il aurait été sans doute difficile de faire mieux !

À présent, les femmes sont délivrées de toutes ces absurdités, Dieu merci, même si l’on peut s’étonner de voir tant de jeunes filles tomber dans l’excès inverse et présenter un aspect si peu féminin. Le tabou pesant sur les sports a été levé peu à peu, de telle sorte que la jeune fille, par nature bonne en sports et aimant les pratiquer, n’est désormais plus placée devant le choix suivant : y renoncer ou bien être considérée comme non féminine. (De la même façon, les garçons qui ne sont pas sportifs et n’aiment pas faire du sport sont considérés comme non masculins).
La reine Boudicca conduisait ses armées à la bataille. Les femmes blondes et armées de Germanie se battaient aux côtés de leurs hommes et terrifiaient les légionnaires romains. Les Vikings avaient leurs femmes guerrières. Et même après l’avènement du christianisme, des femmes exceptionnelles ont constamment réussi à échapper au piège. Elles ont servi honorablement comme soldats dans de nombreuses guerres, moins honorablement comme pirates et flibustières, mais toutes ces femmes maniaient à la perfection l’épée et le pistolet. Les femmes qui ont aidé à la conquête des espaces non civilisés du monde n’étaient pas des mauviettes. Elles savaient tirer au fusil et atteindre leur cible. Elles étaient capables d’endurer la chaleur et le froid, la faim, la soif, et la menace permanente de la mort… tout aussi bien que leurs époux.
Ne jamais sous-estimer les capacités d’une femme ou son énergie. En une semaine, il y a deux ou trois ans, par des faces différentes, deux minuscules Japonaises, chacune pesant moins de cinquante kilos, ont conquis l’Everest. Il existe certainement de par le monde des femmes capables de soulever des haltères de cent quatre-vingts kilos, bien qu’apparemment, seuls les hommes soient assez stupides pour avoir envie de le faire… jusqu’à présent.
Bref nous savons qu’Agnès aurait certainement été capable de faire tout ce qu’elle fait, parce que des femmes ayant réellement vécu les ont faites.

En plus des trois histoires composant la saga d’Agnès la Noire, ce volume comprend, un cadeau en prime pour le lecteur!, deux de ces adorables fragments qu’Howard a laissé inachevés, parmi tant d’autres : le début d’un roman, Au Service du Roi (The King's Service), et le commencement d’une nouvelle, L’Ombre du Hun (The Shadow of the Hun)… Ces deux textes nous présentent des temps et des endroits exotiques, qui nous font regretter, une fois de plus, qu’ils n’aient pas été terminés. L’Inde antique, Vikings, Celtes, Grecs, Tatars et Mongols, les vestiges d’un empire, la conquête d’un autre…, tous les éléments sont réunis.
Howard chérissait tout particulièrement ce qui était oublié, lointain et mystérieux. Une image s’impose à notre esprit : Howard assis devant sa machine à écrire, à Cross Plains, Texas… Un jeune homme habité par les rêves puissants de dieux et de héros, s’évadant des limites étroites de son propre espace-temps, pour parcourir librement et arpenter à grands pas les merveilleuses contrées de ses rêves.
Il est regrettable que les rêves doivent se terminer aussi vite. Mais pour nous consoler, nous avons tous ceux qu’Howard nous a laissés… pour nous les faire partager."

Leigh Brackett 
Lancaster, Californie
Décembre 1976

mardi 7 juin 2016

Storytelling avec... Frank Quitely

J'ai répété à plusieurs reprises ne pas aimer le run de Grant Morrison sur New X-Men. J'ai répété au moins aussi souvent que le trait de son compère Frank Quitely me déplaisait, mais qu'il avait une science incroyable du découpage. Ses cinq premières pages de l'épisode 138 étaient de ma liste des 100 trucs, et sont assurément de mes favorites de l'histoire de la bédé.
Quitely est un dessinateur de la "génération cinématographique", des artistes aux tendances scope qu'on attribue pour beaucoup au passage de Warren Ellis (et de Bryan Hitch) sur The Authority. Toutefois, malgré les efforts de leurs auteurs à les faire passer pour des blockbusters hollywoodiens post-Matrix, les codes bédéastes n'en restent pas moins radicalement différent. Leur seul point commun serait en fait de combiner mots et images pour faire avancer une histoire. Le cinéma opère dans le temps en mouvement, alors que la bande dessinée est une montre arrêtée. Avoir une bédé au format scope revient ainsi peu ou prou à coller les images d'une pellicule côte à côte, lui permettant de se fendre d'un cadrage typiquement cinématographique hyper-dynamique et d'une narration ultra-découpée qu'on pourra vite assimiler à du storyboarding.
Parfois, c'est d'ailleurs juste ça, et ça ne va honnêtement pas bien loin. C'est même souvent très chiant, trop décompressé, trop prévisible aussi, et surtout assez plat à lire, de part l'unité des cases. Alors entrent en scènes des dynamiteurs de génie.
Mesdames et messieurs, Frank Quitely :


Qu'on soit clair dès le début de cette petite analyse : ces pages sont un petit chef-d'oeuvre de narration qui mériteraient un polyptyque sous cadre de verre (ou, en tout cas, d'être montrées dans toutes les écoles de bédé). Il y a plus de cohérence, de dynamisme et de qualité de composition dans le découpage de ces cinq planches que dans les six heures de montage épileptique de la trilogie Bourne. Si je mangeais en lisant, j'en ferais tomber mon pop-corn sur ma bédé.
Pris dans l'action à peine la couverture tournée, j'ai encore du mal quinze ans après sa publication à croire que tout ça ne bouge pas, que les pneus ne crissent pas et que le vent ne souffle pas dans les poils du Fauve (qui, en passant, gagne ici ses lettres de noblesse féline). Quitely nous offre le full action package en mouvement constant dont rêvent les Michael Bays du dimanche, en quelques frames clés, et par ailleurs sans cet effet de flou qui bouffait un bon paquet de colorisations dans les comics post-2000 photoshopés. Il crée son dynamisme en jouant avec des effets très graphiques, tordant les décors et les personnages pour créer ses lignes de vitesses. L'impulsion est donnée par la chevelure du Fauve, sa bave, le feuillage des arbres, les phares de la voiture, les flammes, les bris de glace, l'optic blast... Tout bouge, horizontalement, dans le sens naturel de lecture. Et le regard suit, à 100 à l'heure, jusqu'au milieu de la page 4 où, soudain, le plan se fige, la voiture freine, et le mouvement se fait en sens inverse, de droite à gauche, stoppant l'action aussi efficacement qu'il la suivait.
C'est parfaitement clair, on sait toujours se placer spatialement et temporellement, et pourtant, on lit ça en passant à peine quelques dixièmes de secondes sur chaque case. La raison est à aller chercher dans le cadré autant que dans le cadrant. Non seulement Quitely joue à merveille des outils typiques de la bande dessinée de mouvement, mais il guide aussi et surtout le regard de manière totalement inconsciente à travers la forme même des cases. Plus que le découpage en lui-même, c'est bien la composition de chaque page qui crée le rythme de lecture. De grands rectangles horizontaux encadrés de bandes noires (cinémascope, on a dit), dont les dimensions et positions variables créent un effet d'accordéon (voyez comme elles se décalent sur la droite en bas de la page 3, au moment où la poursuite est à son climax) qui amplifie encore l'impression de mouvement en l'accompagnant physiquement (la hauteur même des cases change le focus entre gros plans et plans larges). Se crée une illusion de chorégraphie millimétrée, comme au cinéma, aux cadrages parfaitement pensés et que l'absence totale de bulles ou d'onomatopées rend d'autant plus réelle. Et pour freiner tout ça, deux grands carrés (ou presque) et des rectangles parfaitement égaux et alignés. Les cases ne bougent plus, le mouvement disparaît, on revient à une bande dessinée plus classique : de multiples points de vue du même endroit, au même moment. Les yeux cessent de voyager, le fuyard reprend son souffle, nous aussi. On peut maintenant lire les bulles.

dimanche 22 mai 2016

Jour 21 – Une suite/deuxième volume qui t'as déçue ?

Où je me souviens que j'ai piqué ce questionnaire sur un blog dédié aux super-héros. Cette question n'est évidemment paaaaas orientée du tout. Plongeons donc à pieds joints dedans : Ça.


Heroes Reborn, ou Captain America, Iron Man, Avengers et Fantastic Four "Volume 2"... Comment un éditeur, qui plus est Marvel, si attaché à sa sacro-sainte continuité (vieille alors de trente ans), a-t-il jamais pu croire que ce truc serait une bonne idée ? Un lobby de dessinateurs ? Peut-être, nous étions après-tout dans l'après-Image, mais quand même.
Je n'épiloguerais pas sur le sujet, tout simplement parce que je suis totalement incapable de décrire l'étendue de haine (justifiée!) que tout amateur de comics a envers ce truc, l'ignominie de ses scénarios et l'horreur de ses dessins. Le pire, ce que je n'ai pas connu Heroes Reborn à l'époque, je suis tombé dessus par hasard presque cinq ans plus tard, et ça m'a quand même rendu complètement fou. Ce n'est pas tant l'idée initiale qui est en faute (que j'ai toujours vu comme une bête redite d'Age of Apocalypse, mais avec les Vengeurs et les FF) que l'absence totale de qualité du produit et la bêtise avec laquelle il a été géré, annulé à la va-vite au bout de treize (trop nombreux) numéros.
Pendant un an, l'univers Marvel a fonctionné sans ses héros principaux et les lecteurs ont été séparés de leurs personnages favoris. C'était une mauvaise idée, et c'était nul. Pire, cette saga absurde fut le dernier clou dans le cercueil de Marvel, déclaré en banqueroute en décembre 1996. (Depuis, Marvel va mieux, merci bien.)

Quoiqu'elles aient été le théâtre de choses assez excellentes comme la totalité de la production Valiant, la trilogie Infinity ou Doom 2099, les amateurs s'accordent à considérer les années 90 comme l'âge sombre des comics, et si Heroes Reborn n'est pas le pire évènement isolé qu'on ait vu sortir à l'époque (les sagas symbiotes/clones chez Spider-Man, le Punisher démoniaque, tout Image/Top Cow, Jean-Paul Valley, Artemis en Wonder Woman, la mort de Superman...), il est incontestablement le point d'orgue d'une décennie de tristes décisions.

Ce qui est terrible, maintenant que j'y pense, c'est qu'entre les milliards de reboots, les crossovers à outrance, les tonnes de séries dérivées et cette envie effroyable de vouloir redéfinir trop de choses, trop souvent (deux Captain America, quarante Batmen, le retour des X-Men originaux, Peter Parker en nouveau Tony Stark, sans compter un énième DC Rebirth qui arrive...), j'ai l'impression que le paysage superhéroïque actuel est celui d'un Heroes Reborn continuel et non assumé. On est dans une optique différente, fruit du succès des adaptations cinématographiques et de superbes expériences éditoriales comme 52 (pas "New 52", 52 tout court, la série) ou les phases Initiative/Dark Reign de la fin des années 2000, mais j'ai vraiment le sentiment de vivre exactement la même chose. Et de la même qualité...

vendredi 20 mai 2016

Jour 19 – Ville/univers de bédé dans lequel tu aimerais vivre ?

Des fois, je me dis que les Lost Lands ou Pellucidar sont une option totalement viable, que j'y verrais exactement toutes les choses qui me font rêver et que je pourrais.... Mais non. Soyons réaliste. Je boite, suis à moitié sourd, mon ordinateur est mon outil de travail principal ; moi, dans la jungle ? Ah !
Si les romances planétaires et tarzanides sont de loin mes récits favoris, les mondes qui m'ont toujours le plus intrigués étaient ceux imaginés par les auteurs de science-fiction. De l'Histoire du futur d'Asimov à la Mars de Bradbury en passant par les vaisseaux-villes (voire planètes) de Clarke ou Niven, ces trucs-là m'intriguent autant par les aventures qui s'y déroulent que par les implications sociales de leurs avancées technologiques. La fiction spéculative, c'est mon pied à l'étrier littéraire, et dans le domaine séquentiel, un monde m'a toujours fait rêver au delà de tous les autres : Marvel 2099.

Evidemment, il faut remettre en perspective la découverte de ce monde par un gamin de dix ans bercé de SF pop et fluo du début des nineties, mais en y réfléchissant, c'est presque logique.
Un monde à la technologie florissante, aux larges panneaux holographiques, avec le cyberespace cobayesque où on télécharge sa conscience dans un clip de rock hippie, les héros qui flottent au dessus de nos têtes, les voitures volantes et tout le tremblement. Après, c'est du cyberpunk de bédé (pire, de comics des 90's!), auquel il faut ajouter le désert madmaxien au dehors, c'est complètement craqué, crade au possible et le fond de la ville est aussi ras que ses hauteurs sont luxueuses. Les corpos sont dégueulasses et tout le monde est exploité, chair à canon électrice à la botte d'un modèle économique inégalitaire issu des peurs et tensions des 80's, poussé ici à l'extrême par les 90's rugissantes. Sauf que Peter "PAD" David, le créateur de ce truc, savait très bien ce qu'il faisait, et que cet univers paraissait vrai. Mieux, c'est l'un des rares dans lesquels les arcanes politiques avaient un réel intérêt et de vraies répercussions (le coup d'état de Fatalis), et surtout, étalé sur juste quatre séries principales et quelques à côtés plus ou moins utiles et viables, c'était un exemple de monde étendu qui marchait vraiment, à une époque où chacun faisait sa popote dans son coin (les crossovers inter-X-Men sont l'une des sept plaies des nineties). Mark Millar avouera lui-même qu'il voulait, à l'issue de Civil War, un Marvel où les changements se ressentaient d'une série à l'autre et où la politique de l'univers avait un réel impact, à l'image de 2099 (ce qui me fait penser que, pour un auteur qui a fait ses armes sur 2000AD, 2099 devait en effet avoir une certaine résonance).
Enfin bref, ce monde me fascine. Il n'est pas cool, pas franchement accueillant, mais il est construit et crédible. Remplaçons donc le coeur de l'Afrique par une jungle urbaine futuriste et lançons-nous du haut de ses immeubles de mille étages : entre tous les univers sauvages à moitié dingues dans lesquels je pourrais être tenté de mettre les pieds, 2099 est de loin celui qui à ma préférence. Il l'a depuis que j'ai dix ans.

Et à bien y réfléchir, par rapport aux grands-écarts un peu fous qu'on pourrait faire entre notre monde et un imaginaire, il me parait même un choix plutôt sage... du moins autant qu'on puisse considérer "sage" l'idée de vivre dans une bédé...

mercredi 18 mai 2016

Jour 17 – Le vilain le plus inutile ?

Le Pilleur ?

LIES ! 

Ce méchant de Spider-Man (raaah! encore Spider-Man?!) sera, je pense, à jamais le premier nom qui me viendra en tête quand on me parlera de vilains incompétents à un niveau résolument comique. Le Pilleur (The Looter, en VO) est sensé avoir reçu une force surhumaine ou un truc du genre après avoir respiré le gaz d'une météorite. Une origine aussi basique qu'inutile, puisque le monsieur n'a jamais, dans mon souvenir, était plus balèze que son maigre physique (il doit faire 1m70, max) le lui permettait. En revanche, il a souvent su s'équiper de gros canons bien ridicules et s'habiller avec la classe absolue d'un anglais bourré, de rose et de blanc.
Quoique les trois cases qui lui soient allouées dans Dark Reign soient particulièrement drôles, son apparition la plus mémorable restera pour moi celle par laquelle je l'ai découvert (et que j'ai mis deux heures à retrouver pour pouvoir écrire ce post, bien plus de temps que ce personnage stupide n'en mérite) : une backstory d'Amazing Spider-Man Annual 26 (publiée en France dans Nova 196) qui servait de roll call des vilains du tisseur et laissait le pauvre Pilleur comme triste dindon d'une farce qu'il se posait, au final, à lui-même.


Sur une "histoire" de trois pages, il faut quatre malheureuses cases à S-Man pour s'en débarrasser tout en le vannant copieusement. Oui, ce mec est nul. Plus nul encore que le Wrecking Crew.

dimanche 8 mai 2016

Jour 07 – Couple favori ?

J'ai dans l'idée que l'auteur de ce questionnaire savait très bien quelles réponses il entendait donner aux questions 6 et 7, parce que j'ai probablement les même que lui et qu'elles se suivent bien trop bien.
Mon couple de fiction favori est indiscutablement celui formé par Tarzan et Jane Porter, mais ce ne sont pas des héros de bédé à la base et rares sont les incarnations à avoir rendu honneur aux personnages tels que Burroughs les écrivait (au point que mon incarnation séquentielle favorite du Seigneur de la Jungle, celle de Joe Kubert, soit une version d'où Jane est absente).


Et donc, je crois bien que mon couple de comic-book favori est et restera Peter et Mary-Jane Parker. C'est pas mes personnages préférés, mais il y a une raison qui me met devant le fait accompli bien malgré moi : depuis One More Day, le seul Spider-Man que je lis encore, c'est le daily strip (publié par King Features). Dedans, Peter et MJ sont toujours mariés et vivent des aventures sorties tout droit des 80's. (A l'heure où j'écris ce post, MJ a été kidnappée par Xandu alors que les Parker rendaient visite à Doc Strange, et Peter et le Doc essaient de trouver un moyen de deviner vers quelle dimension XYZ métaphysique le félon s'est enfui avec la dame. C'est ringard à souhait, et c'est grandiose.)

En 2009, le strip avait d'ailleurs eu droit à cinq mois de flottement assez particuliers : le 1er janvier, le statut de Peter comme celui d'un jeune homme célibataire était restauré, d'un coup, sans explication aucune, laissant les lecteurs dans l'expectative (le 3 janvier, un cartouche signifiait que l'aventure en cours se déroulait "dans les jours avant que Peter et MJ ne se marient", mais aucune mention n'en fut jamais faite par la suite). Finalement, le 24 mai, l'histoire était arrêtée brutalement et révélée comme... un rêve. Dans la tradition du soap le plus camp, Peter s'en rendait compte en se réveillant alors que Mary Jane sortait de la douche, dans un hommage/satyre à peine voilé à l'un des cliffhangers les plus connus de la télévision, celui du retour de Bobby Ewing dans Dallas.
Il y a bien évidemment beaucoup de théories de lecteurs, mais aujourd'hui encore, personne hormis les silencieux auteurs du strip ne sait réellement s'il s'agit d'une tentative violemment avortée de suivre le comics ou d'une pure cabriole pour s'en moquer. Le cartouche final lui-même semble ne pas savoir, car même si on peut y lire que les éditeurs ont "pris conscience du courrier des fans", difficile d'imaginer qu'ils tentent l'aventure deux ans après le comics sans savoir au préalable ce que les lecteurs pensent de ce changement. Qui plus est, la phrase "Will the real Peter Parker please stand up ?" a déjà été lue dans la Saga du Clone et se veut probablement totalement méta, là encore.


Blague ou pas, le simple fait que je m'y intéresse suffit à illustrer mon point ici : je n'arrive pas à m'enlever de l'esprit que le vrai Spider-Man, c'est justement celui là. Celui où il est marié à MJ. A mes yeux, c'était la relation intouchable des comics, au delà même de Clark Kent et Lois Lane. c'était le moteur du personnage, le coeur de bien des intrigues, et ça renforçait le côté éminemment empathique du personnage. C'est cette image de brave type qui protège sa famille qui m'avait marquée quand je le lisais étant gosse, et c'est toujours comme ça que je veux le lire aujourd'hui.
Je n'ai pas acheté un magazine dédié au tisseur depuis 2007, et très franchement, c'est pas un body-swap avec Doc Ock ou une transformation en Tony Stark du pauvre qui vont me faire changer d'avis, bien au contraire...