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vendredi 17 août 2018

The Pre-Tolkien Fantasy Challenge

Having originated from an english thread of blog posts, the present article is also avalaible in english.

Le 10 août, Alexandru Constantin, sur son augustement nommé Barbarian Book Club, a eu la drôle d'idée de lancer le Pre-Tolkien Challenge au milieu de l'informelle communauté de lecteurs-blogueurs du net à slip de fourrure. Et ça a fusé... J'ai découvert l'existence de cette opération sur le blog de Fletcher Vredenburgh, un des auteurs de Black Gate, lui-même l'ayant appris par le biais de celui de Keith West, un des auteurs d'Amazing Stories... Comme une communauté de lecteurs-blogueurs ça cherche toujours une raison pour lire et écrire un truc ou deux, et que la fantasy pré-Tolkien et tout le pulp qui va avec c'est complètement mon rayon, j'ai plongé. (Avec un poil de hasard, je suis même le premier non-anglophone à poster à ce propos.)

Mais donc, ce Pre-Tolkien Challenge, comment ça marche ?
Tout d'abord, le nom entier est "Pre-Tolkien Short Story Challenge". Ensuite, tout simplement, l'idée est de sélectionner trois récits (de fantasy, bien entendu) publiés avant la sortie initiale du Seigneur des Anneaux en 1954, et de proposer un petit compte-rendu sur la chose en s'appuyant sur les rapports (ou absences de) pouvant être faits avec l'oeuvre du papa de Gollum, sans oublier d'abondamment citer les sources chez lesquelles ont peut lire les textes en question.
Et bien évidemment, de partager le challenge ; ainsi, blogueurs de tous bords,  je vous encourage vivement à prendre la balle au rebond et, vous aussi, à partager trois récits courts d'avant Jean-Renaud-Réuel le Téméraire.


C'est d'autant plus rigolo à faire que ma base en fantasy c'est quand même Beowulf, et j'ai déjà expliqué comme Le Hobbit c'est Beowulf. En fait, je suis carrément dans le cas inverse de l'idée du challenge, qui est pensé pour présenter quelques oeuvre de la jeune fantasy d'avant 1954 à un lecteur circonspect ; moi, je ne m'intéresse très précisément pas ou presque pas à ce qui est paru après 1954. Tolkien, c'est la haute fantasy, mais avant ça, y a plein de trucs, et pas seulement des romans médiévaux et des contes de fées. Des romans comme Gulliver, par exemple, s'inscrivent parfaitement dans ce que deviendra ce courant - à ceci près qu'on induit dans le terme fantasy la notion d'un monde ancien totalement différent de nos sociétés modernes, et le héros de Jonathan Swift lui est pleinement contemporain (selon cette logique, Homère et Shakespeare écriraient eux-aussi de la fantasy).
Mais même sans remonter aussi loin, la fantasy "moderne" n'a pas attendu Frodo et ses potes. Elle date(rait) sensiblement de la fin du XIXème siècle, sous l'impulsion de vieux britons comme George McDonald, Lord Dunsany ou William Morris (voire Walter Scott, et n'oublions pas non plus les explorateurs d'Henry Rider Haggard). Au début du XXème, des bouquins comme Peter Pan ou Le Magicien d'Oz popularisent ces récits médiévaux-fantastiques auprès du jeune public ; la sword & sorcery de Conan et de Fritz Leiber, ce n'est qu'un tout petit bout du panel de récits à disposition des lecteurs. Citons aussi T.H. White, dont Disney adaptera son Merlin l'enchanteur, et dans le genre sword & planet cher à Edgar Rice Burroughs, on pourra aller chercher du côté de Leigh Bracket et Otis Kline.
Or donc, tout ça c'est bien gentil, mais mes trois histoires ?
Je les ai choisies en fonction de divergences particulières avec l'oeuvre de Tolkien, qu'il s'agisse du point d'entrée du récit, de son univers même ou de méthodes de travail différentes - j'ose en ça espérer proposer un éventail assez large et surtout aux dissemblances assez facilement identifiables pour ne pas avoir besoin de trop approfondir et de plutôt vous donner envie de lire.
Maintenant, le mot important du challenge étant "short stories", vers quels auteurs se tourner ?
C'est quelque-chose d'assez particulier quand la production fantasy moderne (précisément post-Tolkien) semble n'être composée que d'immenses cycles de tri/penta/decalogies suivies, mais l'exercice de la nouvelle était pour ainsi dire la norme au début du XXème siècle (les formats périodiques de l'époque n'étaient pas vraiment propices aux longues sagas), et parmi les stars du pulp, on a l'embarras du choix. J'ai toutefois voulu faire une sélection relativement originale et surprenante, autant dans les noms que dans les thèmes ; j'ai ainsi pris soin d'éviter les classiques des origines comme Dunsany ou Morris qui sont sûrs de figurer dans les listes d'autres blogueurs, d'esquiver les inévitables Bob Howard et Klarkash-ton, et de mettre aussi de côté Catherine Moore, parce que Jirel de Joiry mérite (et aura, un jour) son propre article.
Alors....

Alors Abraham Merritt ! Un nom qui devrait sonner comme une évidence aux oreilles de tout amateur de lectures de l'imaginaire.
Pendant longtemps, sa Nef d'Ishtar fut connue comme le premier vrai grand succès de "fantasy", au sens "noble" et identifié, pas juste un conte semi-médiéval (ce qui est particulièrement intéressant car La Nef d'Ishtar ne tire précisément pas son inspiration du moyen-âge mais de l'antiquité grecque). Oui, mais La Nef d'Ishtar, ça fait 600 pages (j'exagère, 250 environ), c'est un roman. Chanceux nous sommes, Merritt a aussi abondamment oeuvré dans le registre de la nouvelle ; il y est souvent poétique, ses héros sont perdus et ses créatures éthérées, à mi-chemin entre notre réalité et un rêve diffus. Et la première à avoir été publiée est celle dont il est question ici : La Porte des dragons (Through the Dragon Glass, 1917), récit rapporté d'un voyage extraordinaire au delà du miroir d'une légende chinoise, courte et confuse visite mâtinée de réincarnation, de bêtes mythiques et de l'incrédulité compatissante du témoin qui nous en fait écho. Pas d'épées ni de sorciers ici, du moins pas directement (on leur préfère une littérale présence divine), mais on y trouve, en compagnie de lourdes allusions à l'épisode d'Ulysse et des sirènes ou à la fuite du Jardin d'Eden, l'un des poncifs les plus prégnants de la fantasy des origines ; celui qui envoie son protagoniste dans un autre monde que le sien (c'est la base des récits d'Edgar Rice Burroughs, qui s'avouait franc admirateur de Rider Haggard et Lord Dunsany, et vous aurez vous-même fait le parallèle avec Oz, Wonderland et Neverland). On retrouvera d'ailleurs ce thème dans La Nef d'Ishtar et dans la quasi totalité de la bibliographie de Merritt : du Gouffre de la Lune au Visage dans l'abîme, des Etres de l'abîme aux Habitants du mirage, tous ses héros sont des hommes transportés. Ils deviennent alors nos yeux et nous découvrons à leur rythme (et selon leur biais) un univers inconnu.
La Porte des dragons étant un récit encadré, conté à travers deux filtres, on tire fatalement plus vers Les Chiens de Tindalos que Sigurd et Gudrún, mais très précisément, on est en 1917, onze ans avant Cthulhu (Lovecraft était d'ailleurs ouvertement fan du monsieur) et vingt avant Bilbo, et quoi qu'en dise la longue liste de précurseurs que j'ai balancée en intro, il reste encore des tas de Portes des dragons à franchir et de territoires à découvrir. Et ça tombe bien, car Merritt, auteur prolifique, avait un paquet de fixettes (l'explorateur à la recherche de civilisations disparues, les forces occultes, la survivance du passé et de ses (sombres) savoirs, l'affrontement de la Lumière et des Ténèbres - merci à François Truchaud pour la formulation) qui inspirèrent un paquet d'écrivains.
Publiée initialement dans All-Story Weekly en novembre 1917, la nouvelle a été traduite pour le premier numéro de la revue Antarès, en 1981, et n'a été rééditée qu'une fois, au programme de La Femme du bois, recueil des nouvelles de Merritt chez NéO en 1984. Tristement, ces deux publications sont particulièrement compliquées à dénicher (et chères), mais si vous lisez l'anglais, les écrits de Merritt sont depuis quelques années tombés dans le domaine public aux Etats-Unis et vous pouvez lire Through the Dragon Glass gratuitement sur Gutenberg.

Vous voulez le gars qui fait le lien entre Robert E. Howard et J.R.R. Tolkien ? Il s'appelle Lyon Sprague de Camp. Figure sujette a forte controverse dans les cercles instruits, "Sprague", comme il préférait être appelé, est plus volontiers présenté comme éditeur, s'étant chargé de remettre le tout Conan sur les étals à la fin des années 60, posant les bases de la popularité actuelle du personnage (probablement même du genre heroic fantasy tout entier), et retouchant et complétant au passage les textes originaux et la quasi totalité des inachevés d'Howard avec son compère Lin Carter. C'est à la fois très cool et pas très propre et ça lui vaut l'ire (justifiée) de toute une branche de lecteurs, mais ça occulte aussi un peu trop rapidement le fait qu'il ait été un auteur particulièrement prolifique de son plein droit, sa carrière courant de 1937 à 1996.
A l'image de son travail éditorial, il est avant-tout connu pour ses pastiches d'aventures howardiennes aux accent irrémédiablement pulp, publiées à contre-courant en plein âge d'or de la science-fiction, à l'image de celle qui nous intéresse ici : L'Oeil de Tandyla (The Eye of Tandyla, 1951). Elle fait partie de son "cycle pusadien" (une traduction totalement empirique car ce cycle n'existe pas en français, cette nouvelle étant son unique représentant à avoir été traduit), fortement basé sur l'âge hyborien, et en tire pratiquement la quintessence. Non que Sprague soit un écrivain particulièrement doué (même si De Peur que les ténèbres reste un monument de la fantasy post-Deuxième Guerre), plutôt qu'il ait parfaitement compris et assimilé ce qui faisait le succès des histoires qui lui ont donné envie d'écrire. L'Oeil de Tandyla est fun (pas parodique ni humoristique, pas confondre), une aventure au rythme enlevé et dont le scénario est volontairement limité, servant essentiellement à lier toute une série de péripéties hautes en couleur. Le désert y est omniprésent, les temples au style moyen-oriental également, et on baigne dans cette pseudo-antiquité mésopotamisante aux divinités aux noms imprononçables qui faisait le sel des récits de sword and sorcery.
Alors que j'ai décidé de m'handicaper moi-même en m'interdisant de citer les grands noms de Weird Tales, Sprague se fait anachronique, proposant trois ans à peine avant le Seigneur des Anneaux (et il continuera après, avec le Cycle de Novaria dans les années 60-70) un récit comme on en faisait deux décennies plus tôt, simple et débridé, sur le ton de l'anecdote. Je pense ne pas avoir besoin d'expliquer plus en avant en quoi cette fantasy est fondamentalement différente de celle de Tolkien, mais si j'ajoute que Sprague, ingénieur de formation et avide vulgarisateur, travaillait à créer ses mondes de manière analytique pour "en retirer toutes les imperfections", s'appuyant sur de réelles recherches géographiques et anthropologiques (voir son étude Lost Continent, en 1954, où il décortique le mythe de l'Atlantide et qui rassemble justement ses travaux préparatoires pour le cycle pusadien), la démarche entreprise n'est pourtant pas si éloignée que ça...
Après sa première publication dans le numéro de mai 1951 de Fantastic Adventures, L'Oeil de Tandyla a été compilé dans de nombreuses anthologies. Une seule est parvenue en France : Le Temps sauvage (Time Untamed, 1967, sous la direction d'Isaac Asimov), dans la collection Marabout Science-Fiction, en 1971.

Et enfin, un français. Pas par chauvinisme, oh non, il y a un réel intérêt là dedans. Certes, ayant exploré l'identité d'un pulp francophone, il était évident que j'avais quelques exemples de bruit et de fureur dans la manche, mais il faut aussi savoir qu'en France, car cela échappe souvent aux jeunes générations qui ont mangé les adaptations cinématographiques au petit dej' de leur exploration culturelle, Tolkien n'a pas été traduit avant le tournant des années 70 (1969 pour Le Hobbit, et 1972-73 pour Le Seigneur des Anneaux, très précisément).
Pas question pour autant de tricher sur les dates et de citer une hypothétique nouvelle de fantasy française datant des Trente Glorieuses (je n'en connais très sincèrement aucune, si vous avez des conseils...), et si l'on reste dans l'avant-guerre de la fiction hexagonale, J.H. Rosny aîné et ses hommes préhistoriques sont largement en tête de ma liste. Dans l'idée d'une histoire fantastique, je me suis porté vers Le Félin géant (1918), récit un peu fou d'apprivoisement impossible et de guerre des clans évolutionniste, plutôt que La Guerre du feu (dont il reprend un des thèmes) ou Helgvor du fleuve bleu (qui m'a toujours fait penser à une histoire de Rahan, pour une raison qui m'échappe). Notez par ailleurs que si La Porte des dragons plafonne à 16 pages et que la L'Oeil de Tandyla en fait un peu moins du double, Le Félin géant est considérablement plus gros, entrant gaiement dans la catégorie du roman court avec ses 140 pages.
L'oeuvre de Rosny a ceci de particulier qu'elle traverse fantasy, fantastique et science-fiction au cours d'une longue progression qui se veut évoquer quelques centaines de milliers d'années d'histoire de l'humanité. Il serait, partant de ce postulat, aisé de faire le parallèle avec le long développement de la Terre du milieu et de ses Âges chez Tolkien, mais là où le papa de Bilbo y effectuait un travail de recherche linguistique et littéraire (et Sprague s'efforçait de "scientiser" des théories fictionnelles), la démarche de Rosny est historique (notez l'italique). Ses héros préhistoriques se veulent en effet au plus près des connaissances qu'on avait alors des modes de vie paléolithiques (La Guerre du feu n'a pas été au programme d'histoire des écoles primaires pendant soixante ans par hasard). Narrativement, c'est un petit détail (car Rosny invente bien évidemment 100% de ce qu'il conte), mais d'un point de vue éditorial, c'est capital. En fait, le paysage fantasy français sera composé presque totalement de romans "historiques" (Le Capitan, Les PardaillanL'Homme au masque de fer, tous dérivatifs du format sériel des périodiques et des romans populaires du XIXème) jusqu'au milieu des années 70, et le "merveilleux fantastique" sera réservé aux publications jeunesse (la collection Père Castor en 1931 ou Les Contes du chat perché en 1937, par exemple). Marc Duveau, dans ses préfaces de L'Epopée fantastique, attribue la situation aux Lumières tournant au ridicule les vieux récits médiévaux au travers de livres comme Candide ou Pantagruel, cimentant l'image de la fiction française comme "cartésienne". Ainsi Conan, pour ne citer que lui, ne sera traduit qu'en 1980, et il est particulièrement amusant de chercher des listes et top10 de fantasy francophone sur le net, découvrant dans la pratique même de ses lecteurs que le genre n'existe dans l'hexagone que depuis une trentaine d'années, marqué par des auteurs comme Pierre Bottero, Jean-Philippe Jaworski ou Serge Brussolo, tous nés après le Livre de Poche (qui sera précisément l'outil de l'émancipation du roman "de genre"). Tout simplement, le roman préhistorique a tenu en France la même place que la sword & sorcery aux Etats-Unis : une fiction barbare, mythologique et fantastique précédant une explosion plus "médiévale", absorbant contes et légendes dans un nouveau type de récit.
Paru à l'origine sous forme de feuilleton dans la revue Lecture pour tous, Le Félin géant a été réédité a de multiples reprises, la première fois en 1920 par Plon et la dernière dans la collection Rouge et Or de D.P. en 1980. Depuis, il est tombé dans le domaine public et est surtout compilé dans les nombreuses anthologies dédiées à Rosny, notamment dans la collection Bouquins de Robert Laffont (Romans préhistoriques, en 1985). Vous pouvez également le lire en ligne gratuitement (et superbement illustré).


Pour les curieux et les affamés, je ne résiste pas à l'envie de vous proposer un peu de rab. Tout d'abord, je ne saurais que trop vous recommander de lire tous les titres de Merritt que j'ai énuméré, mais si la question du "héros transporté" vous intrigue, remontez à la source avec la saga John Carter d'Edgar Rice Burrough, lisez De Peur que les ténèbres de Lyon Sprague de Camp que je cite à la volée (l'histoire d'un archéologue américain transporté dans la Rome antique en pleines invasions barbares), ou fouillez dans les trois volumes des Meilleurs récits de Weird Tales de Jacques Sadoul ; et si vous désirez découvrir le côté plus poétique et pro-nature (un point commun avec Tolkien, ça) de Merritt, lisez La Femme du bois. Si l'anthologie Le Temps sauvage vous est pénible à trouver, reportez-vous sur les plus ou moins récentes intégrales de Robert E. Howard (surtout Conan le Cimmerien et Kull le roi Atlante, chez Bragelonne) et Clark Ashton Smith (chez Mnémos) dont j'ai déjà abondamment parlé, ou sur Le Cycle des épées (ou Cycle de Lankhmar selon les traductions) de Fritz Leiber, contemporain de Sprague qui lui aussi s'amusait à publier de la sword and sorcery à contre-temps (il est d'ailleurs celui à qui on doit le terme et est considéré comme l'un des rénovateurs du style, avec Michael Moorcock). Enfin, pour ce qui est des héros préhistoriques, on sort de la période pré-Tolkien (ça date de 1973), mais si vous n'avez jamais lu (ou vu) Rahan, vous n'avez absolument aucune excuse ; lâchez tout ce que vous faites, maintenant, immédiatement, et foncez lire (ou voir) ça. Ou plein d'autres trucs dont j'ai déjà parlé.

lundi 2 juillet 2018

Par cette hache, je règne !

Je préfère Kull à Conan.
Largement.
Ce qui est rigolo, ayant dit ça, c'est que si l'on me demandait de donner les meilleures nouvelles et le meilleur perso d'Howard, je citerais quand même le grand cimmérien, mais Kull d'Atlantis, Roi barbare de Valusie, a quelque chose de spécial, un "truc" que la disparité alimentaire un brin binaire des récits de Conan ne touchera que trop rarement (sur les évidents La Reine de la Côte noire ou La Tour de l'éléphant, par exemple). D'un côté, c'est tout à fait logique, Conan étant le héros d'environ six fois plus d'aventures que son prédécesseur, ce dernier étant purement et simplement son prototype, avec un côté plus "adolescent", plus contemplatif et boudeur, plus humain presque, loin de la rustre assurance du barbare taciturne.
Kull, c'est King Conan avant King Conan, et ce d'autant plus logiquement qu'ils ont la même nouvelle pour origine...

La représentation de Kull qu'offrira John Bolton pour Marvel dans les années 80 est probablement sa meilleure (et la plus iconique), parvenant par quelques subtiles touches à le démarquer très clairement de Conan. Ceci étant dit, l'instance sur la figure de l'atlante comme "ax-wielder" est un peu exagérée.

A la fin de l'année 1929, By This Axe I Rule! est la toute première nouvelle qu'un jeune Robert E. Howard (il n'a alors que 23 ans) soumet au très respecté magazine Argosy, le leader incontesté du marché pulp, et à Adventure, un de ses concurrents. C'est aussi l'une des premières unanimement rejetée. Trop lisse, trop pataude, elle sera longuement retouchée, accouchant finalement, trois ans plus tard, de Phoenix on the Sword, la première nouvelle de ConanHoward y avait substitué l'intrigue secondaire (un couple un peu gnan-gnan) de Kull pour une virée surnaturelle dans les entrailles du palais du cimmérien, et centré toute l'introduction sur le complot dont le Roi d'Aquilonie était la cible, en présentant abondamment les instigateurs.
Il est indéniable que Le Phénix sur l'épée est un récit supérieur à Par cette hache, je règne (qui ne se verra par ailleurs publiée que quelques décennies plus tard, quand Lancer Books et Lin Carter compileront les nouvelles du Roi de Valusie en 1967 dans King Kull), mais si c'est Conan qui lui apporta la célébrité, Howard tenait particulièrement au personnage de Kull.

C'est que si elle est l'origine de Conan, By This Axe/Phoenix on the Sword est aussi et presque logiquement la dernière nouvelle que le texan écrira pour Kull. En effet, il avait plus tôt dans cette même année 1929 vendu à Weird Tales (un magazine devenu iconique mais alors bien moins renommé qui avait déjà publié les premiers récits de Solomon Kane l'année précédente) les deux seules nouvelles de Kull qui seraient publiées de son vivant.
La première, et la plus importante, était The Shadow Kingdom (Le Royaume des chimères - note : j'utilise ici les titres français de l'édition intégrale de Bragelonne, parue en 2010), plus longue, plus fantastique, plus recherchée, plus mélancolique et plus mystérieuse que By This Axe (plus dans le style Weird Tales, en somme, qui agrémentera par ailleurs sa publication d'une superbe illustration de Hugh Rankin, le spécialiste maison des intérieurs fantasmatiques). Elle allait poser les bases du héros et de sa mythologie, et devenir le terreau sur lequel grandirait l'Age Hyborien.
Kull n'était pas le premier héros de fantasy, loin de là -et c'est une question sur laquelle je me garderai bien de me pencher pour l'instant-, mais le souffle de folklore mystique et mythique qu'il apportait semblait loin de ce qu'on connaissait à l'époque. Weird Tales était connu pour publier des récits qu'aucun autre magazine n'aurait osé proposé et cette entrée, d'apparence anodine, allait déclencher une drôle de suite d'événements.

The Shadow Kingdom, par Hugh Rankin

Le Royaume des chimères était au programme du numéro d'août de Weird Tales. Dès le suivant, en septembre, sera publié Les Miroirs de Tuzun Thune (The Mirrors of Tuzun Thune). Ce second récit (qui, pour les curieux, est ma nouvelle favorite d'Howard) était plus étonnant encore que le premier, et contenait déjà les raisons de la mort éditoriale du personnage, plus encore que le rejet d'Argosy à venir. Fatigué, hanté, lassé, Kull n'avait plus les épaules pour satisfaire le jeune auteur dans sa recherche de grands espaces. Il était un reflet de ses premières expérimentations, et après qu'Howard s'en fut revenu à Salomon Kane et à quelques récits historiques (1929-1932 est aussi la période à laquelle il crée Cormak Fitzgeoffrey, un croisé particulièrement violent, et Bran Mak Morn, un chef picte de la période romaine), Conan, de toute sa puissance, balaiera le souvenir de son ancêtre.
Ou bien ?
Conan s'élèvera toujours au dessus de Kull dans l'imaginaire populaire, et à raison, mais l'ombre de l'atlante est partout dans les pas des cimmérien. Il n'est pas un embryon mal fini et abandonné de son littéraire -voire littéral, car l'Age Thurien de Kull est le lointain passé de l'Age Hyborien de Conan- descendant. Tout simplement, Kull est ce qu'Howard proposa de plus proche d'une véritable transposition de lui-même dans ses histoires, et son essence transpire des pages de Conan.

Et ce spectre est tellement palpable qu'il en mêle parfois les destinés des deux personnages. Comme, par exemple, en 1982, quand John Millius, désireux de retranscrire la moelle du héros howardien, s'offrira un hasardeux mais payant truchement.
Voyez-vous, malgré les nombreuses et sincères tentatives de réhabilitation de ce grand film nihiliste rugueux (que, personnellement, je n'ai jamais aimé, pour plein de raisons philosophiques et narratives) au fil des années, et pour tout ce que son faux-remake nanardesque de 2011 est plein de trous, de cabotinage ridicule et de cinématographie absurde (non, je ne l'aime pas plus que le précédent), ce dernier propose toutefois quelque chose qui manque à mes yeux cruellement au film de 1982 : Jason Momoa y est plus Conan que Schwarzie ne le sera jamais. La raison à ça, c'est que le film de Millius est à propos de Kull, pas de Conan ; c'est Kull qui a été esclave dans sa jeunesse, c'est Kull qui est mélancolique et marqué par la décimation de son peuple, c'est Kull qui a des réflexions nietschéenes identitaires sur sa nature d'homme, et c'est Kull qui lutte contre les hommes-serpents et le sorcier Thulsa Doom. Des répliques entières ("Can you summon demons, wizard ?") sont tirées d'épisodes de Kull. Oui, c'est de la triche, mais c'est très intelligemment fait et ça marche, créant un personnage bien plus vivant et réel pour le spectateur (vous comprendrez pourquoi d'ici la fin de cet exposé).
Ce qui est à mourir de rire dans cette drôle d'histoire, c'est que dans une tragique ironie identitaire, ce qui deviendra l'horrible Kull le conquérant avec Kevin Sorbo était à l'origine le scénario du film King Conan, basé en partie sur L'Heure du dragon, le seul roman dédié par Howard au cimmérien (qui n'écrira de toute sa carrière que deux romans, l'autre étant Almuric, publié à titre posthume en 1939, un hommage à Edgar Rice Burroughs n'ayant strictement rien à voir avec nos barbares).

Conan, Kull et Solomon Kane, par Joe Kubert

Il n'est pas étonnant, de fait, que les deux personnages aient fini par se confondre dans l'imaginaire collectif. Non seulement ils partagent, disais-je, la même origine, mais les hasards de la fiction et de l'édition n'ont eu de cesse de les faire s'entrecroiser. Ils sont si similaires qu'ils sont littéralement identiques dans leurs représentations graphiques. Ils sont des barbares, des rois ; des barbares devenus rois par la force de leurs mains.
Mais à bien y regarder, c'est précisément là que se situe aussi la plus grande différence entre eux.

La couronne d'Aquilonie signifie le début de la fin pour Conan, arrivé au bout de son parcours de brigand et de mercenaire, jeune fauve des steppes amené par la force d'une irrévocable destinée à nettoyer la corruption de l'état le plus puissant de son temps. Pour Kull, devenir roi est exactement son commencement. L'accession au trône de Valusie est ce qui lance son arc narratif. Là, il découvre les secrets de son royaume, le poids de la gouvernance, et surtout sa noblesse. Là où Conan est plein d'assurance et fort de mille expériences, Kull est un mont d'incertitude. Relisant Le Royaume des chimères, le sentiment que Kull a quelque chose à prouver (reflet direct de son auteur à l'époque) est palpable. Il n'a pas la confiance absolue en ses capacités qu'a Conan. Il n'est pas un géant de bronze ; il est puissant, certes, mais friable. Et il a besoin d'aide. Quelque part, c'est précisément ce qui rend le personnage si attirant. Il ne veut pas la couronne autant qu'il en a besoin. Pour Kull, elle est le test ultime, le moyen de prouver sa valeur.
C'est que Kull a un passé - un qui sera publié bien plus tard, là encore grâce au recueil de Lancer, mais un passé néanmoins, et si le lecteur d'alors l'ignore, nous non, et Howard non plus. Kull a une origine, une famille, un traumatisme initial, il n'est pas un grand barbare anonyme qui atterrit un peu au hasard sur les lieux d'une aventure. Une partie de moi n'a jamais pu s'empêcher de penser que si les nouvelles de Conan ont été écrites et publiées dans un tel désordre, c'est précisément parce qu'Howard le savait être plus une idée, la personnification d'un absolu barbare, qu'un être de chair et de sang. En fait, si l'on cherche l'origine de Conan dans Le Royaume des chimères, on peut tout autant regarder vers Kull que vers Brule, son étrange et mutique allié picte. Brule montre même bien plus des "qualités" qui seront associées au cimmérien que son compère - de son appétit sexuel à son arrogance en passant par son apparence féline et ses talents de voleur. Qui plus est, Kull est irrémédiablement lié au trône, alors que Brule, comme Conan, est libre.
On en viendrait à imaginer que, lorsque Kull et Brule se serrent les mains après avoir dissimulé le corps du premier homme-lézard, on a plus affaire à la fusion des deux personnalités qui formeront plus tard celle de Conan qu'à deux guerriers scellant un pacte.
Outre son pendant sauvage, Brule est aussi le symbole de quelque chose que Kull possède et que Conan n'aura jamais : un flot de personnages récurrents autour de lui. Certes, on pourrait tracer des parallèles entre de nombreux conseillers valusiens et les aides de camp aquiloniens (le rapport évident en tant que "garde fou" de leurs barbares respectifs qu'entretiennent Tu et Trocero vient facilement en tête), mais les interactions qu'ont ces personnages avec les héros sont gérées de manières radicalement différentes, et notamment en ce qui concerne l'inévitable Brule, qui prend une part active à de nombreux scénarios et sans qui, chose impensable chez ConanKull n'aurait même pas survécu à sa première aventure. Nombre des adaptations, notamment bédé, de Kull usent d'ailleurs de son setting fixe et de ce casting étendu pour ajouter, outre un lot de backstory plutôt bienvenu, de nouvelles figures particulièrement intéressantes. Je pense tout spécialement à Igraine, sa femme dans la trilogie de mini-séries publiée entre 2008 et 2011 chez Dark Horse (et inventée de toute pièce, il n'y a pas de Reine de Valusie dans les nouvelles d'Howard), qui ancre l'atlante dans sa réalité politique. Le personnage a ainsi plusieurs facettes : fille de l'ancien roi, elle a aidé Kull et l'a épousé plus par ambition qu'autre chose, mais le couple développe néanmoins un profond attachement. Ce qui me fait penser que, là encore à l'inverse de son petit frère cimmérien, Kull n'a à aucun moment dans aucune nouvelle le moindre désir charnel envers qui que ce soit ; il éveille parfois l'intérêt de quelques figures féminines qu'il peut rencontrer, mais il a plus souvent affaire à de jeunes couples éplorés et agit généralement en sage monarque paternaliste (la raison même de son bannissement d'Atlantis est un acte de pitié envers une jeune femme), loin du débraillage décomplexé du cimmérien. Dernier petit détail amusant, c'est également via les bandes dessinées (mais cette fois chez Marvel) que sera développée Zénobia, la reine de Conan (qu'il rencontre et épouse dans L'Heure du dragon mais qui ne sera plus jamais évoquée ailleurs).

Mais revenons-en à cette poignée de main fusionnelle... Kull est un atlante et Brule un picte, et ces deux peuples se vouent une haine tenace. Mais ils trouvent ici un terrain (et un lieu) d'entente commun, loin de leurs régions de naissance respectives, et l'écart que leur alliance fictionnelle incarne entre les caractères littéraires de Kull et Conan se reporte de la même manière dans les paysages que les deux héros occupent. Qu'il s'agisse de sa native Atlantide, contrée barbare coupée du monde aux meurs païens, ou de sa Valusie d'adoption, le monde de Kull, la Thurie, est presque l'opposé systématique de l'ère hyborienne de Conan. Même les puissants royaumes comme l'Aquilonie semblent petits, sordides, en comparaison de ceux que visitent Kull. Un reflet évident de la corruption dans lequel baigne le monde de Conan, qui n'a pas encore envahi le passé lointain que représente le présent de Kull, mais en contrepartie (et de manière très paradoxale), le monde de Conan semble plus vivant, presque plus sain - plus humain, moins stratifié, moins ankylosé par des siècles de codes religieux craintifs. Les monstres de Conan sont bien souvent de chair et de sang, et ses momies sont des créatures de décadence et de putréfaction, anciennes et maudites depuis des millénaires, depuis, justement, le temps de Kull.
Et si la civilisation thurienne est plus... eh bien... civilisée, ses étendues sauvages sont aussi plus farouches. Le monde de Kull est un monde d'excès et sa rase-campagne n'est en rien un décor de paresse bucolique. Ce n'est pas une terre de liberté comme pour Conan, elle est synonyme de danger constant et de mort immédiate. De très larges zones du continent de Kull sont inexplorées, et les Hommes sont cloîtrés dans des villes-forteresse qui les protègent d'horreurs pré-humaines jamais complètement vaincues. L'Atlantide elle-même, ce monde que Platon voulait comme un phare de civilisation et de technologie, est ici synonyme de la plus abjecte sauvagerie - littéralement l'ancêtre de la Cimmérie, un monde plus mythique que réel, et pourtant à portée de quelques brasses.
En Thurie, même les arbres combattent contre le héros, dans le poème The King and the Oak (Le Roi et le chêne). Il n'y a, tout simplement, pas de repos pour Kull. Jamais ni nulle part est-il en sécurité, et il est constamment mis à l'épreuve par son propre monde. Conan, lui, fait partie intégrante de la sauvagerie hyborienne ; mieux, il en est l'incarnation même.
Notez par ailleurs que c'est précisément l'environnement urbain et la sédentarité de Kull qui lui offrent l'étendue de son entourage.

En vérité, la seule réelle connexion entre les deux rois-barbares vient de leur caractère, et de ces "accès de mélancolie tout aussi démesurés que [les] joies", un trait, manifestement, partagé par leur créateur.
En ça, Conan n'est pas moins philosophe que Kull, mais le cimmérien -peut-être aussi Howard lui-même, d'où ce changement de héros- a trouvé une manière d'accepter le monde tel qu'il est (superbement exprimée dans La Reine de la Côte noire) et de repousser ses démons intérieurs.
L'incapacité de Kull à trouver son public (et les éditeurs) à l'époque n'est en rien due à la qualité (ou manque de) du personnage, et le succès de Conan ne s'explique aucunement parce qu'il serait "plus intéressant" que son grand frère. Tout simplement, Howard prenait encore ses marques d'écrivain en 1929, et la voix si particulière qu'on lui connait ne viendra qu'avec la réalisation du personnage de Conan. Au rayon des passassions et pour en revenir au film de John Millius et ses nombreuses intersections, il est à ce titre souvent supposé que l'épée que trouve Schwarzie dans une tombe perdue au milieu du désert n'est pas nommée l'Epée atlante juste parce que ça sonne bien. Le squelette de guerrier auquel il prend l'arme serait alors effectivement celui de Kull, qui s'effondre et s'incline après avoir, enfin, trouvé un successeur digne de lui. Bien sûr, tout cela n'est que conjoncture, mais dans un environnement de magie mystique et considérant la méticulosité avec laquelle Millius a mélangé les deux personnages, je ne serais pas surpris si c'était bel et bien le cas. Mais reprenons...
Il y a une évidente part autobiographique dans la figure de Kull. Kull est un philosophe enfermé dans le corps d'un guerrier ; ou, peut-être, un guerrier maudit par la perspicacité d'un philosophe. Toujours est-il qu'il n'est chez lui nulle-part, pas même dans son propre corps. Il est un roi, mais il ne sera jamais accepté en tant que tel, et si les gras valusiens admirent sa puissance, ils voient aussi sa peau brunie et ses muscles d'aciers comme la marque irréfutable de sa nature de sauvage.
Pas que Kull fut plus à sa place parmi son propre peuple, remarquez. Enfant trouvé, il n'est probablement pas vraiment atlante, et la superstitieuse Atlantide ne lui est pas moins étrangère que la culture valusienne ; une histoire comme Exile of Atlantis (Exilé d'Atlantide) le voit ainsi systématiquement remettre en cause les traditions. C'est même précisément ce qui le met en quête "d'autre chose"... Et ce passé, contrairement à la constante fuite en avant de Conan, finira par le rattraper.
J'ai du mal à trouver meilleure description de Robert E. Howard lui-même.

King Kull, par Marie et John Severin, 1977

Si Kull est Howard tel qu'il fut probablement, Conan est sans doute Howard tel qu'il aurait voulu être. Partisan de ce que le romancier nommait lui-même les "trois F" (fighting, feeding, et vous pouvez deviner le dernier), Conan, du moins jusqu'à ce qu'il devienne roi, s'adonnait à ce que son créateur, vivant chez ses parents dans le Texas rural, n'aurait jamais osé. Il était une fantaisie, au sens le plus littéral du terme, et une aussi sauvage que fascinante. Kull, au contraire, n'a "jamais connu l'amour", et son temps avant de se coiffer de la couronne de Valusie ne semble pas meilleur qu'après. Et si la description commune de Conan comme d'un bourrin débile tout juste bon à planter des épées dans des crânes est évidemment absurde, le cimmérien d'Howard étant un personnage bien plus subtil que son exploitation moderne ait pu le laisser penser, il reste effectivement un guerrier rustre, excessif et braillard, libre de toute convenance.
Ce qui est particulièrement intéressant, c'est que toute cette bravade ne le sauve pas pour autant. A la fin, Conan n'est qu'une version hypertrophiée et désinhibée de Kull, et on n'échappe pas à soi-même. Il y a toujours quelque part cette écrasante sensation que les deux personnages combattent -et perdent- face aux même démons intérieurs.
Un côté irrémédiablement nordique et fataliste qui fait, précisément, le sel de Kull : des deux, l'atlante est le seul qui regarde au plus profond des proverbiaux abysses et ne bronche pas. Il ne se cache pas. Il ne prétend pas que le vin, une femme ou le sang d'une bataille pourront illuminer l'obscurité. Il continue simplement de regarder.

Et du coin des lèvres, sous un sourire fade, il chuchote... Ka nama kaa lajerama.

Demon in a Silvered Glass de Doug Moench et John Bolton ; si vous ne deviez lire qu'une seule histoire de Kull, sous quelque support que ce soit, lisez celle-ci. Publiée dans Bizarre Adventures #26 (Marvel,1981) puis compilée dans Savage Sword of Kull volume 1 (Dark Horse, 2010)(pas de VF, malheureusement). Mélange des Miroirs de Tuzun Thune et du Royaume des chimères, elle contient tout Kull, condensé en 56 pages de sublime noir et blanc.

mercredi 27 juin 2018

Beowulf online

"On sait retracer l'histoire de la dernière copie (plus ou moins) d'époque en notre possession (le fameux Codex Nowell) à un noble anglais du XVIIème siècle" disais-je à propos de Beowulf dans un post ronflant il y a quelques mois.
Depuis ce mois-ci, le monde entier peut savoir, depuis son ordi et sans bouger de chez lui, à quoi ressemble la chose : un manuscrit anglo-saxon vieux d'environ un millénaire (on débat toujours pour savoir s'il date du début du Xème ou du règne du roi Cnut dans les années 1060 et je n'entrerais pas dans les détails ici), scanné avec un soin tout particulier par la British Library.


Et c'est super cool. Bon, évidemment, personne (ou presque) ne sait le lire, mais quand même. Cool.
Même que pour ceux qui savent le lire, ça sonne à peu près comme ça :



Notez que si c'est le premier scan du manuscrit entier (qui contient une demi douzaine de textes dans deux livrets), ce n'est pas la première fois que la British Library met à disposition le Beowulf en ligne. Un outil complet (en anglais, of course) existe depuis quelques années, nommé l'Electronic Beowulf, avec translittérations, traductions (du vieil anglais vers l'anglais moderne), vocalisations et tout le nécessaire à geeker comme un gosse sur l'un des plus vieux livres de fantasy au monde.