Jennifer R. Povey, auteure de fantasy dont le nom dira peut-être quelque chose aux rôlistes (on lui doit quelques suppléments de jeux pour des boites aussi diverses qu'Avalon, Dark Naga ou Fat Goblin), s'est posé une drôle de question.
Et si la Dame du Lac des légendes arthuriennes n'était pas tout à fait celle qu'on croit ?
A l'origine, je voulais juste coller une image de son post original (lisible -en anglais- sur son Tumblr), et puis j'ai commencé à chercher plein de choses autour... Du coup, je vous en offre une traduction (légèrement) annotée.
"Excalibur.
Dans la légende, Excalibur vient d'un lac (quoique certaines versions fassent d'Excalibur "l'Epée dans la Pierre", ce sont des interprétation tardives - l'épée qu'Arthur sort du rocher casse et il part en quête d'une meilleure arme).
De "La Dame du Lac".
Seulement voila.
En Europe du nord, de l'âge de fer jusqu'au début de la période médiévale, la majorité du fer provenait des marais. Il était difficile à fondre, puisqu'un minerai de qualité médiocre, mais vous n'aviez pas besoin de miner pour le trouver et c'était une ressource renouvelable (vous pouviez retrouver en chercher une vingtaine d'année plus tard, la couche d'alluvions s'était reformée).
Ce qui veut dire que le fer servant à forger une épée venait... de l'eau.
Dans la plupart des contes, les fées n'apprécient pas le fer (1). La vision de la Dame comme d'une fée ou un elfe parait donc peu probable.
Comme un druide ? Peut-être. (2)
Mais il apparaît bien plus plausible que la Dame du Lac fut un forgeron.
Mais... Mais...
La divinité celtique des arts de la forge était Brigid (3), une déesse. L'association mystique avec la Dame fonctionnerait alors si elle était une prêtresse de Brigid... et donc, une forgeronne.
En d'autres termes, amis arthuriens, peut-être que nous ne devrions pas imaginer la Dame du Lac comme une svelte et gracieuse femme en toge...
...mais comme une forgeronne barraquée en tablier."
(1) Le fer étant traditionnellement associé à la capacité de contrer la magie, une constante qu'on retrouve dans de nombreux récits de fantasy des origines, notamment chez Poul Anderson. La légende viendrait des incursions celtes -partis d'Autriche et armés de fer- dans le sud des îles britanniques aux alentours du VIIIème siècle avant JC, mais on retrouve des faiblesses similaires chez les djinns moyen-orientaux, rendant sa localisation historique plus que disputée. Notez également que si le fer est mortel, pas l'acier, car ainsi transformé il perdrait son caractère "naturel" et donc son "pouvoir".
(2) Quoique peu vraisemblable, la tradition druidique étant patriarcale. Son rôle n'était pas tant celui de "l'Enchanteur" arthurien que de conseiller politique et militaire royal, responsable du culte et de la transmission de l'Histoire. On leur attribuait certes de grands pouvoirs (magiques, évidemment), mais la composante "sorcellerie" serait une déformation romaine puis chrétienne - d'où la prévalence de Merlin dans la Matière de Bretagne, agglomérat de récits médiévaux.
(3) Brigit ou Brigantia ou plein d'autres selon les traductions (Povey utilise le très américain "Bridget" dans son post), elle est également la déesse de la fertilité, de la médecine et de la poésie - et c'est un [g], pas un [ʒ].
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jeudi 6 septembre 2018
mercredi 27 juin 2018
Beowulf online
"On sait retracer l'histoire de la dernière copie (plus ou moins) d'époque en notre possession (le fameux Codex Nowell) à un noble anglais du XVIIème siècle" disais-je à propos de Beowulf dans un post ronflant il y a quelques mois.
Depuis ce mois-ci, le monde entier peut savoir, depuis son ordi et sans bouger de chez lui, à quoi ressemble la chose : un manuscrit anglo-saxon vieux d'environ un millénaire (on débat toujours pour savoir s'il date du début du Xème ou du règne du roi Cnut dans les années 1060 et je n'entrerais pas dans les détails ici), scanné avec un soin tout particulier par la British Library.
Et c'est super cool. Bon, évidemment, personne (ou presque) ne sait le lire, mais quand même. Cool.
Même que pour ceux qui savent le lire, ça sonne à peu près comme ça :
Notez que si c'est le premier scan du manuscrit entier (qui contient une demi douzaine de textes dans deux livrets), ce n'est pas la première fois que la British Library met à disposition le Beowulf en ligne. Un outil complet (en anglais, of course) existe depuis quelques années, nommé l'Electronic Beowulf, avec translittérations, traductions (du vieil anglais vers l'anglais moderne), vocalisations et tout le nécessaire à geeker comme un gosse sur l'un des plus vieux livres de fantasy au monde.
Depuis ce mois-ci, le monde entier peut savoir, depuis son ordi et sans bouger de chez lui, à quoi ressemble la chose : un manuscrit anglo-saxon vieux d'environ un millénaire (on débat toujours pour savoir s'il date du début du Xème ou du règne du roi Cnut dans les années 1060 et je n'entrerais pas dans les détails ici), scanné avec un soin tout particulier par la British Library.
Et c'est super cool. Bon, évidemment, personne (ou presque) ne sait le lire, mais quand même. Cool.
Même que pour ceux qui savent le lire, ça sonne à peu près comme ça :
Notez que si c'est le premier scan du manuscrit entier (qui contient une demi douzaine de textes dans deux livrets), ce n'est pas la première fois que la British Library met à disposition le Beowulf en ligne. Un outil complet (en anglais, of course) existe depuis quelques années, nommé l'Electronic Beowulf, avec translittérations, traductions (du vieil anglais vers l'anglais moderne), vocalisations et tout le nécessaire à geeker comme un gosse sur l'un des plus vieux livres de fantasy au monde.
dimanche 4 février 2018
Chevaliers vs Escargots EX Plus Alpha III Turbo
Les combats dans les oeuvres médiévales, c'est contre les dragons, les Sarrazins, ou le terrible lapin tueur de Caerbannog, égorgeur de chevaliers, dont seule la Sainte Grenade d'Antioche viendra à bout. Mais... des escargots ?
Oui, des escargots.
Dans les années 1960, une historienne nommée Lilian Randall a pensé que les illustrations trouvées dans les marges des livres médiévaux nécessitaient plus d’attention. Et c'est vrai que c'est vachement rigolo...
Je vous pose ici une petite vidéo de Vox, site américain, parce qu'en dehors d'un article (payant) sur Pour la science, j'ai pas trouvé grand chose d'intéressant, sinon, justement, des tas d'articles pour reposter la vidéo en question.
Pour les non-anglophones, ActuaLitté a écrit un article un poil plus fouillé que le mien avec plein de liens intrigants.
Oui, des escargots.
Dans les années 1960, une historienne nommée Lilian Randall a pensé que les illustrations trouvées dans les marges des livres médiévaux nécessitaient plus d’attention. Et c'est vrai que c'est vachement rigolo...
Je vous pose ici une petite vidéo de Vox, site américain, parce qu'en dehors d'un article (payant) sur Pour la science, j'ai pas trouvé grand chose d'intéressant, sinon, justement, des tas d'articles pour reposter la vidéo en question.
Pour les non-anglophones, ActuaLitté a écrit un article un poil plus fouillé que le mien avec plein de liens intrigants.
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