dimanche 9 février 2020

Agnès la Noire, par Leigh Brackett

Il est toujours étonnant de constater que l'héroïne la plus connue de Robert E. Howard n'est même pas sa création. Red Sonja est en effet le travail de Roy Thomas et Barry Windsor-Smith, réinvention hyboréenne de la Red Sonya austro-hongroise de l'auteur.
Cette semaine, c'est une autre rouquine du répertoire de Two-Gun Bob qui est à l'affiche ; Dark Agnes, l'épéiste oubliée, a ainsi droit à sa première adaptation séquentielle dans la nouvelle gamme Conan de Marvel, sous la plume de Becky Cloonan (l'épique By Chance or Providence). L'occasion, à défaut de vous en offrir une étude moi-même, de partager la préface enthousiaste de Leigh Brackett publiée dans l'anthologie Sword Woman (avec une fantastique couverture de Ken Kelly) en 1977 (paru en France sous le titre Agnès de Chastillon chez NéO en 1983 et Fleuve Noir en 1993), à l'époque première apparition du personnage, qui n'avait jamais été édité du vivant de l'auteur.




"Quel dommage que Robert E. Howard n’ait pas écrit plus d’histoires sur Agnès de Chastillon, Agnès la Noire ! C’était vraiment un personnage exceptionnel…, plus intelligent que Conan, plus séduisant que Solomon Kane, et une aussi fine lame que tous les autres héros d’Howard. Peut-être vint-elle trop tôt… en avance sur son temps. Les femmes capables de faire de telles choses n’étaient pas très populaires dans la littérature de fiction des années 30, particulièrement dans le domaine de l’Aventure. La Jirel de Joiry de C. L. Moore – qui jouissait d’une renommée considérable à cette époque – vivait des aventures uniquement fantastiques, ce qui lui donnait une plus grande liberté d’action. Il est intéressant de se demander, en regard de la troisième histoire d’Agnès la Noire, La Maîtresse de la Mort, si Howard tentait délibérément d’orienter son héroïne vers ce domaine, fantastique. Si c’était le cas, il est mort avant d’avoir pu terminer l’histoire.
Elle a été achevée par Gerald W. Page et toute autre conjecture serait des plus hasardeuses.

Il est tout aussi intéressant de se demander si Agnès la Noire a été inspirée ou non par la Dame de Joiry. Il est tout à fait certain qu’Howard connaissait Jirel. Il avait lu L’Ombre du Dieu Noir (Black God's Shadow), qu’il aimait beaucoup. Il le dit et envoya un exemplaire de la première histoire de son héroïne, Agnès la Noire (Sword Woman), à Catherine Moore, pour qu’elle la lise. (Elle adora cette histoire et souhaita qu’il en écrive d’autres.) Mais, en fait, il est impossible de dire lequel de ces deux personnages fut conçu le premier, ou même s’il y a un quelconque rapport entre eux. (Jirel, bien sûr, fut publiée dans Weird Tales avant qu’Howard écrive Agnès). Il est raisonnable de supposer qu’Howard autant que Moore eurent l’idée de leurs guerrières en puisant aux mêmes sources… les récits historiques de ces femmes à qui Howard dédia sa saga d’Agnès la Noire, depuis la ballade de Mary Ambree jusqu’à, très vraisemblablement, la vie de la célèbre « sainte en armure », Jeanne d’Arc, bien que la sainteté ne soit pas, fort heureusement!, une qualité revendiquée par aucune de ces deux héroïnes.

En tout cas, la ressemblance entre Agnès et Jirel est purement superficielle. Toutes deux sont rousses. Toutes deux portent une armure et manient l’épée avec une efficacité mortelle. Mais Jirel est un être de feu et de glace, elle est douce et raffinée, et vit dans les Pays de Nulle Part de l’imaginaire, dans un continuum différent de la France historique d’Howard. Jirel est opposée à de sombres dieux et sorciers, est concernée par l’amour et la magie. À aucun moment nous ne savons vraiment pourquoi ou comment elle devint une guerrière. Elle est simplement la Dame de Joiry, cuirassée, fière et très belle.
Agnès, par contre, fait preuve d’un pragmatisme absolu. Le talent d’Howard présentait de multiples facettes, mais lui-même n’était pas doux, ni raffiné, et son héroïne ne l’est guère plus ! Agnès vit à une époque difficile et cruelle, où les femmes ont moins de prix, et sont moins bien traitées, que les bêtes de somme d’une famille de paysans… qui, elles, coûtaient beaucoup d’argent s’il fallait les remplacer (lorsqu’il n’y avait pas de bête de somme, c’est la femme qui prenait sa place). Agnès est une paysanne par sa naissance ; elle a un père brutal et vit dans un village qui est une véritable porcherie. Elle s’est endurcie en grandissant parce que, si elle n’avait pas été dure, elle n’aurait sans doute pas grandi du tout.

Jirel est de naissance noble et une enfant légitime. Agnès revendique un sang noble, mais c’est une enfant illégitime, et ses revendications n’ont aucune valeur. Dans Agnès la Noire, nous avons le récit très détaillé de son itinéraire, de la façon dont elle en vient à mener une vie d’homme, et si la description faite par Howard de ses fiançailles et de son mariage semble quelque peu outrée, c’est uniquement parce que les gentes dames qui figurent plus communément dans les récits de fiction historique sont vendues au plus offrant avec une politesse plus marquée, mais c’est tout. La coutume du mariage arrangé a duré jusqu’à l'ère victorienne et même après, et elle était entourée de toutes sortes de joyeux euphémismes, mais le fait est là : la fille était pour son père une marchandise destinée à la vente et mise aux enchères, vendue au meilleur prix qu’elle pouvait rapporter.
Agnès a assez d’estomac pour s’arracher une bonne fois pour toutes d’une situation insupportable et, tout à fait littéralement, de se tailler une vie nouvelle. La façon dont elle procède donne lieu à une lecture des plus passionnantes, qui n’est en aucune façon réservée aux seules militantes du Women’s Lib (et autre MLF !). Agnès est un être humain droit, honnête, qui ne s’apitoie pas sur soi-même, sympathique ; elle captive l’attention du lecteur dès la première page. Elle possède cette qualité qui transcende le sexe, puisqu’on la trouve aussi bien chez des petites filles que chez des hommes adultes ; je veux parler du courage. Et le défi qu’elle lance à Guiscard de Clisson, lorsque celui-ci tente de la remettre « à sa place » (la place d’une femme dans une société d’hommes), est aussi éloquent qu’une déclaration de fierté individuelle et de respect de soi, comme on peut en lire ailleurs.
Etienne Villiers, lequel, à sa façon très personnelle, aide Agnès à « faire son chemin », est un coquin à la personnalité complexe et un personnage excellemment traité. Les rapports qui se nouent entre Agnès et lui, par le biais de la trahison, de la vengeance, de la dette de reconnaissance, et finalement du respect accordé à contrecœur et de l’amitié, sont fascinants par leurs tours et détours.

Howard était passé maître dans l’art de raconter et de maintenir une histoire à un train d’enfer, sans jamais perdre de vue les personnages ou l’atmosphère. Des Épées pour la France (Blades for France) est une aventure magnifique, mouvementée, racontée à un rythme rapide, où Agnès est à présent bien établie dans le monde qu’elle s’est choisi. L’intrigue n’a peut-être pas la perfection d'Agnès la Noire (celle-ci possède une merveilleuse unité) mais cela ne diminue en rien le plaisir du lecteur.

La Maîtresse de la Mort (Mistress of Death) possède une texture différente, procure une autre sensation. Alors que les deux premières histoires sont ouvertes, remplies de vent et de ciel pur, de forêts et de chevauchées impétueuses. La Maîtresse est fermée sur elle-même, dans une atmosphère de claustrophobie. L’action se passe dans des ruelles étroites, la nuit, à l’intérieur d’auberges et de maisons, dans des passages secrets et des caves. Agnès trouve un nouveau compagnon, qui succède à Étienne Villiers, en la personne de l’Écossais exilé, John Stuart. L’aventure devient purement macabre et fantastique ; Agnès affronte et est victorieuse d’un adversaire beaucoup plus redoutable que les vulgaires coupe-jarrets qui ont essayé de l’embrocher sur leurs lames ! Une très belle relation se développe entre elle et Stuart, et l’on souhaiterait que la saga se poursuive encore très longtemps.
Un point encore, au bénéfice du macho qui d’aventure pourrait lire ces histoires et s’écrier : « D’accord, ce sont des nouvelles bien écrites, mais en réalité aucune femme n’est capable physiquement d’accomplir de tels exploits. »

Foutaises, messeigneurs !


Un vieil adage dit qu’un bon géant peut toujours avoir besoin d’un bon nain. Mais entre ces deux extrêmes, il y a toutes les nuances possibles de taille, de force et de capacité. Les poids mi-moyens constituent apparemment la majeure partie de la population, tant les hommes que les femmes, et deux guerres mondiales, ainsi que l’accession à de nouveaux domaines jusqu’alors « réservés » aux hommes, ont prouvé sans conteste possible qu’une femme en bonne santé est physiquement capable de faire absolument tout ce qu’elle a envie de faire.
La notion acceptée de la femme faible et sans défense a des origines sociales et n’est absolument pas fondée sur des faits. Les femmes douces, soumises, non compétitives, se vendaient mieux sur le marché du mariage. De plus, présenter une fragilité de bon ton était le symbole d’un statut social ; cela signifiait que vous n’aviez pas besoin de travailler. C’est pourquoi la petite fille ardente et débordante d’énergie, indépendante et volontaire, était réfrénée dès son plus jeune âge par sa mère, sa grand-mère, ses tantes et ses nounous… Ne sois pas un garçon manqué, conduis-toi comme une petite dame, fi, quelle honte ! Avant même de s’en rendre compte, elle se retrouvait harnachée et sanglée dans des vêtements de femme, tous destinés à l’entraver et à la brider : chaussures obligeant à marcher à petits pas et à adopter une démarche affectée, jupons et lourdes jupes, gaines, corsets, tournures, corsages stricts, cols de robe serrant le cou. Regardez donc le Portrait de la petite Infante d’Espagne par Velazquez. Regardez sa taille et essayez de vous imaginer comme tous ses organes devaient être comprimés. Cela n’avait rien d’étonnant si un grand nombre de femmes mouraient jeunes, à cette époque. Ou si elles n’étaient pas très actives. En supposant que les vêtements féminins à travers les siècles aient fait partie d’un complot délibéré pour perpétuer et s’assurer de son infériorité physique, il aurait été sans doute difficile de faire mieux !

À présent, les femmes sont délivrées de toutes ces absurdités, Dieu merci, même si l’on peut s’étonner de voir tant de jeunes filles tomber dans l’excès inverse et présenter un aspect si peu féminin. Le tabou pesant sur les sports a été levé peu à peu, de telle sorte que la jeune fille, par nature bonne en sports et aimant les pratiquer, n’est désormais plus placée devant le choix suivant : y renoncer ou bien être considérée comme non féminine. (De la même façon, les garçons qui ne sont pas sportifs et n’aiment pas faire du sport sont considérés comme non masculins).
La reine Boudicca conduisait ses armées à la bataille. Les femmes blondes et armées de Germanie se battaient aux côtés de leurs hommes et terrifiaient les légionnaires romains. Les Vikings avaient leurs femmes guerrières. Et même après l’avènement du christianisme, des femmes exceptionnelles ont constamment réussi à échapper au piège. Elles ont servi honorablement comme soldats dans de nombreuses guerres, moins honorablement comme pirates et flibustières, mais toutes ces femmes maniaient à la perfection l’épée et le pistolet. Les femmes qui ont aidé à la conquête des espaces non civilisés du monde n’étaient pas des mauviettes. Elles savaient tirer au fusil et atteindre leur cible. Elles étaient capables d’endurer la chaleur et le froid, la faim, la soif, et la menace permanente de la mort… tout aussi bien que leurs époux.
Ne jamais sous-estimer les capacités d’une femme ou son énergie. En une semaine, il y a deux ou trois ans, par des faces différentes, deux minuscules Japonaises, chacune pesant moins de cinquante kilos, ont conquis l’Everest. Il existe certainement de par le monde des femmes capables de soulever des haltères de cent quatre-vingts kilos, bien qu’apparemment, seuls les hommes soient assez stupides pour avoir envie de le faire… jusqu’à présent.
Bref nous savons qu’Agnès aurait certainement été capable de faire tout ce qu’elle fait, parce que des femmes ayant réellement vécu les ont faites.

En plus des trois histoires composant la saga d’Agnès la Noire, ce volume comprend, un cadeau en prime pour le lecteur!, deux de ces adorables fragments qu’Howard a laissé inachevés, parmi tant d’autres : le début d’un roman, Au Service du Roi (The King's Service), et le commencement d’une nouvelle, L’Ombre du Hun (The Shadow of the Hun)… Ces deux textes nous présentent des temps et des endroits exotiques, qui nous font regretter, une fois de plus, qu’ils n’aient pas été terminés. L’Inde antique, Vikings, Celtes, Grecs, Tatars et Mongols, les vestiges d’un empire, la conquête d’un autre…, tous les éléments sont réunis.
Howard chérissait tout particulièrement ce qui était oublié, lointain et mystérieux. Une image s’impose à notre esprit : Howard assis devant sa machine à écrire, à Cross Plains, Texas… Un jeune homme habité par les rêves puissants de dieux et de héros, s’évadant des limites étroites de son propre espace-temps, pour parcourir librement et arpenter à grands pas les merveilleuses contrées de ses rêves.
Il est regrettable que les rêves doivent se terminer aussi vite. Mais pour nous consoler, nous avons tous ceux qu’Howard nous a laissés… pour nous les faire partager."

Leigh Brackett 
Lancaster, Californie
Décembre 1976

lundi 1 avril 2019

"Damn the boy"

Avez-vous jamais été ennuyeux au point de forcer la quasi-(ré)invention d'un genre littéraire complet ?

Christopher Tolkien à propos des raisons qui poussèrent son père à écrire ce qui ne devait être qu'une histoire pour endormir ses enfants,
préface de The Hobbit 50th Anniversary Edition, Houghton Mifflin, 1987

dimanche 10 mars 2019

Random work of wow : le grand monolithe orange de Coachella

Inspiré par les objets souvent étranges (et surtout non-identifiés) qui traînent parfois dans le désert, Sterling Ruby a installé Specter, un monolithe orange ultra-bright (c'est fait avec de l'aluminium et destiné à refléter le décor alentour) dans la vallée de Coachella aux Etats-Unis, à l'occasion de l'évènement Desert X.

Et je sais pas si c'est juste moi, mais ce truc, sensé évoquer la lutte entre naturel et artificiel, m'en rappelle si fort un autre que je me prends à rêver d'un roman avec ce gros BDO fluo devant les meilleurs scientifiques du XIXème siècle. Old west meets aliens.


Ou alors ça fera une jolie pochette pour un groupe de desert/stoner rock.

mercredi 13 février 2019

Random news of wow : The French Shadow

J'ai pas le vocabulaire pour décrire (ou masquer) l'excitation qui s'est emparée de moi quand j'ai découvert l'existence de ce truc il y a environ quatre minutes de ça, alors je copie/colle sans vergogne le texte officiel des Moutons Electriques. Mais.... Sans rire. Le Shadow en français !


Juste avant le début de la Deuxième Guerre mondiale, une étrange collection fit son apparition : la collection "Aventures", qui présentait des héros encore inconnus du public français... Bill Banco (Nick Carter en VO), Franck Sauvage (Doc Savage), Pistol Pete (Pete Rice) et, sans doute le plus mystérieux d'entre ces aventuriers, L'Ombre ! Adaptations de pulps américains, ces romans provenaient du fonds Street and Smith mais sans crédits ni d'éditeur ni d'auteur d'origine, et attribués pour ce qui est de L'Ombre, au toujours inconnu Marcel Mahaut.

Retrouvez dans ce volume Le Disque chinois et Le Regard sans visage, romans adaptés des deux premières aventures de The Shadow, le vengeur masqué de Maxwell Grant, datant de 1931 pour les textes originaux, dans la version signée par Marcel Mahaut (traductions révisées). Avec deux essais de Francis Saint-Martin, sur l'historique du Shadow et sur l'histoire de cette collection, et une préface par Michel Pagel.

lundi 4 février 2019

Onze... films de 2018

Comme prévu, avec un peu de retard, mon top cinéma de l'an dernier. Un top un peu compliqué à faire parce que j'ai précisément pas été au cinéma, j'ai vu tout ça en véodévédé ...Ce qui correspond en fait plutôt bien au modèle économique actuel, dont les plate-formes type Netflix ou Amazon Prime sont devenues de vrais facteurs.

The Outsider (9 mars)
Deux choses : j'aime pas les films de gangsters, et j'aime encore moins les films de yakuzas. Pourtant, une nuit, la curiosité m'a poussé à regarder ce film que les aléas de production avaient fini par mettre entre les pattes de Netflix et d'un réalisateur danois inconnu, avec ce mec louche de Jared Leto en tête d'affiche. Ces trois points se ressentent très fort, du style sans fard (mais très esthétique) de la cinématographie au montage très télévisuel (le générique arrive au pif au bout de dix minutes) en passant par ce monolithe androgyne qu'est le chanteur de 30 Seconds to Mars. Seulement, une fois qu'on entre dans ce monde hypercodifié par la porte cassée d'un ex-prisonnier de guerre avec un sérieux problème de canalisation de la colère, il se passe un truc. Le scénar' est cousu de fil blanc, mais l'implacabilité de la narration le rend curieusement palpitant, les personnages sont tous des pourris ultra violents, mais la binarité de leurs relations les rend fascinants, et derrière les innombrables masques de sa prod alambiquée, de son casting hasardeux et de son budget manifestement limité, il y a un film simple mais étonnement bien foutu. Il est aussi, ses réalisteur, monteur, directeur photo et compositeur étant tous danois, emprunt d'un peu de cette fatalité nordique qui, associée au stoïcisme et à l'imperturbabilité du Japon, en fait quelque chose de particulièrement captivant. Evidemment, la critique lui a joyeusement craché à la gueule, et, sûr, The Outsider n'est pas le genre de film qui fera date ni posera sa marque sur le subconscient de son spectateur, c'est pas Les Promesses de l'ombre et 'faut pas s'attendre à autre chose qu'à un produit très calibré, mais son visionnage a quelque chose de réellement magnétique.

Hostiles (14 mars)
Quand j'ai bouclé ma liste l'an dernier, j'étais assez surpris de n'y trouver aucun western, alors que le genre arrive à subsister drôlement entre oeuvres crépusculaires, exploitation bête et pop grandiloquente (et influs honnêtes, comme la "trilogie des frontières" de Sheridan qui, elle, avait fait le cut). C'est qu'au milieu des Lefty Brown, des Hickok et des Ben Hall, celui qui m'intriguait le plus, c'était Hostiles, sorti le 22 décembre outre-atlantique mais qu'il a fallu attendre le printemps pour découvrir en Europe. Ce film, par le réalisateur du superbe Crazy Heart il y a bientôt dix ans de ça, c'est la rencontre de Tommy Lee Jones, John Hillcoat et Walter Hill (en même temps, caster Wes Studi en chef stoïque...), froid, lent, rude, implacable et sombre, et si son déroulé est quelque peu convenu (le scénar, découpé en deux "épisodes" bien distincts, est en pilotage automatique et n'évite aucun cliché), sa cinématographie en fait quelque chose de tout à fait particulier, quasi viscéral. Je me rend compte en écrivant ceci que c'est exactement ou presque ce que j'ai dit de The Outsider, mais on ne joue vraiment pas dans la même cour. Partant de la classique image des vieux soldats fatigués marqués par tant d'horreur qu'ils sont incapables d'en sortir (on est en 1892, les Guerres Indiennes viennent à peine de finir), Hostiles a un souffle, du genre de celui qui gronde et fait trembler le monde, plongeant cette bande de fantômes de l'ouest (ils vont tous, littéralement, vers la mort) sous une chape de post-traumatisme sourd (je ne cite pas Tommy Lee Jones au hasard, j'ai souvent eu l'impression de me retrouver devant un successeur du Homesman), tirant sur toutes les cordes dramatiques et appuyant sur toutes les blessures pas-refermées-du-tout qu'a l'Amérique moderne avec ses indigènes. Il y a de superbes images, une mélancolie presque poétique dans ses derniers instants, et quand c'est violent, c'est bien plus souvent crade pour l'émoi que pour le propos, mais justement... "Le choc des photos".

Andre the Giant (10 avril)
HBO qui produit un documentaire sur une star du catch, c'est pas commun, mais André Roussimoff était tout sauf commun. Et j'ai rien à dire de plus sur ce film. Voyez-le, c'est tout.







Jurassic World: Fallen Kingdom (6 juin)
Bordel, ce scénar' complètement bonkers... et excellent (c'qui n'est absolument pas incompatible) ! Comme son prédécesseur, Jurassic World 2 reprend l'idée de Jurassic Park (2) et la retourne sur sa tête (en passant, la vanne du "retourner sur l'île est une mauvaise idée" de toutes les critiques...euh... oui, précisément, c'est le Bon Dieu de point - qui plus est, si vous me permettez quelques lignes de rant, on parle des océanographes qui plongent avec des requins ? Des Bear Grills partout dans le monde ? Des photographes qui se planquent sur les pistes de chasse et des touristes qui veulent à tout prix toucher les lions ? On est devant la plus pure situation de "si c'était dans un film j'le croirais pas" : d'un point de vue narratif, sachant qu'on est devant un film où des gens vont se faire bouffer par des dinos, retourner sur l'île en connaissant ses dangers et son passé, oui, c'est débile, mais si cette île existait en vrai, je vous fous ma tête, mes deux bras et tout le haut de mon corps à couper que des tas de gens, scientifiques, badauds et aventuriers, iraient dessus, même -surtout!- s'il fallait braver la loi pour ça). Enfin bref, "retourne l'idée sur sa tête", disais-je, plongeant les dinos dans l'équivalent d'un château Nazi du futur et offrant un délire visuel et conceptuel à la fois complètement absurde et totalement sensé, continuant d'opposer l'approche zoologique à l'exploitation qu'en feraient quelques gens un peu trop friqués et royalement inconscients, bien à l'abris dans leurs tours d'ivoire. Fallen Kingdom est un organique écho aux peurs numériques modernes, donnant à la singularité incontrôlable la forme et l'instinct primal d'un bon gros lézard génétiquement modifié. Bien entendu, il ne faut pas oublier que pour tout son propos un brin meta et les fulgurances particulièrement vives de son réalisateur (of L'Orphelinat fame, de loin le film qui m'a le plus terrifié ever, et ça se sent...), Fallen Kingdom est un produit calibré et prévendu, et tous les défauts du blockbuster y sont ; ça part dans tous les sens, le méchant est débile (et use même du fameux(?) "villain speech", vous savez, le "you and me are the same"), certains noeuds scénaristiques sont d'un commeparhasardisme grossier, c'est curieusement mal rythmé malgré une structure très simple (on dirait même qu'il manque des bouts - coupes studio?) et l'intrigue est télégraphiée à des kilomètres... Mais... Quand ça fulgure, ça fulgure pas à moitié, c'est bourré à craquer d'idées géniales et de plans complètement fous à vous accrocher à votre siège (le Mosasaure en intro et l'Indoraptor au clair de lune vont rester dans ma rétine un petit moment), et ça prend même le temps de se moquer de soi-même sur la route (le plan sur les rangers de Claire m'a honnêtement arraché un rire). Y a mille fois plus de trucs à voir et à réfléchir dans ce film que dans, au pif, Infinity War. On est loin de la magie de 1993, vous a-t-on dit ? C'est vrai, et ça tombe bien, on est en 2018, nos aspirations et préoccupations ne sont plus les même et le paysage cinématographique a bien changé ; Jurassic Park n'est plus un défricheur à la recherche de nouveaux horizons mais un explorateur aguerri qui s'adapte à un environnement qu'il a lui-même créé, et Fallen Kingdom, non content d'être un bien bel objet de cinéma pop-corn au premier degré, en est un beaucoup moins con qu'il n'y parait, avec quelques thématiques super intrigantes et un final parmi les plus exaltants de ces dernières années... Même pour les gens qui n'aiment pas ça.

Ocean's Eight (13 juin)
Si on n'a jamais eu d'Expendables féminins grand luxe (on a eu plein de trucs d'exploitation crado, mais ça compte pas), ce truc est ce qui s'en approche le plus... Bon, avec beaucoup moins de patates dans la yeule et d'explosions, mais vous voyez où je veux en venir. D'après les trailers, ça avait l'air fort chouette, et après cinq minutes de film, j'ai validé son entrée dans mon top de l'année : j'étais mort de rire à la fin de l'ouverture, et un sourire niais ne m'a pas quitté de tout le visionnage (du moins dans les passage où j'ai pas ri ouvertement). Oh, c'est pas Ocean's Eleven et Gary Ross n'est pas Steven Soderbergh, mais c'est fun, frais et ces dames s'en sont donné à coeur joie. Au point même d'être (et c'est de toute façon clairement comme ça qu'a été pubé le film) la seule raison de le voir. Il y a un côté très vain dans la démarche, c'est téléphoné au possible et le scénario en lui-même ne vaut pas grand chose, mais il a été monté pour que Bullock, Blanchett, Hathaway, Bonham Carter et les autres s'amusent, et c'est monstrueusement communicatif. Un peu comme avait fait, très justement, Soderbergh avec son film de rednecks l'an dernier, en fait. Ocean's Eight est l'antithèse des polars que j'ai vu cet hiver, un feel-good movie à la joyeuse criminalité, complètement anecdotique dans le grand dessein des choses mais impossible à ne pas apprécier.

Incredibles 2 (15 juin)
Le retour de Brad Bird sur ce qu'il faut désormais appeler une franchise m'a fait me rendre compte d'un truc : au delà de son prémice façon Quatre Fantastiques et de l'ambiance ouvertement pulp, Les Indestructibles était en vérité un film de spy-fy, des péripéties propres aux décors jusqu'aux vilains pas-si-méchants et ce "twang" si particulier de la bande originale, très Bond-des-60s. Ce qui, avec le recul, faisait bel et bien du monsieur le parfait réalisateur pour Mission Impossible (en passant, l'épisode annuel, Fallout, j'ai pas aimé. Du tout.)... Or donc, quatorze (damn, quatorze!) ans et deux films live après le premier volet, voici Bird revenu chez Pixar et sur le meilleur film de super-héros jamais posé sur pellicule (car cette fois-ci, on est bien dans un film de supes). Quatorze ans qui sont très intelligemment ignorés pour reprendre pile où le premier s'était arrêté (avec l'invasion du "Undeeeeermineeeeeeer!") et conserver la dynamique familiale intacte. Ou presque, parce que quatorze ans se sont bel et bien écoulés dans le vrai monde de la vérité véritable et c'est cette fois Maman qui part en mission et laisse Papa s'occuper des mômes. Cue une tonne de blagues sur l'inadaptabilité de cette montagne humaine (le choix des pouvoirs des personnages n'a jamais été un hasard) à la vie de papa-au-foyer, des quiproquos rigolos, un peu de teen drama sur la route, et une savante dose de scènes d'action ultrabadass en contraste explosif (Brad Bird est un réal' dont les scènes fourmillent de petits trucs et Incredibles 2 est un spectacle ultra inventif de tous les instants), pour finir sur cette inévitabilité déjà explorée dans le premier volet et qui manque tant aux vrais FF du cinéma : une famille est plus forte quand elle combat ensemble. Pas que le film soit exempt de défauts pour autant (notamment de rythme) et, oui, il est infiniment moins bon que le premier (dont il reprend presque point par point le scénario), mais jamais dans les plus folles espérances de qui que ce soit aurait-il pu atteindre ce niveau d'excellence, et surtout, il tape toujours aussi juste dans les questions qu'il aborde (en même temps, c'est Pixar, des mecs qui usent à l'infini de la même histoire pour explorer plein de thèmes très cool...). Alors enjoy. Juste enjoy. Sérieusement. Les Indestructibles est toujours le meilleur film de super-héros de l'histoire et, maintenant avec une suite, il devient la meilleure franchise de super-héros de l'histoire ; quelque-chose de frais, fun, familial, narrativement super serré, qui ne demande pas d'avoir vu ou lu mille épisodes précédents et ne se base sur rien de meta/crossmedia et qu'on est, avec son délai d'attente d'une décade et demi, vraiment content de retrouver... Et à l'heure où Marvel a largement dépassé le stade de la bienvenue et commence sérieusement à ressembler à ton excessivement attachée petite copine, Grands Dieux ça fait du bien.

Christopher Robin (3 août)
Pendant vingt-cinq minutes, j'ai détesté ce film. Pas que sa trop longue ouverture fut mauvaise, oh non, juste, y a un truc qui clochait. C'était trop plat, trop... inintéressant, vraiment, pour que je m'investisse dans la triste vie d'adulte d'un Jean-Christophe (note : j'ai vu le film en VO et en VF, et je vais utiliser les noms français, c'est ceux que je connais) joué sans âme par Ewan McGregor. Et puis ça m'a frappé. "Sans âme", précisément. Le réveil de Winnie, aussi magique qu'accidentel (renverser du miel sur un dessin, quelle idée) et attendu (il est, justement, l'âme du film), a soudain tout changé ("mains en l'air, et, mains en bas..."). De l'amusante symétrie de leurs retrouvailles à l'inévitable passage de l'ourson (et de son ballon, véritable talisman) dans les bras de sa fille (passage qui, fort intelligemment, amène le dernier acte du film plutôt que sa conclusion, faisant de Madeline l'héroïne finale), cette étrange aventure emmène Jean-Christophe en quête de ses vieux compagnons, à travers sa propre mythologie et dans un effort remarquable de ne jamais remettre en cause la réalité de ce monde en peluche. C'est délicieux, drôle, touchant, admirablement bien réalisé également (dans un style hyperréaliste qui m'a fait comprendre, des années après, la raison pour laquelle Maître Hibou et Coco Lapin ne sont pas des peluches : ils sont des créations d'A.A. Milne, pas des jouets de son fils, ils n'appartiennent qu'aux livres et donc pas à l'imagination de Christopher Robin), et juste... magique, vraiment. Ce film est mignon. Pas parce qu'il essaye de l'être, non, il est mignon, fondamentalement, tant dans son propos que son habillage, et il ne prétend absolument pas être autre chose que ça. Il tire gentiment sur sur toutes les ficelles de mes souvenirs d'enfant et de mes rêveries d'adulte, sans jamais chercher à en faire trop, juste à laisser (ré)entrer son spectateur dans cet univers merveilleux, chaudement emmitouflé dans la sagesse simple des livres de Milne et des vieux dessins animés de Disney. Le rôle de Jean-Christophe n'en a jamais été aussi clair, et regagner la confiance de ceux dont il fut le gardien lui offre, naturellement, la possibilité de l'être également à nouveau (s'il le fut jamais, exilé qu'il fut par la Guerre) dans le vrai monde. Bienveillant et bienheureux, ce film est, et je suis ravi de le dire, exactement ce que je voulais qu'il soit. Et il fait toujours mouche au deux ou troisième visionnage... - Oh, et quitte à parler d'oursons, une mention en retard pour Paddington. J'ai vu ça une nuit, un peu par hasard, et c'était tellement joli, cotonneux, fantastiquement narré, merveilleusement casté et superbement filmé qu'il a fallu que je regarde le second (qui est encore meilleur) à la suite. Voyez-les. Sérieusement. C'est du bonbon sur pellicule.

Papillon (15 août)
J'n'ai qu'un vieux souvenir du film de 1973, un vieux souvenir par ailleurs cannibalisé par le passage de Van Damme en prison cheloue dans Double Team (oui... Je sais...). Cette version 2018, emmenée par Percy Fawcett et Freddie Mercury (it's true, look it up), est étonnante à bien des égards, très sèche et sans chichis, mais avec une colorimétrie de dingue (c'est limite si l'image ne sue pas elle-même) et quelques scènes complètements hallucinées, notamment lors de cette période en confinement de PapillonDegas vient jouer les mimes tristes dans un Paris fantasmé (à ce titre, l'ouverture m'a filé une vache de vibe The Saboteur, et c'est une image -certes toute aussi irréaliste- que j'apprécie tout spécialement). C'est improbablement esthétique et, sans non plus révéler quoi que ce soit de percutant dans les thèmes qu'il aborde (même sans avoir de comparaison à faire avec son "original", on a là une biographie toute simple et linéaire), le Papillon nouveau a un duo de protagonistes particulièrement charismatique (il faut dire que Malek et Hunnam sont deux monolithes taiseux parfaits pour ce type de rôles) et ses images me sont facilement restées en tête. Et ce d'autant plus que, entre descente aux enfers et éternelle quête de liberté, l'histoire d'Henri "Papillon" Charrière a, de par son ampleur absurde, quelque chose qui me rappelle là encore tellement d'histoires auxquelles on ne croirait pas si elles n'étaient pas... vraies ? Le cas de celle-ci reste éminemment débattu, et si je me moque éperdument de la réponse, ayant fouillé un peu l'histoire du livre il y a un temps, la dernière réplique de cette nouvelle adaptation m'a collé un ample sourire sur le visage.

The Sisters Brothers (19 septembre)
Jacques Audiard a un nom que je connais (merci papa) mais une filmographie que j'n'ai jamais vue (De battre mon coeur s'est arrêté ou Un Prophète, c'est quand même zéro mon délire), alors quand j'ai lu un soir qu'il adaptait, en anglais et dans les iconiques plaines d'Almeira, le très intrigant roman de Patrick Dewitt, j'étais très intrigué moi-même. Les Frères Sisters, édité en VF chez Actes Sud (merci Monty), est un western paru en 2011 ; un western tragi-comique très sombre au ton volontairement picaresque, un peu comme la version américaine, armée et acide (et fatalement très modernisée) d'un de ces contes caustiques qui moquaient la littérature médiévale française il y a trois siècles de ça (il me fait très sincèrement penser à un Zadig oregonais). Sa version cinéma, c'est la même chose, une course-poursuite semblant composée d'une série de saynettes pas toujours fort bien liées (effet renforcé par les villes-champignon visitées le long de la route de l'or), aux accents fantastiques sensiblement marqués (sans pourtant jamais virer dans le pur surnaturel, c'est plutôt un "sentiment" diffus qui plane sur le film), ni mélancolique ni introspectif, juste complètement dédié à raconter, de la manière la plus directe possible, l'histoire un peu ahurissante de deux frangins un peu cons (mais pas stupides, pas confondre) dont le seul mérite semble d'être salement doués aux flingues. Ce qui est habile dans la réalisation, c'est que la description que j'en fais ici pourrait donner l'impression d'un film un peu lourdaud qui passe plus de temps à essayer d'être drôle qu'à avancer quoi que ce soit. Sauf que justement, The Sisters Brothers n'est jamais drôle, on n'est pas dans une cochonnerie comme Slow West, et son humour se fait sur plusieurs niveaux de lecture, jamais appuyé, très pince-sans-rire, sans jamais rompre le ton général du film et comptant plus sur le contraste de caractère (et la bonhommie naturelle) de ses deux acteurs principaux. C'est, de loin, sa plus grande qualité, et, avec de sublimes décors et paysages, des personnages hauts en couleurs, quelques dialogues franchement excellents, des fusillades bien senties et une intrigue idéalement simple, sans parodier ni imiter, Jacques Audiard de livrer un authentique... western. J'aime bien les westerns.

A Star is Born (3 octobre)
Troisième remake d'un film de 1937 dont j'n'avais jamais entendu parler, A Star is Born me fait penser au Crazy Heart de Scott Cooper (encore lui, et, oui, après Hostiles, c'est un hasard complet) si le personnage de Maggie Gyllenhaal avait été une chanteuse. Et j'ai pas de meilleur compliment. Ce film est ce qu'on qualifie d'ordinaire de "montagnes russes émotionnelles", avec deux acteurs parfaitement castés (et dont l'association vient d'un défi) pour porter ce qu'on sait à l'avance être des montagnes russes émotionnelles. D'une manière purement académique, je pourrais dire que le ton est toujours juste, que les dialogues sonnent exactement comme il faut, que les second-rôles sont impeccablement distribués, mais on s'en fout complètement. A Star is Born est le genre de film qui se ressent, et qu'on oublie sciemment et contentement d'analyser (notamment parce que si on le fait, le classicisme absolu de sa mise en scène saute quand même vite aux yeux). Ce film ne révolutionnera pas le cinéma, loin de là, mais il est beau, une scène sur deux a le potentiel de mettre les larmes aux yeux pour plein de raisons différentes (l'écriture/interprétation impromptue de Shallow sur un parking est probablement la meilleure du film), et la bande-son... Grands Dieux la bande-son... Si vous ne voulez pas voir le film, écoutez au moins le cédé, superbement monté, entre hard-blues et pop hantée, aux paroles puissantes et à la charge affective exacerbée, qui rend même parfois l'écoute assez difficile - c'est un peu comme écouter le Best-of de Fleetwood Mac en connaissant l'histoire derrière les chansons. Là non plus, j'ai pas de meilleur compliment... Bradley Cooper savait exactement ce qu'il faisait avec ce film. Il a réussi.

The Girl in the Spider's Web (31 octobre)
Que voila une sortie étrange. Sept ans après David Fincher, la reprise de la saga Millenium made in USA par une toute nouvelle équipe..... au quatrième tome (qui a été écrit dix ans après, par un autre auteur). Où sont passés les histoires 2 et 3 ? OSEF ! (J'ai dans l'idée que, plutôt que de se confronter encore une fois au spectre des originaux suédois -et de faire une suite au Fincher sans Fincher-, les producteurs ont cette fois eu la bonne idée d'adapter un roman auquel on n'avait pas encore touché) et à vrai dire, ça ne pose aucunement problème, le scénario du bouquin en question reprenant suffisamment de morceaux de l'histoire "globale" des personnages pour être facile à suivre ; on comprend bien qu'ils ont une histoire antérieure commune, mais les noeuds importants sont ceux qui sont montrés ici. La réalisation de Fede Alvarez joue aussi sur la parenté qu'on attend d'une suite, même tardive, usant d'angles de caméra à la Fincher à quelques moments clés (toutes les apparitions de l'araignée, notamment) mais laissant aller son propre côté esthétique le reste du temps (oh, et ça n'a rien à voir, mais le poster est ultra classe). On est dans quelque chose de plus simple, moins froid et clinique, mais aussi un peu plus frontalement (oserais-je dire naïvement?) dramatique (et pour moité moins cher, aussi, ça joue forcément). Et curieusement, la disparité et la différence de ton par rapport à Fincher devient une réelle force, d'autant que l'histoire permet de livrer une bournerie féminine de fort bonne facture, dont le seul défaut viendrait en vérité du matériau de base, qui est à bout de souffle depuis des années (honnêtement, les livres de David Lagercrantz se lisent comme de l'exploitation à la base -un peu comme, justement, les Jason Bourne d'Eric van Lustbader-, et leurs thèmes edgy et grimdark sont fanés depuis environ Underworld 2). Reste un film efficace et élégant, qui présente enfin Lisbeth comme l'héroïne de sa propre histoire, et s'avère suffisamment bien filmé pour aiguiser la curiosité... Et s'interroger sur ce qui aurait pu être... Ce qui aurait pu être si c'était vraiment une adaptation du tome 2, par exemple, et ce qu'aurait pu faire une troisième équipe, avec un troisième cast, sur le dernier volet. Bon, bien sûr, c'est stérile comme questionnement (d'autant que si suite à celui-là il y a, ce sera assurément une adaptation du tome 5, et avec encore moins de budget vu la gamelle monumentale qu'il s'est mangé au Box Office), mais ça aurait fait une trilogie très intrigante.


Mentions
J'ai bien aimé Mute - la première demi-heure (au moins) est pénible mais une fois que les pièces du puzzle commencent enfin à s'emboîter, y a un truc qui s'empare soudain du film. Den of Thieves, heist movie burné au rythme haletant, malheureusement niqué par un twist final complètement random. Anon, polar cyberpunk par monsieur Gattaca, intrigant mais un peu beaucoup trop clinique pour son bien (then again, monsieur Gattaca, hein). The Old Man and the Gun, inoffensive lettre d'amour à Robert Redford le gentil bad guy. Et j'ai essayé la nouvelle She-Ra, aussi, et ça a l'air cool, vraiment, les qualités du truc sont indéniables, ça se voit, mais juste... Ca clique pas sur moi ; j'suis pas la cible.
Quant à Bohemian Rhapsody... Le problème avec un film sur Queen, et Freddie Mercury en particulier, et un qui finit sur le Live Aid entre tous, c'est qu'en sortant, on se sera pris vingt des meilleures minutes de concert jamais enregistrées dans l'histoire de la musique, magnifiquement réimaginées, on aura les yeux tout mouillés par ce We are the Champions climacique, et on oubliera tous les petits trucs qui nous on fait tiquer le long du film. Le montage un peu fade, le manque de feu dès que la musique est absente, les évidentes ingérences de studio (et du trio survivant) sur ce qu'on peut dire ou pas sur Freddie, sa vie, le groupe et toutes les choses au milieu, l'impression d'être devant le schéma ultraclassique du biopic avec la montée, la chute et la rédemption... Et vous savez quoi ? Tant mieux. Je ne reverrai pas Bohemian Rhapsody, c'était pas un bon film, mais l'hommage... L'hommage me fout encore des frissons rien qu'en y repensant.

lundi 7 janvier 2019

Onze... livres de 2018

La fin de cycle était à la mode en 2018. Lovecraft aussi. Et les grandes aventures pulp. Et les vampires. Et les monstres dans les casiers. Et Frankie. Et la SF de partout... Des trucs bien à mettre dans son top littéraire de l'année, quoi.


Serge Lehman et Frederik Peeters - L'Homme gribouillé (Delcourt, 17 janvier)
"Serge Lehman et le pouvoir des histoires", prise... 253, peut-être ? Sans temps mort, L'Homme gribouillé commence comme un polar, dévie vers l'espionnage et les société secrètes, et termine en apothéose folklorique fantastique ; une histoire qui parfois à l'air de se perdre et de partir n'importe-où et qui, soudain, fait de nouveau sens, quand toutes les pièces s'assemblent. Ce qui lie le tout, c'est le rythme du récit, Lehman parvenant à écrire une enquête ésotérique à l'ambiance résolument noire, à la situer en 2015, et à tirer toutes les bonnes ficelles en chemin pour ne pas finir avec une espèce de vieille fable boursouflée. Il y a comme un souffle, une attente, et quand le fantastique frappe (au sens propre), il le fait brutalement et l'espace d'une scène choc, avant qu'on ne revienne au froid quotidien, ponctuant très efficacement le récit. J'avouerais bien un flottement quant à la manière dont tout ceci est résolu, probablement trop brusquement (ça mérite un épilogue, même s'il annihilerait l'effet poétique), mais c'est typiquement le genre de bédé que j'ai gardée ouverte une fois terminée, revenant en arrière non pas pour admirer les planches (très élégantes mais avant-tout fonctionnelles et au sens narratif racé, Frederik Peeters n'est pas un manche) mais pour relire les bulles les plus explicatives à la recherche du détail manqué ou manquant. et, comme dans tout bon polar, la relecture en connaissance de cause prend un tout autre sens. J'étais déjà (très) amateur du boulot pulp de Serge Lehman, je crois que je vais devenir fan tout court.

Kij Johnson - La Quête onirique de Vellitt Boe (Belial, 15 février)
Après Smith l'an dernier, c'était au tour de Lovecraft d'être à la mode, à commencer par un gros Ulule d'intégrales made in Mnémos (auquel je n'ai pas participé cette fois - déjà, c'était deux fois plus cher que Smith, mais surtout, la totale de Lovecraft, j'en ai déjà deux*) mais aussi un mois dédié par le collectif des Indés de l'imaginaire (ActuSF, Hélios, Mnémos et Les Moutons électriques). Evidemment, au milieu de tant de parutions, pas mal de trucs attirèrent mon oeil, notamment Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell de James Lovecroft (premier volume d'une série sur une base semi-réelle de manuscrit retrouvé, un peu à la manière des Mangeurs de morts de Crichton), le très drôle Celle qui n'avait pas peur de Cthulhu de Karim Berrouka (dont on va reparler très vite) et La Ballade de Black Tom de Victor Lavalle (qui fait avec L'Horreur de Red Hook exactement ce que fait la quête de Vellitt Boe avec celle de Kadath l'inconnue - les deux ont même vécu leur première parution conjointement dans le Reinventing Lovecraft de Tor.com en 2016), maiiiisss celui qui m'intriguait le plus, c'était le premier roman traduit en français de Kij (prononcez "kidje") Johnson. Universitaire multirécompensée (Hugo, Nebula, Locus, Sturgeon, World Fantasy Award, Asimov's Readers Choice...), madame Johnson n'a eu droit qu'à deux réelles (comprendre "hors magazines") parutions en VF, toutes deux chez Belial : la nouvelle Un pont sur la brune dans la désormais inévitable collection Une heure lumière en 2016, et, donc, cette quête onirique à la parenté évidente. Sauf que Lovecraft et Johnson ont deux manière radicalement opposées de penser les même idées, cette dernière voguant sur des rives plus pratchetto-gaimaniennes (et une touche de Dunsany, dont on cite la Carcassonne fantastique dès les premières pages) que purement horrifiques, et si l'on est bien dans la contrée des rêves et qu'on en retrouve tout le sel, des chats aux cauchemars en passant par les anciens endormis et les clés magiques (un tas de références pour amateurs qui, par ailleurs, en fait également une parfaite porte d'entrée pour qui n'a jamais lu les aventures de Randolph Carter), on est dans un tout autre contexte. Ce n'est pas la première fois qu'un auteur revisite cette partie du mythe lovecraftien (Brian Lumley, pour ne citer que lui, y avait déjà fait un tour dans les années 80), mais Johnson s'inscrit véritablement en miroir, ce qui est d'autant plus agréable dans une période éditoriale où l'adjectif commence à avoir une valeur aussi floue et aléatoire que son cousin "shakespearien" : ici, on a un livre qui fait littéralement du Lovecraft, mais retourne le concept sur sa tête. A la fois suite et réponse à la nouvelle d'origine, difficile ainsi d'échapper à l'évidente envie de la romancière de corriger les manquements du Grand Taré de Providence (son racisme et sa mysoginie, surtout - l'interview en postface est une superbe lettre d'intention) poussant l'exercice jusqu'à signer l'inverse total d'une quête initiatique, dont l'héroïne est une professeure dans la fleur de l'âge tentant désespérément de sauver le monde des erreurs de jeunesse d'une de ses élèves ; une aventurière tirant sa force non pas de sa fraîcheur physique et de sa témérité mais de longues réflexions et d'années d'expérience. En résulte un livre qui aurait pu se faire formuléique (prendre un élément de Lovecraft, l'inverser, et "voila") mais qui s'avère particulièrement enchanteur, doucereux et posé, contemplatif et introspectif, qui me rappelle une espèce de C.L. Moore du XXIème siècle, ô combien différent de ce qu'on imagine d'un roman inspiré plus ou moins directement du mythe de Cthulhu (quoique le Cycle des Rêves soit quand même un truc bien à part chez Lovecraft), et juste pleinement excellent. Chose amusante, en 2003, Kij Johnson avait écrit l'opposé polaire de ce livre, Fudoki, pour le coup véritable quête initiatique d'une jeune fille audacieuse et volontaire, mais qui ne fut jamais traduit.... Belial, si tu m'entends...
(* en l'occurrence, les inévitables Bouquins de Robert Laffont avec des tas de suiveurs en bonus, et une édition numérique anglophone, celle de Delphi Classics (par ailleurs une excellente maison d'édition pour ce qui est des collections d'auteurs classiques et/ou tombés dans le domaine public, leur volume dédié à Robert E. Howard est orgiaque, ils ont une collection de sagas nordiques particulièrement réussie et ils font même de la VF, notamment un Alexandre Dumas complet au point d'inclure jusqu'à sa traduction d'Ivanhoé), que j'ai avant-tout parce qu'elle comprend les essais du monsieur -que les Bouquins, centrés uniquement sur la fiction, n'incluent pas-.)

Karim BerroukaCelle qui n'avait pas peur de Cthulhu (ActuSF, 15 mars)
"Qu'est-ce qui est vert, pèse 120 000 tonnes, pue la vase, n'a pas vu le ciel bleu depuis quarante siècles et s'apprête à dévaster le monde ? Ingrid n'en a aucune idée, et elle s'en fout." C'est, en deux phrases, comme ça qu'ActuSF a vendu le troisième roman de ce trublion de Karim Berrouka, l'ancien chanteur de Ludwig von 88, un habitué du détournement caustique auquel on doit aussi une guerre de fées pétées à la beuh et une invasion de zombies contre des punks (sans compter une pelletée de nouvelles toutes plus barrées les unes que les autres). C'est évidemment ultra vendeur, ça promet du foutraque par palettes entières et du Profond qui suinte par hectolitres, et je n'ai pas précisé que j'en reparlerai pour des prunes. Ce truc est excellent, tout simplement, et se permet, sous son couvert pas sérieux pour un sou, de livrer un fort bon polar ésotérique, une apocalypse pleine de punch et de tension et une héroïne incisive pleine de personnalité (et trentenaire, alors que j'ai longtemps cru, vu le sujet et le titre, qu'on aurait plutôt droit à une ado et à un bouquin "comique" du rayon jeunes adultes - c'qui n'est pas une mauvaise chose en soi, juste, ça n'aurait pas donné la même chose du tout). Evidemment, le gros intérêt du roman tient dans son exploration mordante du canon lovecraftien, exploité au premier degré comme n'importe-quelle théorie du complot mystique dont les adeptes forment sectes et cercles chelou (jusqu'à utiliser l'édition J'ai lu du Mythe de Cthulhu comme littéral Livre de la Révélation), qui laisse les services secrets pantois et les badauds insoupçonneux et moqueurs. Pour ne rien gâcher, le dosage entre comédie et fantastique est au poil, il y a un vrai mystère et, dans la multiplicités de ses situations, le texte a toujours cette capacité de prendre au dépourvu, la satire s'arrêtant pile là où le récit commence, offrant un environnement loufoque mais tout à fait crédible à une intrigue aussi abracadabrantesque que réjouissante dont les personnages principaux sont, logiquement, les premiers à réaliser l'incongruité (et la fatalité, parce qu'on parle quand même de fin du monde, là, un peu, aussi)... On est loin, très loin, des envies inclusives rétroactives de Johnson et Lavalle et du sérieux avec lequel les 80ans de la mort du Grand Taré ont été traités ailleurs - on est là parce que Cthulhu et toutes ces conneries, quand on y réfléchi trois secondes, c'est quand même complètement absurde et vachement rigolo. Ce bouquin est fun.

Douglas Preston - La Cité perdue du Dieu Singe (Albin Michel, 28 mars)
Quand un journaliste du National Geographic (qui s'avère aussi romancier) suit une expédition au coeur de la jungle hondurienne à la recherche d'une cité mythique... et la trouve. C'est, genre, Congo rencontre Z, mais en vrai. L'antithèse absolue de tous les trucs que j'ai listé jusque là. De prime abord, la non-fiction n'est pas un genre bien passionnant ; il s'agit d'y rapporter des choses, d'interpréter des données, de faire l'apologie ou le procès d'idées diverses. Mais lorsqu'il s'agit de bourrer quatre cent pages d'un reportage hyper exhaustif d'une exploration folle d'un coin perdu de la jungle d'Amérique centrale, il y a tout de suite quelque-chose en plus. L'inconnu, le danger, le côté complètement insensé de l'entreprise, et la réalisation sourde et fascinante que quelques âmes aventureuses l'ont bel et bien fait. Le livre de Douglas Preston est ainsi un long rapport, bourré d'explications, dont le premier tiers est intégralement dédié à un long historique des expéditions passés et des recherches effectuées avant de lancer celle dont il nous conte l'histoire, et les innombrables ramifications, notamment écologiques, politiques et économiques, qui en découlèrent. Parce que c'est pas tout de trouver une civilisation inconnue dans des ruines immaculées en 2015, 'faut savoir quoi et comment faire avec après l'avoir trouvée. Et c'est juste passionnant, haletant comme rarement un récit aussi platement terre à terre peut l'être. Entre faussaires géniaux, aventuriers du siècle dernier et scientifiques à la pointe de la technologie, Preston nous fait jongler avec la réalité pas toujours effective de la fameuse Cité, prétendument trouvée par d'innombrables entourloupeurs ou sincèrement méprise par des universitaires trop enthousiastes. Jusqu'à, enfin, une délivrance qu'aucun spoiler (on est dans la vraie vie, les relevés de l'expédition sont librement consultables en ligne depuis l'an dernier et une pelletée d'articles lui a été dédiée, dont évidemment celui de Preston au National Geographic) ne pourra jamais émousser. Steve Elkins, une des grandes figures de la recherche de la cité blanche et instigateur de l'expédition (et de plein d'autres avant) parle dans ses entretiens avec Preston de "virus de la cité perdue". Ce livre est un facteur de contagion.

Jean-David Morvan et Pierre Alary - La Reine de la Côte Noire ; Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat - Le Colosse noir (Glénat, 2 mai)
Quand Glénat, à qui on doit déjà trois volumes d'Elric, a annoncé une série de bédés tirées des nouvelles de Conan, évidemment chapeautée par Patrice Louinet (qui signe par ailleurs de très intéressantes postfaces) et dont chaque épisode était confié à une équipe différente, l'idée est apparu comme une évidence. Et pourtant, aussi étrange que ça puisse paraître, il s'agit là de la toute première tentative d'adaptation franco-belge, au format franco-belge, des textes d'Howard. Ever. Quoi de plus logique, alors, que de commencer par ce qui en est immanquablement le texte le plus marquant ? Signée du papa de Sillage et du dessinateur de Sinbad et Moby Dick (un gars qui connait bien la mer, donc), La Reine de la Côte Noire plait surtout par sa fluidité, tant graphique (y a un fond de Tim Sale dans le trait d'Alary qui me plait tout particulièrement) que narrative, offrant une entrée en matière tout à fait pertinente et curieusement (ou pas) très originale, espèce de manifeste d'engagement à ne surtout pas faire comme les bédéastes américains. Indiscutablement, c'est réussi, mais reste que, pour tout ce qu'elle est objectivement excellente, cette nouvelle lecture m'a surtout permis de me rendre compte à quel point, au delà du personnage particulièrement marquant de Bêlit et des idées intrigantes développées par Howard dans la compréhension globale de son héros, La Reine de la Côte Noire est un récit que je trouve de plus en plus fade et froid. Je crois que Conan sans le soufre et le sable, ça ne m'intéresse pas beaucoup. Alors... alors, il y a Le Colosse noir, épique sourd et épicé plein de magie et de sang (à mes oreilles, il sonne comme une chanson de Demonauta). Au service sur cet épisode, Ronan Toulhoat (que je ne connaissais pas) offre une vision beaucoup plus viscérale de l'Age Hyborien, son Conan est un monstre massif au visage rude, ses paysages sont arides et ses batailles d'immenses visions de cauchemar monochrome. Pour tout ce que la nouvelle elle-même offre de pop et d'infiniment moins recherché que La Reine de la Côte Noire, le trait de cette adaptation lui rend un souffle barbare primaire absolument dantesque. Et non, je n'ai pas choisi ce mot au hasard ; corps tordus, échelle de folie, squelettes, monstres et soldats éventrés, Toulhoat s'est fait plaisir et ça se voit. Et pour être honnête, il n'y a de toute façon rien d'autre à voir dans ces premiers volumes dédiés au cimmérien : les histoires sont connues, et si leur transcription s'avère particulièrement habile d'un point de vue scénaristique (tant Morvan que Brugeas connaissent parfaitement leur medium, et l'usage de "cases flashbacks", d'inserts et de nombreux procédés narratifs typiquement séquentiels changent agréablement le rythme de lecture), c'est bien pour la vision particulière de ses artistes qu'on retiendra cette collection. Et si j'ai préféré me concentrer ici sur la première fournée, comptant que l'automne a aussi vu paraître des tomes 3 et 4 (l'iconique Au delà de la Rivière Noire en septembre et une version considérablement étoffée de La Fille du géant de gel en novembre) plus discrets promotionnellement mais de toute aussi bonne qualité éditorialement, c'est sacrément bien parti.

Melissa F. Olson - Outbreak (Tor.com, 5 juin)
J'ai déjà répété trois ou quatre fois (si pas plus) depuis que je fais ces sélections ne pas aimer coller d'épisodes random de cycles à la numérotation aléatoire, et ça tombe bien, car Outbreak est le dernier volet de Nightshades (au pluriel, à n'pas confondre avec la cochonnerie d'Andrea Cremer, ou avec les Immortals after dark de Kresley Cole, renommés Ombres de la nuit en France), une trilogie de nouvelles policières vampiriques numériques (only, y a pas de version papier de ce truc, et pas de VF non plus). J'ai découvert l'existence de ce charmant projet l'an dernier, lors de la publication du numéro 2 par Tor.com, mais je n'avais pas pris le temps de les lire. Par un hasard fortuit, c'est précisément les bouquins que j'ai lancé sur ma liseuse après avoir terminé Vellit Boe au début du printemps, pile au moment où était annoncée la date de sortie du numéro 3. Il m'a fallu trois chapitres (dont deux d'exposition) pour complètement accrocher au machin ; c'est simple et sans faux-col, c'est du vrai bon polar où tu cherches derrière l'enquêteur, avec, donc, un twist assoiffé de sang pour épicer la sauce. Le truc le plus intrigant dans ces (e-)bouquins est d'ailleurs de prendre ce dernier point un peu par dessus la jambe. Comprenez que les gens de cet univers, sans doute aussi blasés que des millenials en vacances sur la côte normande, n'en ont juste rien à foutre qu'il y ai des vampires dans le monde. Pire!, la seule réaction, ç'a été une série de manifestations concernant des trucs civiques, genre SJW de l'apocalypse urban fantasy. Le parti-pris marche vraiment bien, personne ne veut avoir affaire à ces trucs, l'Etat ne sait pas vraiment traiter le problème (l'apparition des vampires -les "ombres" du titre- est épidémique, avec une maladie pseudo-scientifique proche de ce qu'on peut trouver dans Blade), et les bestioles se baladent plus ou moins à l'air libre depuis des siècles en coinçant des jeunes filles dans les ruelles sombres comme des vieux muggers d'Harlem. Comme toute société secrète, ils sont aussi savamment désorganisés, réunis plus ou moins aléatoirement en petits groupes autour de leaders forts (on n'est pas dans Underworld, c'est pas une armée). C'est à un de ces petits groupes (et à ses tensions internes) qu'a du faire face Alex McKenna, le nouveau boss du Bureau of Preternatural Investigations de Chicago, dans le premier volet, avant d'enquêter sur l'étrange (et sanglante) évasion d'un teenager suspecté d'être un Shade dans le deuxième. Lire les deux à la suite m'avait permis non seulement de prendre en pleine face l'indiscutable évolution (comme si Olson se sentait plus à l'aise avec son sujet) d'une histoire à l'autre, mais surtout d'installer une certaine tension, un truc quasi palpable dans ces étranges histoires (then again, j'adore l'urban fantasy, donc fatalement, ça me hype pas mal), grâce à ses nombreux éléments filés. Explosive conclusion, l'épisode 3 monte encore le voltage d'un cran, mélangeant purement et simplement des versions "cranked to 11" des deux premières intrigues et ajoutant par dessus une couche de discorde en collant les affaires internes au cul du héros et de son assistante, une vampire au passé mystérieux. Le résultat, c'est une course-poursuite à tiroir haletante pleine de secrets et un des tous meilleurs thrillers paranormaux que j'ai lu ces dernières années, expédié vitesse grand V sur environ (trois fois) 150 pages. Bon, 'faut lire l'anglais (car, je le répète, y a pas de VF), mais si c'est le cas, ça pèse moins de quelques heures par épisode si vous lisez aussi vite que moi (et j'lis pas vite), et c'est passionnant.

Paul Maybury - Hunters (Lion Forge, 13 juin)
Le hasard vous fait parfois trouver des choses... hasardeuses. Pitchée et éditée par Paul Maybury (respecté quoique discret auteur de comics indé), scénarisée par Josh Tierney (même remarque) et illustrée par quatorze artistes tout aussi talentueux et inconnus du grand public, Hunters est un épique de fantasy qui rappelle autant la mode récente des aventures nordiques que celle plus ancienne des campagnes de D&D adaptées en roman. C'est, bien basiquement, un mélange entre Beowulf et Dragonlance, et c'est étonnement bien foutu, narré au format anthologique (d'où la profusion d'artistes) afin d'explorer chaque facette des nombreux héros rassemblés dans une quête un peu vaine pour sauver un roi maudit d'un dieu inconnu planqué sur une île abandonnée. Là où le processus créatif devient particulièrement intéressant d'un point de vue narratif, c'est quand on apprend que chaque personnage a été designé par un des illustrateurs (sachant que Maybury en est un également, même s'il ne dessine pas ici), offrant au cast une variété de looks assez intrigante et justifiant d'autant la diversité des styles graphiques et scénaristiques de chaque segment. Parfois bruts, parfois introspectifs, ces derniers créent un environnement de mystère sourd, froid, étrange et inquiétant mais jamais complètement effrayant (bien aidé en ça par la palette globale très pastel) - certaines histoires sont à ce titre particulièrement surprenantes, tirant parfois franchement sur la bédé enfantine, contribuant encore à faire de cette aventure avant tout quelque chose de fantastique et merveilleux, malgré l'inconnu et les dangers. Un bien beau bouquin.

Worlds seen in passing: Ten years of Tor.com short fiction (Tor.com, 4 septembre)
Une compilation de ce qu'un petit blog d'éditeur (Tor/Forge, en l'occurrence) devenu leader de la critique pop et éditeur numérique de son plein droit (en 2014) a eu à offrir depuis son ouverture, quelques mois seulement après sa création en juillet 2008, à la fiction courte. Edité comme il se doit par Irene Gallo (la Directrice de création de Tor Books en personne), avec du Ken Liu, du Marie Brennan, du Kij Johnson, du Jeff Vandermeer et du Cassandra Khaw (et plein d'autres) dedans, l'anniversaire des 10 ans de Tor.com (ce qui me fait au passage me rendre compte que je lis ce site quotidiennement depuis presque 8 ans), c'est 600 pages de voyages dans des mondes étranges, d'enfants perdus dans l'espace, de premiers contacts investigateurs, de privés hardboiled sous les néons et de fashionistas littéralement électriques ; c'est, tout net, la collection de nouvelles la plus impressionnante que j'ai vue ou lue depuis des plombes. Ou comment prouver, l'air de rien, qu'on est bien ce qu'on prétend : plus que le meilleur "magazine" Science-Fiction & Fantasy du web anglophone (avec un paquet de distinctions à son actif), surtout la place où aller lire de la short fiction sur le net. Mon seul regret, c'est le choix de The Sight of Akresa plutôt que Schrödinger's Gun pour Ray WoodSchrödinger's Gun est, de loin, ma nouvelle favorite de l'interminable catalogue de Tor.com.

Vincent Perriot - Negalyod (Casterman, 5 septembre)
L'une de mes hantises en bédé franco-belge est d'invariablement tomber sur des "volume 1" (cette année, j'ai eu ça avec L'Orphelin de Perdide et L'Age d'or) de trucs qui vont mettre cinq ou six ans à se boucler, si tant est qu'ils se bouclent un jour ("c'est pour dans six mois" disais-je ainsi à propos d'un tome 2 de La Horde du Contrevent... ben makache, j'attends toujours). Alors quand j'en trouve une qui pèse 200 pages de one-shot d'épique science-fictionnel ultraconcentré, avec des dinos partout et une gigantesque cité futuriste en sus, pensez si ça fait papillonner mes paupières. Ce qui est rigolo (rigolo-bizarre, pas rigolo-haha), c'est qu'en dehors d'une liste de références, on en serait presque à avouer ne pas avoir grand chose à dire sur cette bande dessinée. A mi chemin entre la fable écolo et l'anticipation post-apo, Negalyod a une qualité que je ne saurais qualifier autrement que "très 80s" ; on y sent l'influence de Bilal et Hermann, on y voit celle de Moebius et Toff, créant un cocktail aussi original que curieusement familier, mis en scène dans un univers franchement aguicheur, sorte de western paléo-futuriste plein de poussière et de contrôle totalitaire. Emprunt d'une certaine dose de spiritualisme, le récit ultralinéaire se suit sans le moindre déplaisir, manquant peut-être un peu de fond mais certainement pas de caractère. Tout semble être fait et pensé comme un immense hommage informel aux grandes épopées de Metal Hurlant, mais Perriot n'en oublie pas d'être ambitieux, et sa bédé se lit comme un gigantesque kaléidoscope de la SF bédéphile francophone, graphiquement sublime, narrativement serré, immersif et dépaysant. Negalyod, c'est le genre d'oeuvre "comfort-food" à l'idée rafraîchissante mais à la saveur réconfortante qu'on aime avoir (et à voir) dans sa bibliothèque.

Steve Niles et Bernie Wrightson - Frankenstein: Alive, Alive! Complete Collection (IDW, 30 octobre)
En 1983, Marvel publiait une réédition du Frankenstein de Mary Shelley, dans sa version de 1831, complète, avec cinquante illustrations de l'immense Bernie Wrightson (et une préface de Stephen King). Deux décades et plusieurs changements d'éditeurs et de formes plus tard (Dark Horse l'a proposé tel quel en 2008 -c'est la version de référence, éditée en VF chez Soleil-, mais il existe aussi des versions avec uniquement les planches de l'artiste), en 2012, Wrightson revenait au personnage, en compagnie du scénariste Steve Niles (30 Jours de nuit), avec Alive, Alive!. Trois épisodes sortirent, valant à leurs auteurs le National Cartoonists Society's Award en 2013, mais l'histoire demeurait incomplète. Elle l'a été jusqu'à ce printemps, quand IDW rééditait les trois numéros en guise d'apéritif avant un quatrième et ultime épisode (sorti en mars et terminé, à la demande de Wrightson, avec l'aide de Kelley "Sandman" Jones), un an presque jour pour jour après la mort du papa de Swamp Thing et en plein centenaire de la première édition du roman de Shelley. The Complete Collection est, comme son nom l'indique, la première parution a enfin proposer cette étrange histoire dans son intégralité. Alive, Alive! est la suite immédiate du roman, réalisée bien évidemment dans le style de sa "réinvention" par Wrightson et profitant de sa nature apocryphe pour passer du format gravure à une véritable bande dessinée. Loin de la figure iconique de Boris Karloff, la créature y est un monstre cadavérique et noueux (dans un style très proche du Spawn of Frankenstein développé par Len Wein -son compère sur Swamp Thing- au début des années 70), mélancolique et hanté, à la recherche d'un brin d'humanité. Si vous êtes venu pour le grotesque monstre de foire que la pop culture a fait de son incarnation Universal, vous vous êtes trompé de bouquin. Lourdement existentialiste, l'oeuvre fantôme de Niles et Wrightson suinte de l'image et de la pensée gothique dont elle se veut héritière, miroir déformé et déformant de la psyché humaine avant-tout. Le rythme est pesant, chaque retournement profondément fataliste, Niles sait y faire en ambiances et en récits désespérés (on ne lui doit pas la meilleure adaptation séquentielle de Je suis une légende pour rien), parfaitement secondé par la fantastique maîtrise du noir et blanc de Wrightson. Ou est-ce l'inverse ? Le texte, quasi exclusivement en récitatifs, laissant un maximum de place pour que le dessin puisse s'exprimer au fil d'énormes compositions, véritables plaques s'inscrivant clairement dans le style gravure des illustrations d'origine (au point que le disparition de Wrightson soit particulièrement palpable dans les dernières pages, bien plus "BD"). Je dis souvent d'oeuvres qu'elles ont un "souffle", mais rares sont celles qui grondent comme Alive, Alive!. Qu'on ose encore débattre de l'appellation 9ème Art après ce genre de pièce...
A noter qu'en guise de compagnon d'excellent goût, IDW a aussi réédité, dans une superbe reliure noir et blanc, l'adaptation du Dracula de Coppola par Roy Thomas et Mike Mignola (originellement parue -en full color- chez Topps Comics en 1992 et proprement introuvable depuis 25ans). En VF, Alive, Alive! est dispo chez Soleil comme son prédécesseur, et Dracula chez Delcourt.

Milo Marana - Le Caravage, tome 2: La Grâce (Glénat, 28 novembre)
"Enfin !" hurlais-je en mon intérieur de moi-même un beau soir d'automne. Enfin, trois ans après le premier volume, voila les cinquante-quatre dernières planches du diptyque de pinceau et d'épée de Manara. Dédié comme son nom l'indique au grand-maître du clair-obscur, Le Caravage a tout d'une bédé d'aventure, et à raison, tant la vie du peintre a été tumultueuse. Accusé de meurtre, il fuit ici Rome pour aller se planquer dans un cirque... et recommencer à peindre, à bretter, et à dragouner tout ce qui porte une jupe. Non, Le Caravage n'était pas un saint, il était arrogant, susceptible, impulsif et aimait un peu trop les petits(?) plaisirs de la vie, mais il a laissé une oeuvre immortelle, et j'ai du mal à imaginer quelqu'un d'autre que Milo Manara pour illustrer sa vie et l'Italie du tournant du seicento. Ses planches sont un régal, tirant évidement parti de l'appui fortement artistique des tableaux qui les parsèment, et il en recrée décors et drapés avec un plaisir non feint ; c'est baroque, excessif, hyperexpressif, coloré en grosses couches, et c'est magnifique. Loin d'être une simple biographie dessinée (je le répète, mais Michelangelo Merisi da Caravaggio a eu une vie aussi courte -il est mort à 38ans- qu'absolument dingue, et on n'en a ici qu'une version), Le Caravage est un véritable drame épique aux meurs brutaux et charnels, espèce de manifeste tardif du bédéaste, dont il est un projet de longue date, et se fait la parfaite illustration de sa propre oeuvre, ouvertement inspirée des classiques et fruit de cette "école latine" hyperréaliste et outrancière des années 70-80 dont il fut, avec des artistes comme Juan Gimenez, l'un des fers de lance. Et si j'en liste ici le tome 2, il va sans dire que vous devez lire ce truc en entier.


Quelques mentions, à présent, parce qu'il n'y a évidemment pas assez de place dans un top-11.
La Piste du prêcheur, premier tome de Lonesome d'Yves Swolfs, monsieur Durango sur une nouvelle série spagh' au parfum ésotérique (pour une raison aléatoire, le western était d'ailleurs à la mode en début d'année, avec aussi le tome 2 de Duke, que j'ai pas lu, et le 10 de Bouncer, par Boucq tout seul, sans Jodo et sans verve). Edité en VF par le tout jeune Snorgleux comics (qui s'est aussi offert une réédition complète de la saga Elfquest), le premier volume d'Insexts de Marguerite Bennett était fort d'une idée de départ absolument superbe et d'un dessin (signé Ariela Kristantina) tout aussi excellent, mais aussi beaucoup trop comicbook-y et irrégulier dans sa réalisation pour mériter mieux qu'une mention "curiosité". De même pour The Once and Future Tarzan d'Alan Gordon, Thomas Yeates et Bo Hampton, version allongée d'un vieux one-shot de chez Dark Horse, et The Greatest Adventure, crossover fou réunissant tous les héros (et héroïnes) de Burroughs chez Dynamite, deux pulperies pleines de bonnes idées mais aux rendus finaux quelque peu déficients. Oh, et le premier tome des Nanofictions de Patrick Baud, déjà lisibles sur cuicui.
Mentions réédition pour la collection Hellboy Omnibus de Dark Horse, toute la saga dans l'ordre chronologique en six gigantesques volumes pour fêter dignement la fin de la série, et la version anglaise du livre de Bruce "ePenser" Benamran, How to talk science, avec une hilarante préface du précieux Michael "VSauce" Stevens.
Sur un tout autre plan, le comic-strip Nancy, chef-d'oeuvre du minimalisme enfantin vieux de près de 85ans (et un des premiers strips que j'ai lu de ma vie), vient de subir une étonnante révolution sous la plume -encore plus dépouillée- d'Olivia Jaimes, avec force vannes meta et un bon technologique impressionnant (jusque là, le strip était resté sur sa base et n'avait jamais dépassé le niveau technique -ni social- des 50s ; maintenant, on sort son smartphone et on fait des vannes sur les médias) et avec le style deadpan qu'a toujours eu Nancy -et l'inévitable backlash qu'a reçu le changement de la part des vieux fans grégaires-, ça marche à mort. C'est Mark Tatulli, le papa de Lio, qui en parle le mieux.


Je pourrais ajouter des tas de considérations diverses, notamment sur mon esquive volontaire du final du Problème à trois corps de Liu Cixin (je crois que mon attrait pour ce récit s'effrite avec sa progression temporelle, en fait : plus ça va dans le futur, plus j'm'en fous) ou la conclusion de la Trilogie du Rempart (vous savez, Annihilation) parue en VF (chez Acte Sud) pile pour la sortie du film, mais vu ma gueule devant le premier (that thing is scary), on va pas tenter le diable, hein (pas vu le flim non plus, d'ailleurs), ou sur l'absence d'édition numérique de bien trop de livres intéressants (l'intégrale de Perils on Planet X chez Atomic pulp, par exemple, j'ai d'mandé, j'me suis fait envoyé chier comme si j'avais insulté le Livre tout-puissant ; à ce niveau-là j'aurais presque préféré ne pas avoir de réponse), ou sur comment Barbarella réinventée par Dynamite c'est de la merde, mais on va s'arrêter là, ce post est déjà bien assez long.
Tout au plus insisterais-je pour une eulogie pour ma "carrière" de lecteur de superhéros : déjà que ça commence à sérieusement me gonfler au cinéma (Black Panther et Infinity War étaient de belles baudruches racoleuses pleine de vide, sans parler des cochonneries pseudo-subversives à la Deadpool), mais le modèle comics a fini lui aussi par me courir sur le haricot. Le pire, c'est que je filtrais déjà très fin, ayant abandonné Marvel et DC depuis cinq ou six ans maintenant, mais même la vague indé a fini sur le carreau. Le Black Hammer de Dark Horse, pourtant une très bonne série très meta et critique sur le sujet, est parti complètement en banane avec sa mini-série Age of Doom, les dernières absurdités de Dynamite (encore eux...) avec les héros Gold Key m'ont franchement peinées (Sovereign est un non-évènement totalement inconséquent avec une amorce de reboot gritty inutile à la ligne éditoriale plus que douteuse - Magnus passe encore, y a de l'idée à défaut d'une direction, mais Turok, grands dieux... et le cliffhanger final...), et la continuité de Valiant m'a tuer : six ans après, ce qui faisait la force de son univers étendu à l'heure des premiers "Summer of Valiant", quand la boite ne proposait que quatre ou cinq séries en parallèle, est devenu une caravane balourde et envahissante à laquelle il est difficile de trouver un point d'attache : j'ai lu les TPBs du début d'année (SavageWarmother, un bout de Bloodshot Salvation et le dernier Faith) en diagonale et en hallucinant, il m'a vraiment manqué un gros bout de l'histoire, j'ai pas tout compris c'qui s'passait, et surtout, je me suis rendu compte que je me contrefoutais de comprendre. Ca m'intéresse plus.


Oh, et pour le top cinéma, 'faudra attendre encore un peu. 'Me reste des films à rattraper et les sorties blouré/dévédé/véodé ne se feront pas avant février...