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lundi 15 mai 2017

Random work of wow : entre Terre et Mars

Je viens de tomber sur ces superbes posters de Matt Taylor, un des artistes de Black Dragon Press. Y a plein d'autres trucs cools dans leur catalogue, de Sherlock à Poe en passant par Tarkovsky. A 40£ pièce, c'est p'tet' un poil cher, mais ça ferait joli dans le hall, c'est certain.


mardi 3 janvier 2017

Onze... films de 2016

Après la littérature, le cinéma.
Et 2016 fut un excellent cru. Je n'avais pas vécu une année aussi cinématographiquement exaltante depuis un bout de temps. 'Faut aussi dire que j'ai pas vraiment profité du cinéma depuis un bout de temps. Il y a encore quelques années de ça, j'habitais à 500m d'un cinéma de quartier au tarif plancher, et sans compter les affres du transport campagnard, je suis moyen chaud pour bouger à 30bornes et dépenser 19€ pour aller voir des trucs à la qualité somme toute relative (surtout en VF...). Ainsi donc, si mes goûts n'ont foncièrement pas changé (et sont les même qu'en littérature, en toute logique), j'en profite assurément nettement moins, me retranchant sur une VOD au facteur eye-candy autrement plus limité et aux dates de sorties assez aléatoires. Toutefois, disais-je, cette année fut exaltante, diablement fun, et rattrape un exercice 2015 pour lequel je ne faisais pas encore de top mais que j'avais trouvé absolument dégueulasse. J'ai pris un pied monumental à regarder des romances SF mielleuses au ras des pâquerettes, des aventures de l'ouest bêtes comme un canon de peacemaker, des rocambolesqueries junglesques ultra communicatives, et tout un tas de trucs dont je connaissais la bassesse avant même d'en voir la moindre image ; et si j'ai vu parmi tous ces films des tas de trucs bien plus malins qu'ils n'y semblaient, chacun d'eux m'a aussi et avant tout comblé au delà de mes plus pop espérances.
Et comme pour les livres, ils seront rangés sans ordre de préférence, par date de sortie. (Et par simplicité, je donne les titres en VO.)


Synchronicity (22 janvier)
Je suis tombé par hasard sur Synchronicity, film low-budget présenté en avant première au Fantasia International Film Festival en juillet dernier et sorti officiellement cet hiver en VOD. La présence de Michael Ironside m'avait tenté, la promesse d'une histoire d'amour temporelle intrigué, et vers la vingtième minute, j'étais juste scotché à mon écran. Film d'ambiance bleuté se passant dans des années 80 indisctinctes, Synchronicity aborde le voyage dans le temps de manière fort actuelle (et réaliste, quoique totalement inexacte) tout en surfant sur toute une vague de visuels ultra-codifiés de la SF de la période qu'il réimagine, des intérieurs à la Highlander 2 (la chambre d'Abby, c'est l'appart de Connor) aux néons blafards dans des rues enfumées. La musique, tout comme le rythme, emprunte (voire pompe) Blade Runner, et tout baigne dans une atmosphère étrangement commune tandis que le scénario s'amuse avec des cordes qui n'ont rien de quantiques. Et j'adore quand je devine la fin d'un film à sa cinquième minute mais qu'il arrive quand même à me surprendre par la façon dont il la révèle. Prévisible, mais esthétique, bien monté et envoûtant, Synchronicity enfonce largement les espérances de son statut sans-le-sous et, sous couvert de SF dure et de course à la technologie, propose effectivement une jolie histoire d'amour.

Jane Got a Gun (27 janvier)
Quand j'ai vu ce film début juin, au bout de la nuit et de l'ennui, je ne m'attendais à rien. Le trailer était chouette, mais en me renseignant un peu, j'avais vu que sa production avait été un long purgatoire, avec 45 changements de cast, le départ de sa réalisatrice la veille du début du tournage et la perte du directeur photo. D'un film de femmes par des femmes, porté depuis le début par son actrice principale, Jane Got a Gun est devenu un truc hybride qui a encore pris deux ans après son premier coup de clap pour voir le jour. Le résultat ? Un slow burn basique de défense de maison avec des personnages forts en gueules, un western sec et froid curieusement contemplatif à la mode de maintenant, ouvertement féministe, fait de tensions muettes et dont le coeur/retournement "rien de tout cela ne serait arrivé si on n'avait pas été cons sept ans avant" n'empêche pas d'avancer malgré la tristesse de la réalisation. Portman y campe une dame autrement moins bête et putassière que la Annie Caulder de Raquel Welch (ce qui me faisait le plus peur vu le pitch), et la simplicité du récit offre beaucoup de place à des héros durs et meurtris mais franchement attachants. Ca ne porte honnêtement pas loin, mais c'est impeccablement construit et raconté. Et puis l'épilogue me fait craquer, et dans l'ouest lugubre et poussiéreux du film, le contraste est juste superbe.

Gods of Egypt (24 fevrier)
Dans mon intro, je disais "conneries communicatives dont je connaissais la bassesse [avant d'entrer dans la salle]", mais Gods of Egypt est vraiment un poisson à part dans le grand océan des bêtises hollywoodiennes de l'année. Après son mondialement décrié premier trailer, ce film était tellement sur ma liste que c'en était royalement injuste pour toutes les perles de substance que nous a offert le 7eme Art, mais j'en avais tout aussi royalement rien à cirer. Je devais voir ça. Le pire, c'est que je m'attendais "juste" à un film bête et niais, je le voyais comme un Roland Emmerich des nineties, un blockbuster positif et fun prompt à me rappeler quand j'étais môme et que je regardais des "films d'aventure" sans autre prétention que le divertissement. Sauf que non. Oooooh non. Avec ce croisement aléatoire et pourtant tellement logique entre Stargate, Les Chevaliers du Zodiaque et God of War, Alex Proyas accouche d'un engin délirant que jamais je n'aurais cru voir en 2016 dans un blockbuster à 250millions de dollars. Certes, la critique y aura vu un film bancal, basique, bête comme ses pieds et dont la moitié des acteurs ont l'air de se foutre (eux aussi) royalement (Butler excessif en rageux binaire, Jaimie Lanister juste vide, Black Panther gaybotine comme un cochon et Geoffrey Rush fait des grimaces devant un fond vert à chacune de ses apparitions), mais c'est oublier l'insanité globale du machin et le sérieux confondant avec lequel il est mis en scène, qui parviennent à emporter allez savoir comment cette indicible adhésion de grande gamelle involontaire. Son scénar' de jeu vidéo et son visuel bariolé de toku nippon en font de ces divertissements croustillants du samedi soir entre potes. J'étais dedans et parfaitement au fait de la bêtise intrisèque à l'entreprise rien que sur le principe bête et méchant des dieux à mi chemin entre des Transformers et des Chevaliers d'or ('faut tellement une version alternative avec un générique de Bernard Minet), mais c'est bien le ton du film, complètement premier degré, qui lui vaut sa place ici - avec Gods of Egypt, j'ai vécu un vrai grand et incroyablement improbable moment de cinéma : j'ai vu, de mes propres yeux, la naissance d'un nanar. Si. Un nanar en puissance, pur, la définition même du terme, le truc pas fait exprès, tourné avec une foi inébranlable mais finalement désespérément foiré, fauché, baroque jusqu'à l'absurde et complètement n'importe-quoi qui prend totalement par surprise. Gods of Egypt rate, puissance mille, absolument tout ce qu'il entreprend, et la chute est tout bonnement hallucinante de drôlerie accidentelle. Ce pauvre Alex Proyas est définitivement convaincu d'avoir fait un beau et bon film en hommage puissant à sa belle Egypte, et moi, je sais que la seule gloire qu'il aura jamais, c'est une page sur Nanarland et une place de choix dans un étal de vidéoclub ; une gloire de bonbon mou trop sucré parfum foirade de l'impossible que son premier degré transporte aux frontières de l'exceptionnel, un dérapage totalement incontrôlé qui accouche d'un objet cinéphilique d'une autre galaxie, un carnaval insensé et kitsch qu'on regarde ébahi (et mort de rire) en se demandant "comment ?"

The Jungle Book (13 avril)
Les premiers singes de l'année, parfait apéritif avant Tarzan ? J'étais pas sûr. Je partais avec beaucoup de curiosité mais aussi d'appréhension, les bande annonces me laissant un a-priori hyper négatif sur son traitement graphique. Ca avait l'air réaliste jusqu'à la faute, très, trop sombre (genre "grim&gritty post-Nolan des années 2010 ultracontrastées" sombre), avec des animaux aux allures de véritables monstres fantastiques. Ca me rappelait le Legend de Ridley Scott (un de mes pires souvenirs de jeunesse), un film au prémice du dimanche matin que le ton et le graphisme rendaient tout simplement insupportable à mes yeux. J'ai aussi eu peur du "syndrome Maléfique" et du film qui ne va pas au bout de son idée... Et au final... Au final, c'est un très très bon remake d'un très très bon film (surtout que, à cinquante ans d'intervalle, y a prescription). Les deux univers, l'enfantin et le réaliste, se télescopent bel et bien (les premières minutes sont très étranges) mais le film trouve un équilibre quasi contre-nature entre les deux (au moment de la scène du rocher de la paix, en fait), parvenant à émerveiller autant qu'à effrayer sans jamais donner l'impression d'aller vers l'un ou l'autre au hasard, jusqu'à un final enflammé honnêtement surprenant où les rôles s'inversent pendant une fraction de seconde. Le Livre de la jungle nouvelle formule a beau présenter des animaux et une jungle true-to-life, l'histoire reste bigger-than, fantaisiste et fraîche dans sa caractérisation, dans une jungle pleine de couleurs, avec des personnages attachants, beaucoup d'humour, s'offrant même deux chansons qui n'ont strictement rien à foutre là (Bare Necessities passe encore, mais Walken qui récite I Wanna Be Like You, c'est deux pleines minutes de torture), et ses monstres ne peuvent rien devant la majesté et la féérie de la jungle (les éléphants, bordel...). Peut-être que je l'apprécie d'autant plus que j'avais très peur de le voir, qui sait, toujours est-il que j'en ai pris plein les yeux (j'aurais même voulu plus de Kaa, qui était le perso que je craignais le plus, pour d'évidentes johansonesques raisons) et que je l'ai revu deux ou trois fois depuis avec le même plaisir. Ce film est remarquablement beau, et ça n'a l'air de rien, mais le gamin qui joue Mowgli s'éclate comme un fou, ça se voit, et en tant que seul humain du casting, son plaisir est ultra communicatif. Le pire dans tout ça, c'est que ce film que j'attendais comme apéritif négligeable et qui m'a tant surpris s'est bel et bien être avéré le parfait pendant de Tarzan, mais à l'envers, parce que Tarzan, c'était très très très très très très (très très...) nul.

Criminal (4 mai)
Un jour, avec ma maman et ma p'tite soeur, on a décidé de passer un après-midi polar au ciné. Moi, je voulais voir Kevin Costner avec les souvenirs d'un espion casser des bras comme un Liam Neeson toxicomane, et j'ai laissé ma maman et ma p'tite soeur choisir l'autre. Permettez-moi d'appuyer sur le goût particulièrement exquis de ces dames, qui ont choisi Money Monster, un thriller économique sur fond de prise d'otage étonnement solide, sinon convenu, qui propose quelques vrais instants d'accrochage à son siège et présente Jodie Foster comme une réalisatrice à suivre. Après avoir vu les deux films, j'avais même mis Money Monster à cette même place, définitivement le meilleur film des deux. Sauf qu'au moment de finaliser ma liste, j'avais oublié Money Monster, alors que Criminal m'était fermement resté en tête. J'aime Costner environ mille fois plus que Roberts et Clooney, ce qui aide forcément, et le prémice en lui-même m'intéressait de toute façon beaucoup plus à la base, mais si je ne peux aujourd'hui décemment pas faire cette liste sans ce film, en sortant de la salle, j'étais beaucoup plus mitigé. J'avais un (plusieurs) gros soucis sur le rythme, l'originalité toute relative du scénario et le côté résolument cliché de nombreux éléments clés du récit qui le faisaient passer pour un bête film d'action rédempteur au bon fond assumé qui voit le pire des salopards sauvé par la justesse d'un autre parti trop tôt. C'est à la réflexion, à l'impact résiduel, que Criminal prend toute sa valeur. Il y a quelques images très fortes, des échanges vraiment superbes entre Costner et Gadot, et le dernier plan, qui m'avait vraiment mis mal à l'aise au cinéma et que je trouve toujours profondément creepy, a fini par emporter mon indéfectible adhésion à force d'y penser. Je me suis aussi rendu compte que son réalisateur était l'auteur de The Iceman, aux thématiques très proches, plein de ces scènes "beauté du mal" très dérangeantes, et lui aussi servi par un casting cinq étoiles, remettant à rebours pas mal d'éléments en place. Criminal est une course-poursuite spy-fy prévisible mais beaucoup moins terre-à-terre qu'il n'y parait, à la cinématographie efficace quoiqu'inégale, qui me laisse éminemment partagé sur ses qualités narratives mais qui fait définitivement partie de ces films qui restent en tête pour plein de bonnes raisons. Et je ne pouvais pas ne pas en parler.

Equals (26 mai en VOD, initialement présenté en septembre 2015 à la Mostra de Venise)
I'm a sucker for scifi romance, j'l'ai d'ja dit ; Ex Machina m'avait presque fait tomber pour un robot l'an dernier (c'est très rigolo de se souvenir de ça quand, quelques mois avant d'écrire ces lignes, on a lu Les Androides rêvent-ils de titres à rallonge en entier pour la première fois et qu'on s'est dit que, si c'était nous, on serait parti avec Rachel), et j'ai la malchance(?) de réellement apprécier Kristen Stewart, alors... J'ai tenté. Mélange entre un Gattaca moderne, des restants de THX et un monde 1984ien délateur au possible, tourné dans ce que je suis persuadé être des leftovers du The Island de Michael Bay, Equals a un monde qui n'a pas beaucoup de sens, et... C'est pas grave, en fait. La bande annonce m'avait filé des frissons hypernégatifs de souvenir Equilibriumiens avec son "no emotions" un peu beaucoup passionnément basique, mais le monde froid et sans vie d'Equals fonctionne grâce à une humanité génétiquement modifiée où l'empathie est, au sens premier, une maladie dégénérative (dont l'imagerie résonne curieusement TRES fort dedans mon intérieur de moi-même) et le film traite le sujet émotionnel comme central. On échappe donc sans peine aux plotholes où on se demande comment des gens font pour se marier et avoir des gosses dans une société où ils prennent tous des medocs antisentiments, et le résultat est une ambiance réellement glaçante. La mise en scène suit, c'est très arty, clipesque, avec un fond sonore entre classique aérien et post-rock cristallin et des flous artistiques colorés filmés caméra au poing, instables et super près des gens, avec un relent insécure désorientant et voyeuriste. Au milieu de ça, une romance un peu niaise mais puissante et bien amenée (et qui passe d'autant mieux que Hoult est un illustrateur, donc déjà susceptible d'être plus désinhibé que ses collègues et avec un moyen de s'exprimer). C'est pas grandiose, mais c'est beau, touchant de simplicité, et ça me fait des choses le long de la colonne vertébrale (le final...). C'est, de loin, le film qui m'est le plus revenu en tête cette année, celui que j'ai le plus revu, que j'ai pris le plus de plaisir à revoir, j'en ai écouté la bande son en boucle, et je pense très sincèrement que c'est mon film favori de 2016. Yea. I am a sucker for sci-fi romance.

Kubo and the Two Strings (13 aout)
Le studio Laika n'est pas tenu par des manches. A l'oeuvre sur Coraline, Paranorman et The Box Trolls, ayant été formé à la grande école d'Henry Jamesetlapèchegéante Selick, Kubo était pourtant leur premier film entièrement réalisé in-house, avec Travis Lnight, lead-animateur, en guise de réal. Le résultat ? Breath-fuckin-tacking. Et vous me pardonnerez la grossièreté. Kubo est beau, épique, fourmillant d'idées, avec un graphisme ciselé (quoique tourné sur fond vert et rehaussé de CGI, le stop motion reste indéniablement palpable et la patte Selick est bien plus présente que dans un Paranorman, par exemple), un casting vocal cinq étoiles et une bande-son absolument magique. Sous le déluge de superlatifs ? Un conte pour enfants sombre mais drôle et gai, habituel de la firme, n'épargnant ni douleur ni cruauté, narré quasiment à la première personne (l'intro est superbe), avec toujours cette touche de fantastique horrifique hyper-référencé, jouant cette fois-ci des monstres nippons pour ajouter à la surprise. Et puis c'est beau. Vraiment beau (du genre à faire regretter de pas l'avoir vu au ciné, même si le dévédé m'a permis de faire pause à tout bout de champ pour regarder les décors - sans rire). On n'atteint, scénaristes et réals étant loin d'en avoir le bagage, pas le niveau de maîtrise d'un Coraline (l'histoire est aussi beaucoup plus convenue, une simple quête initiatique avec ses persos et situations classiques), mais il y a ce "truc" incertain qui rend le voyage, tout prévisible qu'il soit, toujours merveilleux.

The Magnificent Seven (28 septembre)
L'idée me plaisait, le réal me plaisait, le cast me plaisait, les trailers me plaisaient... Le film m'a plu. Aussi simple que ça. Les Sept mercenaires nouvelle version n'a aucune utilité, et c'est précisément tout son intérêt. Le plot est connu (et pas que par l'original, lui-même un remake, et dont le prémice a été repris 115mille fois depuis) mais il y a justement un côté diablement engageant dans cet espèce de cocon scénaristique et caracteriel qui fait que le truc fonctionne. A mort. Ce film est convenu, prévisible et, pour être honnête, très artificiel, mais il a du style et pue la badasserie par tous les pores, espèce de spagh' ultra moderne avec une collection de gueules telle que j'en avais pas vu depuis Sergio Leone et des idées de mise en scène dont la démesure se dispute à l'archétypage (et une musique...). Souvent, il en prend des allures de bédé, bien aidé en ça par une colorimétrie jaunâsse de vieux pulp et des contrastes totalement exagérés. Les héros sont au diapason, Denzel transpire la classe, Pratt est fun, Ethan Hawke fait merveille en sniper hanté, les méchants sont ultra méchants et over-the-top, et si on oublie vite les autres persos, il leur reste quand même assez de temps d'écran (et de chara-design iconique) pour une scène d'anthologie ou deux (j'aime tout spécialement le fait qu'ils aient repris certains gimmicks des originaux mais aient construits des persos totalement différents avec - D'Onofrio et Storm Shadow, notamment). Bon, pour sûr, c'est pas Hell or High Water (sublime western moderne), vous n'allez pas voir Les Sept mercenaires en 2016 pour recevoir le même genre de baffe que pouvait mettre Les Sept mercenaires de 1960, vous y allez pour vous souvenir de la baffe en question. Ce film est un trip nostalgique et gamin, gratuit et désinvolte, le genre de prod' qui démarre autour d'un verre en disant "Hé, viens on fait ça, comme quand on était mômes", et qui le fait superbement bien. C'est pas con, pas prétentieux non plus, c'est juste pour le plaisir. Et en ça, je retrouve Antoine Fuqua : son King Arthur m'avait rappelé pourquoi j'aimais les peplums, ses Sept mercenaires me rappellent pourquoi j'aime les westerns. Et bordel j'aime les westerns.

The Accountant (14 octobre)
Que voila un film intrigant, et le dernier à avoir fait la liste, en vérité. Je pense ne plus avoir besoin d'exprimer mon soft spot pour la spy-fy et les techno-thrillers, j'suis un gamin des films d'action des nineties et j'ai grandi pour en apprécier les évolutions techniques et esthétiques modernes, mais ce goût m'a souvent joué des tours, surtout quand le genre et ses tropes partent tellement dans tous les sens qu'on a encore du mal à savoir si c'est bien de la spy-fy ou du techno-thriller. En l'occurrence, ici, on est plutôt dans le giron pleinement action/one-man-army/pan-pan-boum-boum du truc, puisque plane une (gigantesque) ombre curieusement old-school mais néanmoins très moderne dans la mystéro-Bournerie que cette histoire de tueur-banquier laissait imaginer : John Wick. Difficile en effet de ne pas voir le spectre du nouveau nom de Keanu dans chaque placement de caméra ultra-léché, dans la précision mathématique du personnage comme de ses plans d'action, et dans la violence au visage froid qu'il décharge sans prévenir... De là vient aussi ce qui est à mon goût le pire défaut du film (faire de l'autisme un superpouvoir), mais comme chez Wick, comme chez Bourne et comme chez tous ces héros qui ont à leur manière redynamisé nos films d'action, ça marche dans la logique interne du récit. Et le perso est vraiment bon ! Certes, il est absurde, le prémice même est absurde, mais une fois l'incrédulité suspendue, il marche : c'est pas vraiment un super-héros, c'est un soliste un peu égoïste, sa condition le rend distant et fuyant, il est cheval entre son éducation rude et son hypersensibilité, et il a juste une manière plus qu'évocatrice de la décharger. Il est présenté si sérieusement qu'on n'a pas vraiment l'idée de s'arrêter pour se dire "Hé mais c'est n'importe-quoi". On accepte, parce que c'est comme ça. Et c'est tout ce côté premier degré qui fait le sel de ce genre de pièce au cinéma : parfois ça foire et ça donne Gods of Egypt, parfois ça marche et ça donne The Accountant (ou Mr Wolff en VF, parce que "Le Comptable" ça sonne pas assez badass, je suppose). The Accountant est un suiveur, il n'a rien de révolutionnaire, n'ayant ni la pertinence surprise de son inspiration ni même l'intention de l'avoir ; non, il s'inscrit dans la pure exploitation, et toute la question, c'est de la faire bien. Et The Accountant le fait bien, soigneusement codifié et réalisé (par un monsieur qui n'est pas un manche, d'ailleurs, puisqu'on doit aussi à Gavin O'Connor des trucs comme Warrior ou (tiens tiens) Jane Got a Gun - à croire qu'il est un spécialiste des projets blacklist), exploitant tant les défauts attendus que les qualités expectés de ce genre de production (jusqu'au final revelations-heavy à en devenir ridicule), avec pour principal effet (à part de m'avoir rendu salement impatient de voir John Wick 2 -genre, encore plus que le simple fait de savoir que John Wick 2 va sortir putain-,ce qui, dans sa catégorie d'actionner premier degré badass et cool, est déjà un compliment) de conforter l'amateur du genre dans le fait qu'il aime ces films. Ouaip, encore un film "zone de confort", à croire que j'ai vu que ça cette année...

Jack Reacher: Never go Back (21 octobre)
On m'avait dit et j'avais lu tellement de mal de ce film que je l'ai vu, si en pas en traînant les pieds (Jack Reacher fut de mes favoris de 2012 et j'attendais quand même sa suite, malgré l'absence de Christopher McQuarrie aux manettes, avec beaucoup de curiosité), au moins avec un fort a-priori. Quelle charmante surprise, alors, quand le film s'avère, à défaut d'être spécialement marquant, au moins compétent et conscient de ce qu'il fait. On se laisse assez facilement embarquer par un trio de héros plutôt bien pensé et agréable à suivre, le méchant très méchant est autrement plus inquiétant que Jai Courtney, et si l'intrigue globale se boucle de manière un peu tire-bouchonnée, c'était de toute façon déjà le cas dans le premier film... Alors quoi ? Pourquoi tant de haine ? Eh bien tout simplement, Never go Back n'a, stylistiquement comme scénaristiquement, pas grand chose à voir avec le premier volet, et la comparaison n'est pas franchement flatteuse. Sans compter qu'il est bien basiquement un moins bon film pour commencer, il souffre surtout d'une rupture de rythme assez flagrante et pas toujours maîtrisée par Edward Zwick, qu'on sait plus à l'aise sur des films plus posés (voir Le Dernier samourai ou Blood Diamond). Ce qui est très drôle et très paradoxal, c'est que son CV en faisait réellement un remplaçant tout désigné à l'esthétisme lent que McQuarrie avait développé sur le premier, mais que, justement, Zwick ne maîtrise pas le rythme imposé par la course-poursuite continue de ce second volet, là où McQuarrie avait parfaitement réussi la transition blockbusteresque sur Mission Impossible 5. De là découle un film un peu bâtard, trop propre et trop calibré, trop "Bournien" pour être honnête (ce qui est très drôle à dire quand, justement, la cuvée Bourne annuelle fut l'un des pires films de l'été), et dont le montage ne fait que souligner les errances d'un scénario qui tente à la fois d'humaniser la figure monolithique de Reacher tout en appuyant sur son côté Terminator invincible, auquel il faut ajouter une intrigue espionne qui était déjà strictement prétexte et bête dans le livre... Et c'est précisément là qu'intervient un détail hors-le-film qu'on oublie vite mais qui m'a frappé : ce côté plan-plan mécanique, purement récréatif ou presque, et le passage d'une histoire à l'autre d'un policier quasi contemplatif à de la grosse baston post-militariste, c'est précisément ce qui fait tout le sel des bouquins de Lee Child, auteur au style pulp cinématographique à souhait qui n'a jamais caché écrire pour le fun et pour le fric. Never go Back est, c'est un fait et je l'ai déjà souligné, moins bon que le précédent, mais il est également une parfaite illustration de son matériau d'origine. Il y a quatre ans, Jack Reacher m'avait donné envie de lire ; cet automne, Never go Back m'a rappelé mes sensations de lecture.

Arrival (11 novembre)
Ben oui, Arrival, bien sûr, Arrival. Bon, qu'on soit clair dès le début, je savais quelle réputation avait le film en y allant, je connaissais l'histoire (la nouvelle d'origine est une de mes références absolues en hard SF), j'étais totalement acquis à sa cause et je voulais qu'il m'en mette plein les yeux. Mon biais n'est pas assez prononcé et je n'suis pas assez cinéphile pour vérifier ou commenter le péremptoire consensus qui voudrait que ce soit "le meilleur film de SF de la décennie" ou "le nouveau 2001", mais ce qui est certain, c'est que question m'en mettre plein les yeux, il ne s'est pas fait prier. On sent, surtout dans la mise en scène des tenants militaires de l'opération, ce qui avait fait le succès de Villeneuve sur Sicario, l'image scotche à son siège et le sound design est proprement terrifiant (jusqu'à friser très sérieusement mes extrêmes misophones et nictophobes), le slow burn courant de l'arrivée au camp de base à l'entrée dans le vaisseau extra-terrestre étant probablement, oui, la meilleure pièce de cinéma de l'année. Mais il y a un mais. Parce que la comparaison avec Sicario peut être étendue à tout le film, en fait. Sa structure, son rythme, son découpage, son montage, sa musique, ses personnages, tout. De fait, tant qu'il est question de raconter avec des images (les imbrications des flashbacks/forwards et la confusion temporelle de Louise, par exemple), Villeneuve fait un boulot magistral, mais sa narration hypervisuelle s'accorde (assez logiquement) mal avec une intrigue linguiste étonnement précise, un secret militaire laissé intentionnellement opaque et d'importantes considérations métaphysiques qu'il eut été bon de longuement expliquer, plombant souvent le rythme et diluant peu à peu l'effet boeuf de sa première demi heure. Le scénario semble trop dense, trop touffu pour qu'on en reste à ce brouhaha ambiant, certes parfaitement en phase avec l'état émotionnel d'une héroïne qu'on suit à la première personne, mais qui ne semble jamais réellement maîtrisé (et j'ai tendance à penser que son recours à la voix off est un aveu de faiblesse à ce niveau là). A l'extrême opposé de la première demi-heure de trouve ainsi la dernière, un rush en forme de puzzle -assurément volontairement- incompréhensible dont on récupère certes les pièces maîtresses mais qui laisse de frustrantissimes -et pas tous volontaires- trous, et une partie de moi ne peut s'empêcher de penser que j'ai souvent du à ma connaissance du texte d'origine de boucher ceux qui pleuvent au fil du récit. Reste que Villeneuve sait faire des images, construire des moments et donner de l'impact à ses scènes, et que s'il peine à raconter une histoire, il plante suffisamment de graines dans ses moments forts pour rattraper l'attention parfois glissante de son spectateur (j'avais d'ailleurs aussi eu cette sensation de "ventre mou" au milieu de Sicario, et c'est exactement ce que je craignais sur Arrival) et lui remplir les yeux dès qu'il en a l'occasion. En résulte un bel objet de cinéma, un film effectivement superbe dont les scènes majeures resteront en tête pendant un bout de temps, mais aux faiblesses tout aussi visibles que ses forces. Sa principale qualité, et rafraîchissante originalité, c'est d'être un blockbuster de SF intelligent, sans le moindre coup de poing, une espèce de songe étrange dont le rythme lancinant et la froideur (le réalisme?) ambiante s'accordent aussi paradoxalement que parfaitement à l'improbabilité scénaristique. Je ne sais pas, disais-je, s'il mérite sa dithyrambique réception et sa réputation de futur culte, j'en doute même très certainement, mais il mérite assurément celle qui en fait un bon et beau film, et il a par ailleurs le bon goût de confirmer Villeneuve comme un excellent réalisateur "de l'image" (et ça me pump grave pour Blade Runner 2049, semblant de rien, parce que ça aussi, c'est le genre de film dont je n'attend rien d'autre que du plein les yeux contemplatif - et putain, s'il arrive à avoir son Dune...)

Mentions spéciale
Spartacus (13 mars)
Oui, Spartacus. Y a eu Spartacus au ciné cette année. Mais un Spartacus tout à fait spécial. Voyez-vous, pendant qu'on s'amusait à faire un remake dégueulasse de Ben Hur, j'ai vu un truc très étrange au cinéma cette année. Enfin, étrange... étrange javaisjamaisvuavant, pas étrange bizarre : j'ai été voir un ballet.
Et c'est...... fascinant. Bon, j'ai choisi, hein, j'ai été voir Spartacus, comme ça au moins j'étais sûr d'y trouver un demi intérêt, mais le truc c'est que j'ai vu une des représentations du Bolchoï diffusées au cinéma... Et c'est juste complètement dingue. Ca m'a fait le même genre d'effet que de regarder l'original muet d'un film que je connaissais. Il m'a beaucoup fait penser à ma première vision de Metropolis restauré, par exemple, mais je vais prendre un exemple plus pop et plus parlant : Frankenstein. Le film de 1931 est un remake d'un film muet de 1910, et le screenplay est sensiblement le même, sauf que ça dit rien, c'est du muet, y a juste une bombarde musicale et des gens qui se meuvent à l'écran. Spartacus en ballet, c'est pareil. L'histoire que j'connais, racontée en mouvements amples et affectés. Et narrativement, c'est un truc de dingue. Y manque rien. Toutes les scènes sont super compréhensibles, les danseurs sont tellement expressifs qu'on ne rate absolument rien de qui fomente un mauvais coup ou qui a peur pour l'autre, et dans le même temps, ça virevolte partout, y a des légionnaires qui font des triples axels, des courtisanes qui font des splits par dessus des esclaves prostrés avec emphase, des bergers qui dansent avec des satyres... C'est... Fascinant, ouaip, j'ai pas d'autre mot. Ca compte pas vraiment, mais c'est pourtant la meilleure expérience que j'ai vécue dans un cinéma cette année.


Mentions
Deux docus bédé, d'abord Hergé : à l'ombre de Tintin, portrait comme son nom l'indique du créateur plutôt que de la créature, ce qui n'est pas arrivé souvent (surtout en comparaison du nombre d'études dédiée au petit reporter), puis Lucky Luke - La fabrique du western européen, dédié quant à lui tant aux auteurs qu'au personnage, et surtout à l'impact du cow boy de Morris sur l'imaginaire franco-belge. Zootopia, fun, joli, attachant, avec un putain de bon sujet et beaucoup de finesse, mais tristement incohérent narrativement - et j'aime pas incohérent dans mon polar, même quand les policiers sont des lapins mignons. Warcraft était carrément bon par rapport à la réputation dégueulasse qui le précédait, mais si le graphisme est réussi et le film clairement compétent (en même temps, fiston Bowie n'est pas un branquignol), c'est quand même très moyennement mon délire. Et j'ai regardé Deadpool, au pif, un aprem' d'ennui - c'est très con, pas très bon, narrativement au ras des pâquerettes, trop long (et pourtant ça dure 1h40), la fin pue du tchul et le cassage de quatrième mur à tout bout de champ c'est vraiment très chiant, mais j'ai rigolé comme un stupide d'un bout à l'autre et j'ai pu prouver à mes yeux et mes oreilles que Ryan Reynolds était bel et bien Deadpool en vrai (si, depuis le début, revoyez son Hannibal King dans Blade 3, c'est sidérant), so i guess, hurray ?


J'ai pas de liste d'attente particulière pour l'an prochain (Blade Runner 2049 et John Wick 2, c'tout), aussi finissons avec un mot sur The Legend of Tarzan, si vous le voulez bien.
Pour citer Winnie l'ourson : "oh, misère." Je voulais que ce film marche. Je voulais tellement que ce film marche. Je l'ai même défendu de certaines accusations que je trouvais étranges avant même de l'avoir vu. D'ailleurs, le voir, j'en avais la frousse, les premières images et l'affiche promotionnelle étaient assez dégueu à mon sens. Mais je voulais qu'il marche, j'étais même prêt à me forcer à l'aimer, tant je voulais qu'il venge John Carter. Et... non. Juste non. Merci, sans façon. Je me souviens qu'à l'issue du premier trailer (décembre 2015 quand même), j'avais écrit deux ou trois impressions, comme Margot Robbie qui ressemblait vraiment à cette Jane désespérément amoureuse, toujours en danger mais loin d'être sans ressource, qui vit dans mon imagination (je ne le répéterai jamais assez, Jane n'est pas une princesse en détresse, c'est une cible pour atteindre Tarzan, elle le sait très bien, et elle s'en fout - c'est même précisément la confiance absolue de Jane qui rend l'image même de Tarzan si puissante), comme le design des singes complètement abusé (genre "miniature du King Kong 2005" abusé), et comme je m'attendais à ce que monsieur Waltz cabotine encore plus que dans James Bond. Le tout baignant dans une imagerie exagérément badass qui donnait salement envie et absolument pas du tout à la fois. Du magnifiquement encourageant et de l'affreusement peu engageant en même temps, quoi. La seule chose que je n'avais pas jugée au préalable, c'était Lord Greystoke ; même après cet encart risible où Samuel L. Jackson l'invective dans un salon, je réservais mon avis. Il m'avait l'air apathique et j'avais peur du syndrome Mad Max Fury Road où il serait le fantôme de son propre film, mais je voulais juger sur pièce. Tout ce qui m'intéressait, c'était que ce soit une aventure autocontenue et de ne surtout pas avoir à vivre une énième origin story...
Au final, j'avais bon sur toute la ligne, en bien comme en mal. Par exemple, Margot Robbie. Margot Robbie est Jane Porter, et c'est le seul point positif du film. The Legend of Tarzan est un récit pulp débridé abracadabrantesque, ce qui n'est pas un mal en soi, mais dont les largesses narratives sont quasi impardonnables (le montage est ignoble, c'est le mec qui a fait les derniers Harry Potter, ça s'voit, et c'est pas un compliment) et dont le graphisme oscille difficilement entre l'absolument fantastique (la réunion avec les lions) et le CG ultra fake dégueulasse (absolument tout le reste). Jackson et Waltz sont deux clowns agaçants qui font des monologues inutiles, Djimon Hounsou, pauvre Djimon Hounsou, est le (sous-)méchant le plus inutile de l'univers, et Alex Skarsgård fait peine à voir en Tarzan constamment ballotté entre fiction et réalité, fatigué par sa propre légende et bien mal servi par l'incapacité du scénario à choisir l'un ou l'autre. C'est... pénible. Pénible en tant qu'amateur du personnage, évidemment, mais surtout en tant qu'amateur de cinéma. Y a des "moments", comme ces quelques secondes de retrouvailles avec les lions, ou ce plan dans la bataille finale où Tarzan rattrape Jane au vol et qu'elle se love dans ses bras quasi-instantanément, mais j'ai l'impression qu'il manque des bouts. Le film ne décolle jamais, et visuellement, c'est d'une tristesse... Les feuilles vertes désaturées et la pluie, ça marchait dans l'approche naturaliste d'Hugh Hudson, mais dans ce film tourné à 99% sur fond vert, c'est laid. Sans compter un rendu tout flou à demi éthéré qui ne rend pas service à la qualité plus que discutable des effets spéciaux et dont la lumière me fait penser à tellement de jeux vidéo aux shaders foireux que c'en serait drôle si ce n'était pas si triste.
Et si encore c'était fun ! Mais non. C'est chiant. Rendez-vous compte, ils ont réussi à rendre Tarzan chiant ! Au début du projet, j'imaginais au moins pouvoir en dire qu'il me faisait le même effet que John Carter, "emportant inconditionnellement mon adhésion malgré ses défauts", et c'était probablement le meilleur compliment que je pouvais lui faire, mais je refuse d'insulter John Carter avec ce film. Il l'a bel et bien vengé au box office, mais qualitativement... The Legend of Tarzan est un immense gâchis, un gâchis que je place au même rang que -tiens, tiens- le Mad Max de l'an dernier : des persos que j'adore, un bon cast, quelques chouettes images, mais un film narrativement effroyable, sans âme, creux en contenu, qui pue le fake de synthèse et se révèle au final juste désespérément, tristement et irrémédiablement... mauvais. Je suis amère déception.

dimanche 3 juillet 2016

Tarzan le raciste ?

"The Legend of Tarzan ridiculise les noirs dans un film incroyablement raciste." "Peut-on faire un film Tarzan non-raciste ?" "Tarzan ne peut pas être rebooté." Voila le genre de titres que les journaux américains placardent sur leurs critiques du film tout récemment sorti (la France attendra encore un peu, mais j'imagine qu'elle sera tout aussi offusquée). Et rien que ce point est horriblement foireux dans chacune d'elle : rarement, même jamais, fait-on état du racisme du film, on parle surtout d'un personnage qui est juste froidement, bassement et inévitablement raciste de base.


Et c'est n'importe-quoi. Bien sûr, que c'est n'importe-quoi. Mais pourquoi est-ce n'importe-quoi ? Et pourquoi est-ce que ça choque autant aujourd'hui ?
C'est la question, beaucoup plus intelligente, que s'est posée Graeme McMillan dans un article du Hollywood Reporter, où il s'attache plus à remettre en question l'image de Tarzan de nos jours et son statut d'icône que d'attaquer bêtement un film sur ce qu'on présume être le message de l'auteur du matériau d'origine.
Pour lui, le "problème" vient surtout d'adapter un personnage plus vieux que ne le sont Captain America ou Batman, tout aussi important iconologiquement parlant, mais dont le contexte d'origine post-colonial est indiscutablement beaucoup moins noble aujourd'hui.
Il le résume au travers de sa naissance même, tant physique qu'en tant que personnage, pointant l'inévitable évidence du "gamin de haute société rendu orphelin par une jungle dangereuse et effrayante mais qui finit tout de même par s'élever et à triompher pour aucune autre raison que la supériorité inhérente de son intellect d'homme blanc." Notion à laquelle s'ajoute l'échec total de la civilisation à supporter les attentes de Tarzan, lequel revient, noble et fier, dans une jungle qu'il domine totalement et qui devient le seul lieu honorable et digne de sa magnifique présence de patriarche magnanime et juste.
Ma réaction première (et unique) à ce type d'allégation a toujours été "non", et d'expliquer. Pourquoi et comment parvient-il à asseoir sa dominance sur la jungle ? Simplement parce qu'il est un incroyable être humain, testé par le temps et les évènements, et qu'il parvient à surmonter toutes ces épreuves. Cette société simiesque à laquelle il appartient est autant une bénédiction qu'une malédiction pour l'orphelin, et s'il survit grâce à sa curiosité et son ingéniosité, il n'en reste pas moins totalement inadapté à ce monde, et ne doit souvent la vie sauve qu'aux autres singes.

Mais du coup, les singes ne sont-il pas une représentation facile et vilaine des peuples noirs stupides entièrement dévoués aux blancs supérieurs ? Dans ce cas, répondrais-je tout simplement, pourquoi est-ce que tous les méchants de la série, une longue série de vingt-quatre livres, sont-ils tous invariablement blancs ? Certes, il y a Jane, il y a d'Arnot et d'autres personnages nobles et bien intentionnés, mais les seules réelles mauvaises personnes sont des blancs, caractérisés justement comme colonialistes et racistes (ah, et des bandits arabes, aussi, des fois, mais il y a tout autant d'arabes de bonne compagnie que de pillards dans ces livres, la problématique est la même).
Et encore une fois, c'est pas juste un livre, il y en a vingt-quatre, et Tarzan ira aussi combattre les nazis, comme Captain America. Alors, certes, dans le premier roman, Mbonga et sa tribu sont des antagonistes cannibales, mais ils sont une tribu parmi d'autres vivant dans la jungle et ses abords, et on fait vite la connaissance des Waziris, que Tarzan traite avec énormément de respect (je ne vous ferais pas l'affront de m'amuser à compter le nombre de fois où Burroughs écrit en toutes lettres que le Seigneur des Singes les voit "comme ses égaux"), respect qu'il ont gagné envers lui et qu'il a du gagner envers eux. C'est la jungle, et prouver sa valeur est un mécanisme de survie essentiel. Rien n'arrive "juste" grâce à la couleur de peau. D'autant que, pendant ce temps là, Tarzan s'est fait sa place dans la civilisation blanche et affiche un dédain plus que justifié pour ses représentants : les seules personnes qu'il a rencontré avec un minimum de droiture sont ceux qui, comme lui, ont un attachement particulier à la jungle et/ou à une personne issue de la jungle.

A mes yeux d'enfant, tous les romans d'Edgar Rice Burroughs se résumaient toujours à une dualité juste/injuste et à "soit respectueux et les gens te respecteront", un compas moral tout à fait sain pour un gamin de dix ans.
A lire les critiques, pourtant, on aurait plutôt affaire à un individu haineux et subliminalement brillant dont chaque ligne cacherait un message white supremacist. Je n'ai jamais reçu ça. Et même en grandissant et en découvrant le sous-texte, si le colonialisme en est effectivement un des principaux, ce n'est aucunement sous une lumière positive. Quant au racisme de Tarzan, je vois plutôt dans le personnage une évocation claire et naïve du bon sauvage des romantiques.
La vérité, c'est que la majeure partie des blancs civilisés qui débarquent dans la jungle sont en fait absolument incapables de s'en sortir sans l'aide (voulue ou non) de Tarzan. Jetez un oeil à la couverture que je vous ai mise sur la droite : c'est la toute première image de Tarzan jamais éditée, lors de sa parution dans All-Story en octobre 1912, sous le pinceau de Clinton Pettee. Tarzan y combat vaillamment un lion, mais pourquoi un tel affrontement ? Pour défendre le petit gars derrière, William Cecil Clayton, le prétendant tout propre et bien éduqué de Jane, qui assiste, impuissant, les yeux exorbités, à la joute.
Tarzan triomphe parce qu'il s'est fondu dans son environnement, et qu'il a prouvé sa valeur ; une valeur innée, certes, car il est bel et bien un noble de grande lignée autant qu'un homme des bois, mais il lui a fallu se tester en tant qu'Homme. C'est d'autant plus probant quand on lit les autres personnages de Burroughs. Chez lui, les hommes naissent avec des capacités et des possibilités qu'il convient d'exploiter au mieux, et surtout de confronter à des civilisations qui vont tenter de changer et de conformer chacun à un modèle prédéfini. Les héros burroughsiens sont tous destinés à de grandes choses, mais ils ne se révèlent pas par magie, ce sont des hommes et des femmes libres qui font fi de leurs sociétés respectives et décident de vivre pour leurs idéaux (généralement, l'amour est un motif suffisant). "A warrior may change his metal, but not his heart", nous dit-on dans John CarterTarzan a du devenir plus malin, plus curieux et plus entreprenant car il n'était pas physiquement fait pour le monde dans lequel il vivait, et prouver de ce fait qu'il en était digne. Sa dominance n'est pas un droit, c'est un prix.
Dans la jungle, Tarzan est une vision de l'homme versatile et intrépide, un morceau d'intelligence avancée dans un univers brutal et impitoyable, et lorsqu'il change de monde (ou qu'il est simplement vu par une personne civilisée), il apparaît inévitablement comme un animal sauvage et dangereux à la force herculéenne. Il n'est à sa place dans aucun des deux, mais il n'a pas été touché par la corruption de la civilisation, et c'est ce qui le guide en Afrique à chaque fois : il se sent moralement plus proche de la jungle qu'il n'est physiquement un homme, et il devient par la force des choses le fantôme blanc des légendes Waziris.

Ce qui est d'autant plus drôle à voir les réactions des journalistes actuels, c'est que la dualité liberté/civilisation est pourtant d'un thème connu et particulièrement récurent dans l'Amérique du début du XXème siècle, au moment où la technologie change radicalement le territoire et que l'ouest sauvage et libre se voit rattrapé par la civilisation de l'est. On retrouve la même envie de grands espaces chez Conan, par exemple. Et le racisme est un jugement d'homme civilisé, pas d'homme libre.
Et donc, non, à aucun moment dans aucun roman de Tarzan est-il induit de quelque manière que ce soit qu'il triomphe parce qu'il est blanc.


Mais manifestement, internet semble en but à me faire penser le contraire.
D'où questions : est-ce que j'ai lu les livres à l'envers ? Mon esprit d'alors était-il trop peu concerné par la question et celui d'aujourd'hui trop nostalgique pour le voir ?
Evidemment, non, mais le problème ne vient pas en vérité des livres. L'image principale qu'on a de Tarzan, c'est celle de Johnny Weissmuller, et les films des années 30 et 40 ont toujours été plus que complaisants dans leurs représentations des populations locales. Le racisme, alors, ne serait pas celui du personnage mais... du cinéma américain lui-même. Et là se pose une question autrement plus ennuyeuse : les critiques ont-elles lues les livres qu'elles jugent si durement, ou se réfèrent-elles uniquement à l'image d'Epinal d'une armoire à glace d'Europe de l'est en slip de fourrure, se contentant d'y voir ce qu'elles ont envie d'y voir ?
Mince alors, entre Weissmuller et SchwarzieTarzan et Conan souffriraient-ils du même type de procès d'intention ?

samedi 18 juin 2016

De l'importance d'une couleur

Je lisais un scan flou et grisâtre d'un épisode de Tarzan par Joe Kubert quand, alors que mon esprit vagabondait entre les cases, j'ai eu l'étrange impression de lire une scène connue, mais que j'avais vue sous une autre couleur.
Evidemment, "scan flou et grisâtre", mais quand j'ai sorti mon gros tome de l'intégrale du monsieur pour vérifier (ce qui me fait penser qu'un omnibus sort en août... je suis tentation...), la page m'a véritablement parue d'une autre couleur. Différence de papier, qualité de l'impression, âge de l'impression au moment du scan, qualité du scan, tout ça créait vraiment deux scènes identiques mais totalement différentes.
Ceci étant, tout ça vient de l'opposition entre un piratage de vieille bédé et une belle réimpression moderne, que se passe-t-il quand deux éditions empruntent vraiment deux voies colorées différentes ? Par un heureux hasard, il se trouve qu'on doit à Dark Horse et à Tarzan ce type de comparaison involontaire... et pas toujours flatteuse : la réédition de 1999, au format digest, des épisodes de Russ Manning sur la série de Gold Key dans les années 60.

Cette collection visait, sur quelques volumes, à réimprimer les adaptations des romans de Burroughs par Manning. Des histoires souvent courtes (compressées la plupart du temps en un unique numéro de 24 pages) et riches en rebondissements dont l'impact visuel devait autant à la frilosité de l'époque qu'aux relatives méconnaissances des artistes et aux techniques d'impressions quadrichromes. Pour faire simple, c'était vibrant, mais c'était aussi un poil n'importe-quoi.

Gold Key

Dark Horse

Dark Horse s'est donc attaché à retravailler ces épisodes d'une manière plus réaliste. Qui plus est, le format plus petit que celui d'origine permettait une impression sur un papier d'excellente qualité, et avec l'étalage complet des couleurs des presses modernes. Là où tout cela devient curieusement intéressant (et énervant), c'est évidemment à la comparaison (c'est un peu ce que je vend depuis le début de ce post). Les coloristes, Jason Hvam et Keith Wood, ne se sont absolument pas basés sur les planches de Gold Key pour travailler leurs palettes (il est même possible que les deux artistes ne les aient tout simplement jamais vues). Le procédé permet une approche fraîche des histoires, et le rééditions fut chaudement accueillie tant par les fans que les néophytes, mais tout n'est donc, disais-je, pas qu'amélioration.

Dans cette catégorie, toutefois, on notera en particulier la couleur de peau de Tarzan, qui s'offre un léger mais logique bronzage, et l'environnement évidemment plus réaliste, avec une jungle bien verte et des cieux bien bleus. On verra aussi quelques changements totalement arbitraires, comme une couleur de cheveux (notamment chez Korak et La) ou de vêtements (la robe rose de Miriam devenue violette, ou les uniformes khaki passant au bleu), et les bulles uniformément blanches là où les couleurs variaient du jaune au vert chez Gold Key. Des détails qui passent totalement inaperçus à la lecture, et c'est bien là toute la qualité de cette recoloration : elle passe parfaitement bien. C'est aussi son plus gros défaut.

Voyez-vous, l'intérêt principal est évidemment de ne pas choquer l'oeil avec une luxuriance rosée, mais en échange, c'est un poil monotone et, sur petit format, ça mange parfois les détails du décor.
Non que la recoloration soit mauvaise, mais elle enlève le côté vibrant de la parution originale, une verve aventureuse qui, tristement, disparaît... Et avec elle, un certain respect du matériau de base. Illustrons, avec un triceratops, une femme singe et une végétation préhistorique (tiré de Tarzan the Terrible, où le seigneur des singes visite Pal-ul-don) :

Gold Key


Dark Horse

Et là, tristement, on tire vers l'erreur pure et simple. Burroughs avait en effet créé pour cette terre perdue un large panel de créatures totalement fantastiques, tirées certes de monstres (pré)existants mais néanmoins totalement imaginaires, que Manning et ses coloristes avaient reproduits le plus fidèlement possible. Le triceratops, par exemple, était bel et bien présenté avec une collerette flamboyante, et si ce changement n'a finalement que peu d'importance vu celle du bestiau dans l'histoire, il en va tout autrement des deux autres figures. Le sauvage au devant du monstre est un Ho-don, espèce néandertalienne décrite comme aussi blanche que Tarzan, et la demoiselle qui accompagne Lord Greystoke est une Waz-don, à fourrure drue et noire (notez que ces deux modèles d'humanoïdes sont munies de queues préhensiles). Dans la version Gold Key, ces disparités, qui sont la source d'une intense rivalité entre les deux espèces, sont reproduites avec un fort contraste. Mais chez Dark Horse, rien. C'est la raison principale qui me fait penser que les originaux n'ont pas été consultés avant recoloration, mais quand bien même, leurs différences sont textuellement évoquées dans le récit. Quoi qu'il en soit, on se retrouve avec un Hu-don à la peau bien plus foncée qu'elle ne devrait l'être, et inversement pour mademoiselle Waz-don... Et semblant de rien, ce dinosaure tout gris éléphantesque me dérange quand même beaucoup : les "gryfs", ainsi que les appellent la population de Pal-ul-don, sont bel et bien décrits comme des triceratops, mais n'en sont pas, et on savait par ailleurs très bien en 1999 qu'un dinosaure n'avait pas la couleur d'un rhinocéros. Ceci pose un autre problème quand intervient le "jato", créature décrite par Burroughs comme un croisement entre un tigre et un lion, avec les rayures de l'un et la crinière de l'autre. Dans la version Dark Horse, les rayures passent purement et simplement à la trappe, exactement à la manière des vêtement de Jane, souvent des peaux de léopard chez Gold Key et qui deviennent inidentifiablement brunes et unies chez Dark Horse.

Ce qui est d'autant plus désolant, c'est que lors de leurs réimpressions du run de Joe Kubert (publié dans les années 70 chez DC Comics) cinq ans plus tard, les coloristes de chez Dark Horse se reporteront aux teintes d'origine, offrant à la réédition un "simple" coup de polish et une impression d'excellente qualité, rendant réellement justice au travail d'origine.
Evidemment, la majeure partie des détails que je cite ici n'auront d'importance que pour ceux qui savent et/ou qui s'amusent à faire la comparaison, car là est tout l'enjeu : qui possède encore les originaux de ces aventures ? En vérité, cette réédition est juste adaptée à la vision moins romanesque et plus réaliste d'un public trente ans plus jeune, et sans doute l'oeuvre de coloristes plus habitués à travailler sur du super-héros de la fin des années 90 que sur du pulp en slip à fourrure des sixties.
Mais.
Je l'ai dit plus haut, je ne trouve pas la coloration mauvaise en soi, mais elle me turlupine. Et elle me turlupine bien au delà de ma connaissance des bédés d'origine. Si justement il n'était question que d'erreurs pour fans aguerris, je ne me serais pas fendu d'un article. Non, cette version digest souffre aussi d'un gros soucis de lisibilité, soucis dont on ne se rend réellement compte qu'à la comparaison mais qui est bel et bien présent. Evidemment, le trait de Manning est toujours aussi expressif et la qualité de l'impression affine grandement le dessin (que les méthodes des années 60 avaient tendance à rendre un peu flou), mais la nouvelle palette manque de feu et de contrastes. Elle est terne et sombre, le panel de couleur est moins large et il manque clairement quelque chose, mais, surtout, le petit format aurait vraiment gagné en lisibilité avec une palette plus large... Comme celle qu'aurait proposée une simple mise à jour des couleurs d'origine, par exemple.
C'est en se faisant ce genre de remarque qu'on creuse un peu et qu'on trouve plein de petits soucis qui n'ont l'air de rien mais qui deviennent vite très importants, et qu'on fait la différence entre un simple scan flou qui change à demi sa perception d'une bédé qu'on connait bien, et un réel défaut de coloration.

mercredi 11 mai 2016

Jour 10 – Le combat de tes rêves ?

Assurément, ce serait Turok vs Predator. Par un hasard étrange (et un truchement de mon imaginaire), il s'avère que ce combat a déjà eu lieu, ou du moins que la manière dont je l'imagine a déjà une forme.
En 1996, Walt Simonson et Lee Weeks livraient un certain Tarzan versus Predator: At the Earth's Core. Sans compter qu'elle est contemporaine de la version post-vidéoludie de Turok qui me fascinait tant, cette aventure épique et totalement folle représente, transposée dans la géographie burroughsienne, tout ce que je rêverais d'avoir dans une lutte à mort entre l'indien chasseur de dinos et l'alien chasseur de xenos.

Tout.


L'apparition d'une telle bédé à un tel moment se fait presque naturellement, en plus. Les années 90 furent une période assez étrange des comics (j'aurai assurément l'occasion d'y revenir en détail lors de ce questionnaire), où le gimmick régnait en maître. Et outre les couvertures variantes, la star du gimmick bédéphile nord-américain, c'est le crossover. En 1996, Tarzan et le Predator appartenaient tout deux à Dark Horse, avaient leurs petits succès dans leurs coins, et la jungle étant leurs milieux naturels, les réunir coulait pour ainsi dire de source. Son succès engagea même l'éditeur sur le chemin de deux autres crossovers pour le Seigneur de la Jungle, bien plus ambitieux, puisque réalisés en partenariat avec DC Comics (et impliquant les inévitables Batman et Superman).

Si la majeure partie de la production extra-terrestre chez Dark Horse consistait à se faire se taper Aliens et Predators dans une mythologie qui restait encore à inventer, pour Tarzan, l'éditeur, tout en présentant des histoires 100% originales, avait axé sa communication sur une grande fidélité à la continuation burroughsienne, là où les précédentes adaptations séquentielles s'en foutaient éperdument. Le héros des strip n'avait qu'un lointain lien avec le personnage des romans, le Seigneur de la Jungle de Joe Kubert volait solo, et Marvel avait certes réintégré Jane mais réinventait en parallèle un tas de petits trucs qui en faisaient une personnage bien plus ancré dans l'univers de Captain America et Spider-Man. En fait, chaque éditeur avait choisi d'imprimer sa marque sur le personnage et celle de Dark Horse serait de respecter au maximum les univers d'ERB... et de les exploser  à la dynamite créative de l'époque.
Parce que bien sûr, des "histoires 100% originales" dans le contexte bariolé des 90's impliquent forcément leur lot de délicates intentions. Tarzan vs Predator fait ainsi plus qu'honneur à son titre, présentant un scénario violent, rythmé, brutal et décousu. Forte en action mais bourrée de personnages et de sous-intrigues, cette bédé est aussi dense que la jungle qui lui sert de cadre. On suit Tarzan courant de point en point dans une poursuite effrénée à la recherche de ses amis , chaque caillou retourné dévoilant toujours plus d'ennuis et d'ennemis, chaque épisode l'approchant d'un final en forme de carambolage. Un schéma narratif au caractère purement burroughsien (j'ai déjà eu l'occasion d'en parler) qui permet en outre de découvrir jusqu'où chaque héros serait prêt à aller pour retrouver la place qui est la sienne... Et Tarzan ne recule devant absolument rien.

Une autre chose qui rend cette bédé spécialement sauvage, c'est le trait de Weeks qui offre à l'Homme-Singe des allures conaniennes, ce que même John Buscema n'avait pas fait lors du passage du personnage chez Marvel. L'effet étouffant des décors ajoute sans mal à l'impression d'immédiat danger, le plus clair de l'action se passant entre une jungle touffue et une ville-temple aux accents précolombiens très marqués dans lesquels les personnages paraissent à l'étroit, un cadre par ailleurs tout à fait propice au seigneur des singes et aux chasseurs extra-terrestres, mais tout de même bien loin des descriptions des cités troglodytes des Mahars et de l'aride Pellucidar. Conjugué à l'aspect résolument simiesque des Sagoth et au look frazettien des personnages, on se sent en vérité bien plus proche de la cité perdue d'Opar... si ce n'était les dinosaures.
Et on en revient là au propos d'origine de cette longue description : s'il y a bien un lieu qui répond dans mon esprit à la description "Opar avec des dinosaures", c'est les Lost Lands. Quand je vous dis que tout dans cette bédé se prête à en faire le Turok vs Predator de mes rêves... Il ne manque en vérité que Turok. Pas que la présence de Tarzan me gène le moins du monde, cependant, je pense que ce que je présente de cette mini-série ne laisse aucun doute quant au plaisir que j'ai à la lire, d'autant que le lot de personnages connus et l'épaisse continuité pellucidienne qu'elle propose satisfait au plus haut point l'amateur des lieux que je suis.

Et puis bon, comme cette rencontre relève principalement de ma propre fantaisie, il y a évidemment des choses que j'aurais pensé différemment. J'y aurais probablement activement associé Joshua Fireseed et Tal'Set plutôt que de laisser Tarzan courir seul aux trousses de Jane, Innes et Mugambi, mis des fusil lasers dans les mains des natives et coiffé quelques T-Rex de canons dinosoïdes, mais dans l'idée, de la manipulation des Mahars à la furtivité des Predators, il y a dans cette histoire exactement ce que j'aurais voulu voir de l'arrivée des vilains chasseurs de l'espace dans la géopolitique houleuse des Lost Lands : un conflit larvé entre deux opposants séculaires qui s'envenime soudain quand l'apparition d'une troisième force pousse les deux autres à l'assaut frontal.

mercredi 13 avril 2016

The Year of the Monkey

Y parait, selon le calendrier chinois, que 2016 est l'année du singe. Mes connaissances en astrologie asiatique s'arrêtent aux fortune cookies (qui sont une invention américaine, c'est dire), aussi j'aurais bien du mal à commenter cette affirmation, mais s'il y a une chose dont je suis certain, c'est que les éditeurs nord-américains ont décidé de la prendre au pied de la lettre.

Evidemment, difficile de ne pas penser au tout proche The Legend of Tarzan, prévu pour juillet et qui me fait frétiller sur mon siège à chaque image.



Sans rire, c'est beau, ça a l'air épique (j'ai mis le premier trailer parce que je le trouve meilleur, mais le second est carrément fou en terme d'échelle), c'est pas une origin story à la con, et j'ose espérer avoir une Jane qui ressemble à celle qui habite mon imagination bien plus qu'une bécasse en détresse (ce smirk à 0:57 vend la légende de son mari à un degré lunaire). Sauf que ça a l'air bien trop lisse pour être honnête, que Sam Jackson en roue libre m'effraie et que Waltz est probablement le pire cabotineur à succès de ces dernières années. Ce film peut être absolument dantesque, mais je redoute son visionnage au moins autant que j'en crève d'envie. L'effet John Carter, voyez-vous.

Or donc, disais-je, en cette année du singe, outre son retour au cinéma (et sans l'ombre d'un doute grâce à son retour au cinéma), de nombreux éditeurs ont décidé de se pencher sur le Seigneur de la Jungle.

Si vous appréciez les films de Tarzan (et vous auriez raison), vous pourriez être tenté par Tarzan on Film, où Scott Tracy Griffin, éminent spécialiste du personnage (il est l'auteur de l'excellent Tarzan, The Centennial Celebration), retrace l'entièreté de sa carrière cinématographique, du muet des origines à la bombarde numérique de cet été. Prévu pour le mois d'août, on peut d'ailleurs très certainement compter sur une vraie critique du film, et pas seulement une vision étendue de sa production.

En parallèle, au moins trois nouvelles aventures de l'Homme-Singe devraient sortir. Des aventures aux accents pulpy à souhait, hautement improbables et donc totalement indispensables.

Dans la première, et probablement la plus surprenante, Altus Press joue la carte du crossover de l'impossible entre deux univers cinématographiques similaires mais totalement opposés, envoyant Tarzan se balader sur l'Île du Crâne dans le promptement titré King Kong vs Tarzan. Cette bêtise (et je dis ça comme un compliment) aura le bon goût d'être écrite par Will Murray, auquel on doit la dernière aventure -officielle- de Tarzan en date (Return to Pal-ul-don, sorti l'an dernier et plongeant l'Homme-Singe en pleine Deuxième Guerre Mondiale) et, surtout, le très bon Doc Savage: Skull Island en 2011, qui envoyait l'Homme de Bronze se fritter avec le gros gorille.
Murray présente par ailleurs la chose comme une "interquel", à mi chemin entre la préquelle et la séquelle, un interlude situé dans la trame même du King Kong originel (le roman, s'entend, publié en 1932 par Delos W. Lovelace), et en reprenant donc les personnages (Carl Denham, Jack Driscoll et Ann Darrow). A voir comment Lord Greystoke s'intercalera dans ce chantier...

Mais attendez ! C'est pas tout ! Oh, non... Tarzan visitera également la Planète des Singes, un endroit paradoxalement tellement parfait pour le Seigneur de la Jungle, entre civilisation simiesque et humanité sauvage, qu'il est étonnant de se dire que personne n'avait encore osé mettre ça en scène. C'est l'association de Dark Horse Comics et de BOOM! Studios qui permettra à cette pulperie interplanétaire de voir le jour, sous la forme d'une mini-série de cinq épisodes qui devrait, d'après les solicitations, débuter en septembre.
Le plot, signé par Tim Seeley et David Walker (deux scénaristes habitués aux séries bis ultra fun) est aussi absurde que génial, puisque l'histoire se passera dans une version alternative du cinquième film des seventies (celui où Hommes et Singes vivent en fragile harmonie dans une utopie forestière en bordure d'une ville post-nuke dévastée). Ici, Tarzan et César, élevés comme des frères mais séparés par des esclavagistes, se retrouvent et rejoignent la lutte pour la paix, courant pour cela des épaisses jungles africaines jusque Pellucidar. Ca a l'air proprement épique et stupide. Indispensable disais-je.

Un dernier team-up pour la route ?
Depuis le mois de mars, ces fous de chez Dynamite ont ressorti de la naphtaline Sheena, la Reine de la Jungle, premier lead féminin de l'histoire des comics, créée en 1938 par rien moins que Will Eisner. Dans le ronflant Lords of the Jungle featuring Tarzan and Sheena, les deux héros en pagne se rencontrent par hasard alors que Sheena se retrouve par magie dans l'Afrique des années 30, et fait face à un Lord Greystoke qu'elle a bien du mal à départager entre ami et ennemi. Un prémisse tout à fait classique mais curieusement intéressant qui permet, entre autre, de réintégrer Sheena dans la mythologie des héros pulp que Dynamite se plait tant à revitaliser depuis quelques années. La scénariste, Corrina Bekho, expliquait d'ailleurs à l'annonce de la série que c'était précisément ce qui l'intéressait dans cette histoire, en proposant une Sheena plus jeune que celle d'Eisner mais dont le caractère sonnerait comme une évidence pour les connaisseurs. Une manière de dire qu'on aura la même Sheena forte et indépendante, mais inexpérimentée, et qu'elle apprendra à être le personnage qu'on connait auprès de Tarzan ? J'en sais rien, c'est une vraie question, j'ai pas encore lu la chose, mais cette idée me plait énormément.


Bon, bien sûr, tout ça est publié en anglais au pays des hamburgers, et il est loin d'être certain qu'on en voit un jour le moindre mot traduit en français. MAIS. Au fil des années, on a quand même eu notre brouette de publications dédiées à l'Homme-Singe, et si c'est pas tout neuf, rien ne nous empêche de nous pencher à nouveau dessus.

Difficile par exemple de ne pas chaudement vous recommander Tarzan vous salue bien de Philip Jose Farmer, vraie-fausse biographie qui réinvente la mythologie de la famille Clayton et, logiquement, de son plus animal représentant (on trouve même trace de Richard Wentworth, le Spider lui-même, dans l'arbre familial). C'est pas évident à trouver et c'est souvent cher mais ça en vaut la peine. Titré Tarzan Alive outre-Atlantique et publié en 1972 (78 chez nous), ce livre fait figure de manifeste de ce qu'on nomme avec emphase le "Wold Newton", univers où la continuité rétroactive règne maîtresse et qui, à la manière de ce que fera Alan Moore avec sa Ligue des Gentlemen Extraordinaires, cherche à placer de nombreux héros de fiction dans une seule et même Histoire. Un sujet passionnant mais capilotracté à l'envie et qui nécessiterait un post ou deux rien qu'à lui (tease, tease, wink, wink).
Moins fictionnel, le pavé Moi, Tarzan, Mémoires de l'homme-singe publié par Guy Deluchet chez Seuil en 2010 (réédité en 2012 pour le centenaire du personnage) s'attache, à grand renfort de photos, poster et illustrations, à explorer les différentes vies du personnage au cinéma, d'Elmo Lincoln à Casper Van Dien en passant par les inévitables Christophe Lambert et Johnny Weissmuller, et même la version animée de Disney. La documentation est assez impressionnante et les anecdotes pleuvent, mais c'est surtout la mise en rapport de ces incarnations les unes par rapport aux autres qui rend ce bouquin absolument indispensable. Pour les complétistes, un encart d'une quinzaine de pages s'attarde même sur sa vie en bande-dessinée, entre les mains de gens aussi fameux qu'Hal Foster (monsieur Prince Vaillant) ou Russ Manning.
En parlant de bande dessinée, je vous invite vivement à vous jeter sur l'intégrale des adaptations des romans par Russ Manning publiée chez Soleil en 2010. Et pour les plus curieux, allez faire un tour sur La Tribune des amis d'Edgar Rice Burroughs, il y a là bas des choses très très intéressantes.

Si avec tout ça, vous ne trouvez pas de quoi savourer cette année du singe...