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lundi 1 janvier 2018

Onze... films de 2017

It's that time of the year, again !
Y a eu comme deux grosses périodes en 2017. D'abord le printemps, puis la fin de l'été. Les deux ont résulté en des tendances curieusement proches et très intrigantes, autant dans la programmation (une avalanche de films cyber-truc et de remakes) que dans mes choix finaux (des polars et du pulp), loupant (ou m'intéressant à peine à) la plupart des gros tentpoles. Une année calme, au final, dans mon visionnage, ce qui est d'autant plus paradoxal qu'on a vécu pas mal de séismes créatifs et médiatiques dans l'Hollywood de 2017. Ou comment, en onze exemples, montrer que le narratif et le financier ne sont vraiment pas sur la même planète...


Maigret tend un piège (19 février)
Diffusée en mars dernier en Angleterre, il a fallu presque un an pour que cette nouvelle version du commissaire, adoubée par la famille Simenon, arrive en France. Rowan Atkinson, tellement associé à son personnage de Mr Bean qu'on en oublierait qu'il est un excellent acteur et pas un imbécile patenté, y incarne un Maigret émacié, dans le doute, marqué et dépassé par une enquête qui n'avance pas, loin des figures bourrues de Jean Richard et Bruno Cremer. Paris (ou plutôt Budapest, très visible quoique savamment maquillée) lui répond bien, de ses journées calmes aux couleurs passées à ses nuits hypercontrastées filmées caméra à l'épaule. Esthétiquement, c'est superbe, décors et musiques (l'élégant générique...) contribuant à l'effet après-guerre du film (j'ai souvent, blâmez mes références, pensé au Saboteur) et renforçant la mise en scène à la fois ultra-léchée et terriblement froide et sèche d'un des scénarios les plus sombres de Georges Simenon. A ce titre, j'ai dans l'idée que commencer (car c'est le premier d'une série) par cette histoire d'un Maigret en porte-à-faux et plongé en pleine tempête interne est surtout du au fait de devoir présenter un acteur très différent de l'image que même l'Angleterre s'en fait (dont le plus connu, Rupert Davies, était très holmesien), le physique frêle d'Atkinson et son visage inexpressif (oui, Mr Bean inexpressif) s'avérant à la fois le plus grand écart et la plus grande qualité de cette (quand même septième) adaptation du roman. Le nouveau Maigret prend aux tripes, loin de la bonhomie à laquelle ses précédentes incarnations nous ont habitués (comparer avec le même épisode joué par Bruno Cremer est édifiant), et si je doute que les scénarios futurs soient aussi rudes (Maigret et son mort, diffusé la semaine suivante, avait déjà beaucoup moins d'impact malgré une scène d'ouverture violente et brutale), rythme et esthétique perdurent, et je suis assez impatient d'en voir les saisons suivantes, d'ores et déjà programmées... Par ailleurs, ayant attendu la diffusion en France plutôt que de me jeter sur la VOD anglo-saxonne (j'avais trouvé l'anglais assez rebutant sur les trailers, un peu comme voir David Suchet sans entendre Roger Carel), je dois bien avouer trouver la VF très très propre (avec la voix très reconnaissable de Guy Chapellier, qui colle étonnement bien).

John Wick 2 (22 février)
Dire que j'étais hype pour ce film est un euphémisme. J'ai mis un moment à le voir, pourtant, attendant la fin mai et une sortie VOD toute propre pour replonger dans ce monde de gangsters et d'assassins où tout le monde connait tout le monde et où les codes sont évangile. Et à dire vrai, c'est bien là le seul gros intérêt du film : l'expansion de sa propre mythologie. Le scenar' est loin du prétexte imbécile volontairement premier degré d'origine, essayant d'en faire plus sans vraiment réussir son pari, devenant un bête film d'action plutôt qu'un simple film d'action (la nuance est de taille), conservant la qualité de sa mise en scène (c'est super esthétique et élégant) mais perdant beaucoup en impact et en badasserie pure. C'est devenu une licence, le budget est trois fois supérieur, ça n'a plus besoin d'aller droit au but, ça peut prendre son temps et montrer des choses... Et c'est pas franchement fait pour (problème de sujet ou soucis de réal, je ne saurais dire exactement - quoique vu ce que l'autre cerveau derrière John Wick a fait sur Atomic Blonde, je penche clairement pour la seconde). Est-ce suffisant pour bouder son plaisir ? Grands Dieux non. C'est peut-être trop long à démarrer (lore, lore, exposition, lore), mais une fois que c'est parti, c'est jouissivement ininterrompu (jusqu'à la faute, au bout d'un moment, la poursuite dans le métro devient indigeste), et le tease du troisième volet est suffisant pour assurer encore deux(?) belles années de hype. En fait, John Wick 2 est exactement ce qu'on pouvait en attendre (à savoir : trop), se perdant parfois en chemin mais sans jamais oublier ce qui fait son sel : son univers étrange, ses bastons dantesques, et sad Keanu habité par le sad rôle.

Logan (1er mars)
Stoopid idiot superhero movie... hitting me right in the feels...










Kong: Skull Island (10 mars)
Juste au sortir de la Guerre du Vietnam, les 'ricains ont trouvé malin de se pointer sur une île avec un singe géant en mode Chevauchée des Walkyries, de balancer deux-trois bombes, et de se poser genre territoire conquis... Et l'île les a mangés... J'aurais pas imaginé plus pulp si j'avais été au script moi-même. Skull Island n'a pas un bon scénar', ne nous leurrons pas, ni une bonne cinématographie (n'est pas Gareth Edwards qui veut), mais il a de la gueule (avec quelques sacrés putain de scènes de badasserie numérique - le poulpe géant dans le lac!), une ambiance très réussie (j'adore la bande son) et une faune absolument fantastique (holy *actual giant freakin* cow...). Ca tombe bien, les monstres, c'est pour ça qu'on est venu, mais si vous ajoutez par dessus une théorie de la terre creuse, un brin de magie tribale, des retcons historiques plutôt bien vus, plein de références (la redite de la scènes des tirex), et quelques persos qui portent franchement le film (la transformation de Jackson en Ahab est limite terrifiante), vous obtenez... Tout ce que le film promettait, et exactement ce que je voulais ; un truc pulp, avec des monstres, qui introduit tout un univers fou mais sans manger son sujet direct (on parle avant-tout de l'île, et si on évoque de possibles incidences, c'est sans pour autant inclure d'éléments extérieurs -contrairement à La Momie, par exemple-, permettant un modèle narratif fluide, dont le spectateur ne rate bien évidemment aucune des implications à licence mais qui ne parasitent aucunement le récit). On pourra arguer que, comme pour Godzilla, Kong n'ait au final que peu d'impact sur son propre film en dehors d'un affrontement final complètement dingue, mais tout ce bordel, filmé à échelle humaine, le rend, comme pour Godzilla, diablement impressionnant, et assez rare pour en prendre une aura presque mystique. Kong n'est pas un grand film, je le répète, on n'échappe pas à quelques scènes bieeeeen débiles (Loki et son katana...), son scénario est simpliste et sans véritable enjeu et ses héros sont un poil cons, mais son worldbuilding est fantastique, il balance trente idées géniales à la minute, et j'ai trépigné comme un gosse pendant deux heures. Le "Monsterverse", qu'ils appellent ça, chez Legendary. Well, i'm in.

The Lost City of Z (15 mars)
D'où Conan Doyle tira son Monde perdu ? Qui est le Professeur Challenger ? De Z. Percy Fawcett. Adapté du livre éponyme paru en 2009, réalisé par son scénariste dans une jungle apocalyptique, La Cité perdue de Z est une biographie hautement romancée de la vie d'une des figures de l'exploration sud-américaine, un film contemplatif et mystérieux, certes, mais aussi un brin complètement fou, issu d'une production longue et périlleuse de près de sept ans. Pour quel résultat ! C'est formidablement beau, usant avec beaucoup de justesse du jeu faussement ironique de l'ex-Jax Teller (qui prouve ainsi qu'il a un minimum de talent, ce dont on était clairement en droit de douter vu son absence de perf dans Pacific Rim et surtout l'infâme Arthur de Guy Richie) pour dresser le portrait d'un homme qui se découvre en découvrant, rongé par l'ambition puis dévoré, à plus d'un titre, par sa destinée. Tout est profondément ancré dans une réalité assurément palpable mais aux accent délibérément épiques et poétiques, entre loyauté et dévotion, femme, fils et aide-de-camp maintenant à flot un bateau-héros hanté mais qui jamais ne sombre dans l'aveuglement fanatique, même harangué par un fou cupide et envieux. Et curieusement, pour un film aussi long et dense, il parvient, bien aidé par l'irrégularité des aller-retours Bolivie-Angleterre, à être parfaitement aéré et digeste, montrant beaucoup, disant plus encore, et remplissant avec une efficacité confondante les yeux et les oreilles des spectateurs avides de mondes disparus autant que de personnages bien plus complexes qu'il n'y paraît. Z est l'antithèse de Kong, on est loin du récit pulp binaire qu'on aurait pu imaginer, et chaque action est aussi longuement réfléchie que ses conséquences sont pesantes, contredisant chaque avancée archéologique par un soupçon d'égoïsme toujours au bord de l'acharnement fiévreux, mais restant toujours viscéralement exaltant, ajoutant encore à la légende d'un homme qui a rejoint les David Livingstone et les Roald Amundsen au panthéon des personnages qui, s'ils avaient été de papier, auraient parus totalement improbables.

Rakka (14 juin)
Si citer un court métrage dans une liste de "films" est une idée qui ne m'a jamais gênée, elle reste sujette à caution, mais celui-là, il est tout à fait spécial et mérite grandement sa mention. Rakka est arrivé comme une bombe, quelques mois après que Ridley Scott ait enterré le projet d'un Alien 5 par Neill Blomkamp et deux semaines à peine après que ce dernier ait lancé l'idée d'Oats Studios, destiné à illustrer plein d'idées cool et à pulvériser les a-priori sur le format court et l'idée low budget qu'on lui attache. Rakka pue la badasserie visuelle à tous les étages autant qu'il suinte le concept à demi réalisé, joue sur les codes du cyberpunk et de l'invasion alien autant que sur ce qu'on connait et attend de son auteur, balance Sigourney Weaver en tête d'affiche du pif et tourne ça dans une carrière désaffectée à trois sous en Afrique du Sud... Alors pour sûr, ça a des moyens bien costauds, c'est pas du système D, mais Rakka, c'est les techniques d'une superprod moderne avec une portée de p'tite bourse (sérieusement, c'est fait sous Unity), au format proof of concept (le studio se présente ouvertement comme "incubateur à idées") franchement aguicheur et surtout mu par une liberté créative totale et sans limite, et distribué et financé "à vot' bon coeur" sur le Tube et Steam, les plate-formes indé du futur. Et non seulement le principe marche au premier degré, tant dans sa poche narrative immédiate que dans son but de donner envie d'en voir plus, parce qu'évidemment le mec sait tenir une caméra, mais une fois étendu, ça fourmille vraiment d'idées (à ce titre, si Rakka reste le manifeste du concept et de loin le meilleur produit proposé par Oats Studios à ce jour, les suivants, entre le dégueulasse Zygote -en passant, sa fascination cronenbergienne pour les monstres cyborgo-post-humains est vraiment mon plus gros soucis avec Blomkamp, c'est crade juste pour le plaisir d'être crade, ça sert vraiment à rien narrativement-, le très intrigant Adam et l'hilarissimement noir God, n'en ont pas la moitié d'une non plus), au point que d'un certain point de vue, je suis en vérité assez content qu'il se soit fait sucrer son Alien (à propos duquel Zygote est par ailleurs la plus explicite "vengeance") - Blomkamp a pris la balle au rebond est s'est enfui avec, dans une situation à la "Dune de Jodo" où la redirection d'énergie créative permet et devient bien plus que ce que le projet initial promettait, sortant une grosse douzaine de shorts tous plus intrigants les uns que les autres en six petits mois et dans la brèche de laquelle des tas de gens se sont immédiatement engouffrés (notamment Roberto de la Torre, ancien graphiste chez Marvel, avec lui aussi un concept dystopique pas piqué des hannetons). Peut-on vraiment passer d'une haine farouche envers un réalisateur à un amour irraisonné pour son univers ? Neill Blomkamp vient de me le faire faire avec Oats Studios.

Valerian et la cité des milles planètes (27 juillet)
Plein. La. Gueule. C'est c'que j'voulais, c'est c'que j'ai eu. Les bandes annonces m'avaient bien intrigué comme il faut, et c'était très largement le film que j'attendais le plus cette année (loin devant même John Wick 2 et Blade Runner 2049). Il me faisait, fort logiquement et pour tellement de raisons que j'ai une flemme terrible de les énumérer, penser au Cinquième élément qui aurait bouffé du Avatar, plein de l'urgence primaire du premier et de la diversité esthétique du second (et vu l'avalanche de clins d'oeil des premières vingt minutes, c'est difficile à rater). Je savais que ce serait une histoire lambda de sauvetage du monde, mais j'osais croire que, justement, on n'oublierait pas de nous montrer le monde à sauver, que le film remplisse au moins son office de magasin de bonbons où on ne sait pas où regarder tellement y en a partout. Et... Mission accomplie, clairement. Bon, pour sûr, nombre des problèmes soulevés par la critique sont parfaitement valables et justifiés, Cara Delevingne bouffe l'écran et a l'air de franchement s'amuser (et fait aussi parfaitement écho au shift dans la bédé qui a fait de Laureline son personnage principal au bout d'un moment) mais peine à former un véritable duo avec un Dane DeHaan égal à lui même (un cocky millenial monolithique qui joue comme une patate et étouffe la moitié de ses mots), le rythme est parfois un peu bancal, les motivations pas toujours claires, mais, tout défenseur de l'hypernarratif que je sois, j'ai paradoxalement pas l'impression que ce soit non plus un véritable défaut (surtout que, pendant ce temps, on nous vendait comme la création divine la bédé de Lupano et Lauffray, dont le scénar' s'est avéré absurde à en devenir incompréhensible, et surtout pas drôle) - non, c'est son univers qui capte, coloré et fou, plein de créatures étranges et de paysages bigarrés, et le fait que l'histoire change aussi souvent d'allure (et d'allure) contribue à nous faire visiter tous ces endroits. Ce film est une fête, un cabaret visuel jamais vraiment sérieux ni totalement grotesque, la cinématographie est superbe, il y a de la vie et des tas de personnages complètement barrés à rencontrer sur le trajet d'une aventure aussi multiculturelle que son titre le vante. C'est pas Le Cinquième élément, on va pas en sortir les répliques pendant les vingts prochaines années et la cassette vidéo ne va certainement pas traîner dans le magnétoscope des enfants, mais Valerian fait indiscutablement partie de ces "trucs à voir", terriblement efficaces dans leur premier degré imaginaire et qui passent tellement de temps à faire du worldbuilding qu'ils en oublieraient presque de raconter des trucs (presque). Un peu le même reproche que je faisais à Kong, pour exactement le même résultat d'ailleurs : au final, j'ai adoré ce film, parce qu'il est fun, parce qu'il est créatif, parce qu'il est impossible de ne pas tomber amoureux de son héroïne, parce que pendant deux heures vingt, j'étais pendu à son monde bariolé complètement fou, parce que ça m'a franchement ennuyé d'avoir à le quitter, et parce qu'alors que je pense tout l'inverse dans le cas des univers étendus post-comics, là, pour le coup, je crève d'envie d'y retourner. Ouaip. je veux une suite.

Cars 3 (2 août)
S'il y a bien un film dans la longue série de mes visionnages annuels que je ne m'attendais pas à voir là... Loin des idioties spyfy totalement ratées et de l'humour lourdingue du deuxième, Cars 3 a une vibe Jours de tonnerre du...euh... tonnerre, mais à l'envers, avec une histoire de retour face à un concurrent plus hype, un héros plus vieux, et une quête "retour aux sources" tout à fait classique mais au retournement final bien choisi (sinon convenu et anticipable). Cars 3 opère un retour à la culture automobile plutôt réussi, s'offrant entre les vannes anthropomorphiques une évocation des origines de la NASCAR assez juste et un traitement beaucoup plus touchant qu'il n'y parait du temps qui passe. C'est curieux, mais c'est toujours assez beau d'avoir un héros qui vieillit (et qui vieillit bien, même quand c'est une tête de con comme Flash McQueen) dans un film pour enfants, surtout quand ça correspond à une certaine logique de production (la licence a onze ans, moi-même ça me fait me sentir plus vieux). Ou comment, tout en restant irrésistiblement pop-à-produit-dérivés, drôle et en essuyant l'ire d'une critique qui trouve toujours qu'on est la franchise la plus creuse et bête d'une firme respectée, on peut trouver le moyen d'être pertinent.

Starship Troopers: Traitor of Mars (21 août)
Si Starship Troopers est un film dont j'ai un souvenir vivace et dont je suis bien incapable de nier l'immense qualité, il est loin de faire partie de mes impérissables classiques. J'ai en revanche un certain attachement au prolongement de sa licence, dont l'univers martial me fascine. Ses suites DTV m'amusent énormément pour plein de raisons nanardesques totalement aléatoires, la série télé en images de synthèses était franchement excellente, et je dois admettre que j'aime énormément -sans le moindre sous-entendu bis cette fois- le film d'animation Invasion de Shinji Aramaki. Il y avait planté les germes du type de retravail d'univers qu'il mettrait à profit dans son (superbe) Albator, tout en offrant un rendu à la fois plus proche du bouquin d'origine et surtout quasiment calqué sur les (encore plus superbes) OAVs de 1988. Traitor of Mars lui fait directement suite, toujours réalisé par monsieur Appleseed et réutilisant (logiquement) ses assets graphiques, plantant sur la belle rouge le décor d'une attaque surprise à l'échelle planétaire changeant agréablement du cadre très serré des vaisseaux-tubes du précédent. Et c'est parti pour 1h20 de carnage ouvertement bête et bourrin mais toujours très cynique, dans la joie et l'image de synthèse passée d'âge, avec force vagues arachnides, exo-armures et noms de codes à moitié débiles, sur une planète magique qui met toujours des étoiles dans mes yeux, peu importe les raisons pour lesquelles on s'y trouve. Et au milieu, une idée un peu vaine mais terriblement aguicheuse, exactement dans le même genre que celle qui faisait du huis-clos de 2012 un film binaire mais plein de rythme et de tension, mais, là encore, en beaucoup plus grand (et en s'offrant sa pelletée de références au passage -le fantôme de Dizzy n'est que la partie immergée-, signe aussi que le petit budget confidentiel d'Invasion a laissé place à un film qu'on désire réellement (ré)inclure dans la mythologie de la série). Oui, on a perdu la "finesse" de Verhoeven depuis longtemps, non, c'est pas grandiose, mais l'essence reste, et je mentirais en disant que ce n'est pas l'une des tranches de cinéma les plus réjouissantes, à bien des égards, que j'ai vu cette année.

Wind River (30 août)
"This isn't the land of waiting for backup. This is the land of 'you're on your own.'" Il y a deux ans, Taylor Sheridan (surtout connu pour son rôle de sheriff adjoint dans Sons of Anarchy) s'est placé sur la carte de l'Hollywood moderne en signant le scénario du Sicario de Denis Villeneuve. L'année passée, il était aussi la plume derrière l'excellent Hell or High Water de David Mackenzie (Commancheria en VF), un film qui a un temps fait partie de ma sélection avant de faire les frais de mouvances plus pulp. Avec Wind River, Sheridan s'offre un trois sur trois dans les films notables de l'année, sauf que cette fois, il réalise son truc lui-même et il y colle plein de neige du Wyoming. J'ignorais d'ailleurs la corrélation avant de chercher un peu pourquoi ce film me paraissait si familier. Sheridan emprunte évidemment énormément aux (excellents) réalisateurs avec lesquels il a travaillé, jusque dans la production (la bande-son, par ailleurs curieusement proche du Proposition de John Hillcoat, est signée par la paire Nick Cave/Warren Ellis déjà à l'oeuvre sur Hell or High Water, et c'est Chris Pine qui devait tenir le rôle du chasseur), renforçant encore un peu plus l'unité du projet. En gros, Wind River avait de sacrés attentes à combler, et si je n'avais pas réellement idée desquelles en débutant le film, elles apparaissent néanmoins clairement dès son introduction. Intense et engagé, s'il était une bédé, Wind River serait le croisement crépusculaire entre le Whiteout de Greg Rucka et le Scalped de Jason Aaron, un polar rude et froid (dans tous les sens du terme) au message tristement fataliste sur la condition amérindienne moderne, attaché à dresser le portrait le plus cru et vrai des événements et de ses acteurs. Hyper narratif et très formel, Wind River est aussi clairement un film de scénariste et n'est à ce titre probablement pas le meilleur des trois, mais il est indiscutablement le plus personnel : on parle sans cesse de Denis Villeneuve, et oui, le monsieur est un réalisateur avec une patte, mais en plaçant Wind River à la suite des deux autres comme la conclusion d'une informelle trilogie des frontières américaines, il apparaît indéniable que la vision est avant tout celle de Sheridan.

Le Crime de l'Orient Express (13 décembre)
Mon film de Noël, de et avec Kenneth Brannagh, avec un casting en or massif et une production value de malade mental. Bon, on connait déjà la fin, mais avec la gueule de ce truc (le premier trailer puait déjà la classe, et le film explose la rétine pendant 1h50), le passif de son mégalomane auteur et ma propre appréciation de l'oeuvre de Dame Christie, il m'apparaissait impensable que ce film ne fasse pas mon top annuel. Par chance, il est aussi lumineux que sa fiche IMDB laisser espérer, flamboyant et travaillé à souhait, dans des décors sublimes, avec une colorimétrie de bédé qui sied parfaitement à l'orientation de la mise en scène (un départ très comédie, une enquête de plus en plus sérieuse, et ce final de tragédie grecque), profitant autant du côté Royal Shakespeare Theatre de Brannagh que du caractère plus ou moins déluré de sa distribution (j'vais pas faire une liste, mais Dame Judi en princesse russe, Michelle Pfeiffer en cougar, Depp en gangster insouffrable ou Willem Dafoe en scientifique autrichien raciste, c'est du sur mesure), résultant en un huis clos particulièrement savoureux, ponctué de quelques plans et répliques d'anthologie. Dans une année où j'ai vu étonnamment beaucoup de vieux policiers revenir sur le devant de la scène, ce film est de loin le meilleur, aussi fantastique que la moustache de Kenneth. Par ailleurs sorti horriblement tard en France (deux mois après l'international), il est le dernier film que j'ai vu en 2017... Ou comment finir l'année exactement sur la même note qu'elle avait commencé.

Et aussi, le coffret Serials noirs dédié à Louis Feuillade, avec Fantomas et Les Vampires en version quadruple XL restaurés, et des docus de l'awesome, et un bouquin compagnon rempli à ras bord. J'en reparlerai bel et bien un jour, 'faut juste que je me procure le machin...


Mentions
Le Destin des furieux mérite évidemment sa mention cartoonerie débile, embrassant plus que jamais son côté spyfy pour une montagne russe motorisée à la hauteur de son titre : ultra conne mais ultra communicative - dans le 10, z'iront dans l'espace, vous verrez... On va aussi ranger son p'tit frère XXX à côté, de retour pour de sombres raisons d'arrangements de licences entre producteurs, mais franchement, avoir du Vin Gasoil en double, moi ça m'va. Avec son cast réduit (mais qualitatif) et son scénar' en une ligne (mais terriblement captivant), The Wall est un plutôt surprenament carrément bon thriller militaire, prouvant s'il était encore nécessaire le talent de Doug Liman pour monter une bonne tension (le vrai réal' star de la trilogie Bourne, c'est lui, pas Greengrass...). The Dark Tower est profondément vicié, c'est indéniable, mais il y a dans ce raccourci de l'épique délirant (et indigeste) de King assez de fantaisies (urbaines) pour salement titiller mes tendances pulp, et McConaughey vaut la vision à lui seul. Une p'tite mention hors-film aussi pour Philip K. Dick's Electric Dreams, série anthologique autrement plus intéressante que ce qui a été fait sur le monsieur dernièrement (Blade Runner 2049 inclus : ce film est assurément le loupé de l'année - c'est beau, la réal' et la direction artistique ont tout compris au "truc" Blade Runner, mais entre ça, Exodus et les Prometheus, y commence à en avoir soupé des délires créationnistes de Ridley...)
Oh, et Ghost in the Shell c'est meilleur que Wonder Woman.


Et l'an prochain ?
Mission Impossible 6 va être inévitable. On n'a jamais eu d'Expendables feminins grand luxe, Ocean's Eight est ce qui s'en approche le plus... and it looks gorgeous. Annihilation, le réal d'Ex Machina qui adapte l'éditeur du Big Book of Science Fiction, dans mon cerveau, ça fait des confettis. Jurassic World 2, parce fuck you haters. Les Indestructibles 2, avec le retour de Brad Bird. Et Soldado, dédié au personnage de Beni del Toro dans Sicario - si à l'origine je trouvais l'idée d'une "suite" totalement absurde, je suis maintenant bien curieux.

mardi 3 janvier 2017

Onze... films de 2016

Après la littérature, le cinéma.
Et 2016 fut un excellent cru. Je n'avais pas vécu une année aussi cinématographiquement exaltante depuis un bout de temps. 'Faut aussi dire que j'ai pas vraiment profité du cinéma depuis un bout de temps. Il y a encore quelques années de ça, j'habitais à 500m d'un cinéma de quartier au tarif plancher, et sans compter les affres du transport campagnard, je suis moyen chaud pour bouger à 30bornes et dépenser 19€ pour aller voir des trucs à la qualité somme toute relative (surtout en VF...). Ainsi donc, si mes goûts n'ont foncièrement pas changé (et sont les même qu'en littérature, en toute logique), j'en profite assurément nettement moins, me retranchant sur une VOD au facteur eye-candy autrement plus limité et aux dates de sorties assez aléatoires. Toutefois, disais-je, cette année fut exaltante, diablement fun, et rattrape un exercice 2015 pour lequel je ne faisais pas encore de top mais que j'avais trouvé absolument dégueulasse. J'ai pris un pied monumental à regarder des romances SF mielleuses au ras des pâquerettes, des aventures de l'ouest bêtes comme un canon de peacemaker, des rocambolesqueries junglesques ultra communicatives, et tout un tas de trucs dont je connaissais la bassesse avant même d'en voir la moindre image ; et si j'ai vu parmi tous ces films des tas de trucs bien plus malins qu'ils n'y semblaient, chacun d'eux m'a aussi et avant tout comblé au delà de mes plus pop espérances.
Et comme pour les livres, ils seront rangés sans ordre de préférence, par date de sortie. (Et par simplicité, je donne les titres en VO.)


Synchronicity (22 janvier)
Je suis tombé par hasard sur Synchronicity, film low-budget présenté en avant première au Fantasia International Film Festival en juillet dernier et sorti officiellement cet hiver en VOD. La présence de Michael Ironside m'avait tenté, la promesse d'une histoire d'amour temporelle intrigué, et vers la vingtième minute, j'étais juste scotché à mon écran. Film d'ambiance bleuté se passant dans des années 80 indisctinctes, Synchronicity aborde le voyage dans le temps de manière fort actuelle (et réaliste, quoique totalement inexacte) tout en surfant sur toute une vague de visuels ultra-codifiés de la SF de la période qu'il réimagine, des intérieurs à la Highlander 2 (la chambre d'Abby, c'est l'appart de Connor) aux néons blafards dans des rues enfumées. La musique, tout comme le rythme, emprunte (voire pompe) Blade Runner, et tout baigne dans une atmosphère étrangement commune tandis que le scénario s'amuse avec des cordes qui n'ont rien de quantiques. Et j'adore quand je devine la fin d'un film à sa cinquième minute mais qu'il arrive quand même à me surprendre par la façon dont il la révèle. Prévisible, mais esthétique, bien monté et envoûtant, Synchronicity enfonce largement les espérances de son statut sans-le-sous et, sous couvert de SF dure et de course à la technologie, propose effectivement une jolie histoire d'amour.

Jane Got a Gun (27 janvier)
Quand j'ai vu ce film début juin, au bout de la nuit et de l'ennui, je ne m'attendais à rien. Le trailer était chouette, mais en me renseignant un peu, j'avais vu que sa production avait été un long purgatoire, avec 45 changements de cast, le départ de sa réalisatrice la veille du début du tournage et la perte du directeur photo. D'un film de femmes par des femmes, porté depuis le début par son actrice principale, Jane Got a Gun est devenu un truc hybride qui a encore pris deux ans après son premier coup de clap pour voir le jour. Le résultat ? Un slow burn basique de défense de maison avec des personnages forts en gueules, un western sec et froid curieusement contemplatif à la mode de maintenant, ouvertement féministe, fait de tensions muettes et dont le coeur/retournement "rien de tout cela ne serait arrivé si on n'avait pas été cons sept ans avant" n'empêche pas d'avancer malgré la tristesse de la réalisation. Portman y campe une dame autrement moins bête et putassière que la Annie Caulder de Raquel Welch (ce qui me faisait le plus peur vu le pitch), et la simplicité du récit offre beaucoup de place à des héros durs et meurtris mais franchement attachants. Ca ne porte honnêtement pas loin, mais c'est impeccablement construit et raconté. Et puis l'épilogue me fait craquer, et dans l'ouest lugubre et poussiéreux du film, le contraste est juste superbe.

Gods of Egypt (24 fevrier)
Dans mon intro, je disais "conneries communicatives dont je connaissais la bassesse [avant d'entrer dans la salle]", mais Gods of Egypt est vraiment un poisson à part dans le grand océan des bêtises hollywoodiennes de l'année. Après son mondialement décrié premier trailer, ce film était tellement sur ma liste que c'en était royalement injuste pour toutes les perles de substance que nous a offert le 7eme Art, mais j'en avais tout aussi royalement rien à cirer. Je devais voir ça. Le pire, c'est que je m'attendais "juste" à un film bête et niais, je le voyais comme un Roland Emmerich des nineties, un blockbuster positif et fun prompt à me rappeler quand j'étais môme et que je regardais des "films d'aventure" sans autre prétention que le divertissement. Sauf que non. Oooooh non. Avec ce croisement aléatoire et pourtant tellement logique entre Stargate, Les Chevaliers du Zodiaque et God of War, Alex Proyas accouche d'un engin délirant que jamais je n'aurais cru voir en 2016 dans un blockbuster à 250millions de dollars. Certes, la critique y aura vu un film bancal, basique, bête comme ses pieds et dont la moitié des acteurs ont l'air de se foutre (eux aussi) royalement (Butler excessif en rageux binaire, Jaimie Lanister juste vide, Black Panther gaybotine comme un cochon et Geoffrey Rush fait des grimaces devant un fond vert à chacune de ses apparitions), mais c'est oublier l'insanité globale du machin et le sérieux confondant avec lequel il est mis en scène, qui parviennent à emporter allez savoir comment cette indicible adhésion de grande gamelle involontaire. Son scénar' de jeu vidéo et son visuel bariolé de toku nippon en font de ces divertissements croustillants du samedi soir entre potes. J'étais dedans et parfaitement au fait de la bêtise intrisèque à l'entreprise rien que sur le principe bête et méchant des dieux à mi chemin entre des Transformers et des Chevaliers d'or ('faut tellement une version alternative avec un générique de Bernard Minet), mais c'est bien le ton du film, complètement premier degré, qui lui vaut sa place ici - avec Gods of Egypt, j'ai vécu un vrai grand et incroyablement improbable moment de cinéma : j'ai vu, de mes propres yeux, la naissance d'un nanar. Si. Un nanar en puissance, pur, la définition même du terme, le truc pas fait exprès, tourné avec une foi inébranlable mais finalement désespérément foiré, fauché, baroque jusqu'à l'absurde et complètement n'importe-quoi qui prend totalement par surprise. Gods of Egypt rate, puissance mille, absolument tout ce qu'il entreprend, et la chute est tout bonnement hallucinante de drôlerie accidentelle. Ce pauvre Alex Proyas est définitivement convaincu d'avoir fait un beau et bon film en hommage puissant à sa belle Egypte, et moi, je sais que la seule gloire qu'il aura jamais, c'est une page sur Nanarland et une place de choix dans un étal de vidéoclub ; une gloire de bonbon mou trop sucré parfum foirade de l'impossible que son premier degré transporte aux frontières de l'exceptionnel, un dérapage totalement incontrôlé qui accouche d'un objet cinéphilique d'une autre galaxie, un carnaval insensé et kitsch qu'on regarde ébahi (et mort de rire) en se demandant "comment ?"

The Jungle Book (13 avril)
Les premiers singes de l'année, parfait apéritif avant Tarzan ? J'étais pas sûr. Je partais avec beaucoup de curiosité mais aussi d'appréhension, les bande annonces me laissant un a-priori hyper négatif sur son traitement graphique. Ca avait l'air réaliste jusqu'à la faute, très, trop sombre (genre "grim&gritty post-Nolan des années 2010 ultracontrastées" sombre), avec des animaux aux allures de véritables monstres fantastiques. Ca me rappelait le Legend de Ridley Scott (un de mes pires souvenirs de jeunesse), un film au prémice du dimanche matin que le ton et le graphisme rendaient tout simplement insupportable à mes yeux. J'ai aussi eu peur du "syndrome Maléfique" et du film qui ne va pas au bout de son idée... Et au final... Au final, c'est un très très bon remake d'un très très bon film (surtout que, à cinquante ans d'intervalle, y a prescription). Les deux univers, l'enfantin et le réaliste, se télescopent bel et bien (les premières minutes sont très étranges) mais le film trouve un équilibre quasi contre-nature entre les deux (au moment de la scène du rocher de la paix, en fait), parvenant à émerveiller autant qu'à effrayer sans jamais donner l'impression d'aller vers l'un ou l'autre au hasard, jusqu'à un final enflammé honnêtement surprenant où les rôles s'inversent pendant une fraction de seconde. Le Livre de la jungle nouvelle formule a beau présenter des animaux et une jungle true-to-life, l'histoire reste bigger-than, fantaisiste et fraîche dans sa caractérisation, dans une jungle pleine de couleurs, avec des personnages attachants, beaucoup d'humour, s'offrant même deux chansons qui n'ont strictement rien à foutre là (Bare Necessities passe encore, mais Walken qui récite I Wanna Be Like You, c'est deux pleines minutes de torture), et ses monstres ne peuvent rien devant la majesté et la féérie de la jungle (les éléphants, bordel...). Peut-être que je l'apprécie d'autant plus que j'avais très peur de le voir, qui sait, toujours est-il que j'en ai pris plein les yeux (j'aurais même voulu plus de Kaa, qui était le perso que je craignais le plus, pour d'évidentes johansonesques raisons) et que je l'ai revu deux ou trois fois depuis avec le même plaisir. Ce film est remarquablement beau, et ça n'a l'air de rien, mais le gamin qui joue Mowgli s'éclate comme un fou, ça se voit, et en tant que seul humain du casting, son plaisir est ultra communicatif. Le pire dans tout ça, c'est que ce film que j'attendais comme apéritif négligeable et qui m'a tant surpris s'est bel et bien être avéré le parfait pendant de Tarzan, mais à l'envers, parce que Tarzan, c'était très très très très très très (très très...) nul.

Criminal (4 mai)
Un jour, avec ma maman et ma p'tite soeur, on a décidé de passer un après-midi polar au ciné. Moi, je voulais voir Kevin Costner avec les souvenirs d'un espion casser des bras comme un Liam Neeson toxicomane, et j'ai laissé ma maman et ma p'tite soeur choisir l'autre. Permettez-moi d'appuyer sur le goût particulièrement exquis de ces dames, qui ont choisi Money Monster, un thriller économique sur fond de prise d'otage étonnement solide, sinon convenu, qui propose quelques vrais instants d'accrochage à son siège et présente Jodie Foster comme une réalisatrice à suivre. Après avoir vu les deux films, j'avais même mis Money Monster à cette même place, définitivement le meilleur film des deux. Sauf qu'au moment de finaliser ma liste, j'avais oublié Money Monster, alors que Criminal m'était fermement resté en tête. J'aime Costner environ mille fois plus que Roberts et Clooney, ce qui aide forcément, et le prémice en lui-même m'intéressait de toute façon beaucoup plus à la base, mais si je ne peux aujourd'hui décemment pas faire cette liste sans ce film, en sortant de la salle, j'étais beaucoup plus mitigé. J'avais un (plusieurs) gros soucis sur le rythme, l'originalité toute relative du scénario et le côté résolument cliché de nombreux éléments clés du récit qui le faisaient passer pour un bête film d'action rédempteur au bon fond assumé qui voit le pire des salopards sauvé par la justesse d'un autre parti trop tôt. C'est à la réflexion, à l'impact résiduel, que Criminal prend toute sa valeur. Il y a quelques images très fortes, des échanges vraiment superbes entre Costner et Gadot, et le dernier plan, qui m'avait vraiment mis mal à l'aise au cinéma et que je trouve toujours profondément creepy, a fini par emporter mon indéfectible adhésion à force d'y penser. Je me suis aussi rendu compte que son réalisateur était l'auteur de The Iceman, aux thématiques très proches, plein de ces scènes "beauté du mal" très dérangeantes, et lui aussi servi par un casting cinq étoiles, remettant à rebours pas mal d'éléments en place. Criminal est une course-poursuite spy-fy prévisible mais beaucoup moins terre-à-terre qu'il n'y parait, à la cinématographie efficace quoiqu'inégale, qui me laisse éminemment partagé sur ses qualités narratives mais qui fait définitivement partie de ces films qui restent en tête pour plein de bonnes raisons. Et je ne pouvais pas ne pas en parler.

Equals (26 mai en VOD, initialement présenté en septembre 2015 à la Mostra de Venise)
I'm a sucker for scifi romance, j'l'ai d'ja dit ; Ex Machina m'avait presque fait tomber pour un robot l'an dernier (c'est très rigolo de se souvenir de ça quand, quelques mois avant d'écrire ces lignes, on a lu Les Androides rêvent-ils de titres à rallonge en entier pour la première fois et qu'on s'est dit que, si c'était nous, on serait parti avec Rachel), et j'ai la malchance(?) de réellement apprécier Kristen Stewart, alors... J'ai tenté. Mélange entre un Gattaca moderne, des restants de THX et un monde 1984ien délateur au possible, tourné dans ce que je suis persuadé être des leftovers du The Island de Michael Bay, Equals a un monde qui n'a pas beaucoup de sens, et... C'est pas grave, en fait. La bande annonce m'avait filé des frissons hypernégatifs de souvenir Equilibriumiens avec son "no emotions" un peu beaucoup passionnément basique, mais le monde froid et sans vie d'Equals fonctionne grâce à une humanité génétiquement modifiée où l'empathie est, au sens premier, une maladie dégénérative (dont l'imagerie résonne curieusement TRES fort dedans mon intérieur de moi-même) et le film traite le sujet émotionnel comme central. On échappe donc sans peine aux plotholes où on se demande comment des gens font pour se marier et avoir des gosses dans une société où ils prennent tous des medocs antisentiments, et le résultat est une ambiance réellement glaçante. La mise en scène suit, c'est très arty, clipesque, avec un fond sonore entre classique aérien et post-rock cristallin et des flous artistiques colorés filmés caméra au poing, instables et super près des gens, avec un relent insécure désorientant et voyeuriste. Au milieu de ça, une romance un peu niaise mais puissante et bien amenée (et qui passe d'autant mieux que Hoult est un illustrateur, donc déjà susceptible d'être plus désinhibé que ses collègues et avec un moyen de s'exprimer). C'est pas grandiose, mais c'est beau, touchant de simplicité, et ça me fait des choses le long de la colonne vertébrale (le final...). C'est, de loin, le film qui m'est le plus revenu en tête cette année, celui que j'ai le plus revu, que j'ai pris le plus de plaisir à revoir, j'en ai écouté la bande son en boucle, et je pense très sincèrement que c'est mon film favori de 2016. Yea. I am a sucker for sci-fi romance.

Kubo and the Two Strings (13 aout)
Le studio Laika n'est pas tenu par des manches. A l'oeuvre sur Coraline, Paranorman et The Box Trolls, ayant été formé à la grande école d'Henry Jamesetlapèchegéante Selick, Kubo était pourtant leur premier film entièrement réalisé in-house, avec Travis Lnight, lead-animateur, en guise de réal. Le résultat ? Breath-fuckin-tacking. Et vous me pardonnerez la grossièreté. Kubo est beau, épique, fourmillant d'idées, avec un graphisme ciselé (quoique tourné sur fond vert et rehaussé de CGI, le stop motion reste indéniablement palpable et la patte Selick est bien plus présente que dans un Paranorman, par exemple), un casting vocal cinq étoiles et une bande-son absolument magique. Sous le déluge de superlatifs ? Un conte pour enfants sombre mais drôle et gai, habituel de la firme, n'épargnant ni douleur ni cruauté, narré quasiment à la première personne (l'intro est superbe), avec toujours cette touche de fantastique horrifique hyper-référencé, jouant cette fois-ci des monstres nippons pour ajouter à la surprise. Et puis c'est beau. Vraiment beau (du genre à faire regretter de pas l'avoir vu au ciné, même si le dévédé m'a permis de faire pause à tout bout de champ pour regarder les décors - sans rire). On n'atteint, scénaristes et réals étant loin d'en avoir le bagage, pas le niveau de maîtrise d'un Coraline (l'histoire est aussi beaucoup plus convenue, une simple quête initiatique avec ses persos et situations classiques), mais il y a ce "truc" incertain qui rend le voyage, tout prévisible qu'il soit, toujours merveilleux.

The Magnificent Seven (28 septembre)
L'idée me plaisait, le réal me plaisait, le cast me plaisait, les trailers me plaisaient... Le film m'a plu. Aussi simple que ça. Les Sept mercenaires nouvelle version n'a aucune utilité, et c'est précisément tout son intérêt. Le plot est connu (et pas que par l'original, lui-même un remake, et dont le prémice a été repris 115mille fois depuis) mais il y a justement un côté diablement engageant dans cet espèce de cocon scénaristique et caracteriel qui fait que le truc fonctionne. A mort. Ce film est convenu, prévisible et, pour être honnête, très artificiel, mais il a du style et pue la badasserie par tous les pores, espèce de spagh' ultra moderne avec une collection de gueules telle que j'en avais pas vu depuis Sergio Leone et des idées de mise en scène dont la démesure se dispute à l'archétypage (et une musique...). Souvent, il en prend des allures de bédé, bien aidé en ça par une colorimétrie jaunâsse de vieux pulp et des contrastes totalement exagérés. Les héros sont au diapason, Denzel transpire la classe, Pratt est fun, Ethan Hawke fait merveille en sniper hanté, les méchants sont ultra méchants et over-the-top, et si on oublie vite les autres persos, il leur reste quand même assez de temps d'écran (et de chara-design iconique) pour une scène d'anthologie ou deux (j'aime tout spécialement le fait qu'ils aient repris certains gimmicks des originaux mais aient construits des persos totalement différents avec - D'Onofrio et Storm Shadow, notamment). Bon, pour sûr, c'est pas Hell or High Water (sublime western moderne), vous n'allez pas voir Les Sept mercenaires en 2016 pour recevoir le même genre de baffe que pouvait mettre Les Sept mercenaires de 1960, vous y allez pour vous souvenir de la baffe en question. Ce film est un trip nostalgique et gamin, gratuit et désinvolte, le genre de prod' qui démarre autour d'un verre en disant "Hé, viens on fait ça, comme quand on était mômes", et qui le fait superbement bien. C'est pas con, pas prétentieux non plus, c'est juste pour le plaisir. Et en ça, je retrouve Antoine Fuqua : son King Arthur m'avait rappelé pourquoi j'aimais les peplums, ses Sept mercenaires me rappellent pourquoi j'aime les westerns. Et bordel j'aime les westerns.

The Accountant (14 octobre)
Que voila un film intrigant, et le dernier à avoir fait la liste, en vérité. Je pense ne plus avoir besoin d'exprimer mon soft spot pour la spy-fy et les techno-thrillers, j'suis un gamin des films d'action des nineties et j'ai grandi pour en apprécier les évolutions techniques et esthétiques modernes, mais ce goût m'a souvent joué des tours, surtout quand le genre et ses tropes partent tellement dans tous les sens qu'on a encore du mal à savoir si c'est bien de la spy-fy ou du techno-thriller. En l'occurrence, ici, on est plutôt dans le giron pleinement action/one-man-army/pan-pan-boum-boum du truc, puisque plane une (gigantesque) ombre curieusement old-school mais néanmoins très moderne dans la mystéro-Bournerie que cette histoire de tueur-banquier laissait imaginer : John Wick. Difficile en effet de ne pas voir le spectre du nouveau nom de Keanu dans chaque placement de caméra ultra-léché, dans la précision mathématique du personnage comme de ses plans d'action, et dans la violence au visage froid qu'il décharge sans prévenir... De là vient aussi ce qui est à mon goût le pire défaut du film (faire de l'autisme un superpouvoir), mais comme chez Wick, comme chez Bourne et comme chez tous ces héros qui ont à leur manière redynamisé nos films d'action, ça marche dans la logique interne du récit. Et le perso est vraiment bon ! Certes, il est absurde, le prémice même est absurde, mais une fois l'incrédulité suspendue, il marche : c'est pas vraiment un super-héros, c'est un soliste un peu égoïste, sa condition le rend distant et fuyant, il est cheval entre son éducation rude et son hypersensibilité, et il a juste une manière plus qu'évocatrice de la décharger. Il est présenté si sérieusement qu'on n'a pas vraiment l'idée de s'arrêter pour se dire "Hé mais c'est n'importe-quoi". On accepte, parce que c'est comme ça. Et c'est tout ce côté premier degré qui fait le sel de ce genre de pièce au cinéma : parfois ça foire et ça donne Gods of Egypt, parfois ça marche et ça donne The Accountant (ou Mr Wolff en VF, parce que "Le Comptable" ça sonne pas assez badass, je suppose). The Accountant est un suiveur, il n'a rien de révolutionnaire, n'ayant ni la pertinence surprise de son inspiration ni même l'intention de l'avoir ; non, il s'inscrit dans la pure exploitation, et toute la question, c'est de la faire bien. Et The Accountant le fait bien, soigneusement codifié et réalisé (par un monsieur qui n'est pas un manche, d'ailleurs, puisqu'on doit aussi à Gavin O'Connor des trucs comme Warrior ou (tiens tiens) Jane Got a Gun - à croire qu'il est un spécialiste des projets blacklist), exploitant tant les défauts attendus que les qualités expectés de ce genre de production (jusqu'au final revelations-heavy à en devenir ridicule), avec pour principal effet (à part de m'avoir rendu salement impatient de voir John Wick 2 -genre, encore plus que le simple fait de savoir que John Wick 2 va sortir putain-,ce qui, dans sa catégorie d'actionner premier degré badass et cool, est déjà un compliment) de conforter l'amateur du genre dans le fait qu'il aime ces films. Ouaip, encore un film "zone de confort", à croire que j'ai vu que ça cette année...

Jack Reacher: Never go Back (21 octobre)
On m'avait dit et j'avais lu tellement de mal de ce film que je l'ai vu, si en pas en traînant les pieds (Jack Reacher fut de mes favoris de 2012 et j'attendais quand même sa suite, malgré l'absence de Christopher McQuarrie aux manettes, avec beaucoup de curiosité), au moins avec un fort a-priori. Quelle charmante surprise, alors, quand le film s'avère, à défaut d'être spécialement marquant, au moins compétent et conscient de ce qu'il fait. On se laisse assez facilement embarquer par un trio de héros plutôt bien pensé et agréable à suivre, le méchant très méchant est autrement plus inquiétant que Jai Courtney, et si l'intrigue globale se boucle de manière un peu tire-bouchonnée, c'était de toute façon déjà le cas dans le premier film... Alors quoi ? Pourquoi tant de haine ? Eh bien tout simplement, Never go Back n'a, stylistiquement comme scénaristiquement, pas grand chose à voir avec le premier volet, et la comparaison n'est pas franchement flatteuse. Sans compter qu'il est bien basiquement un moins bon film pour commencer, il souffre surtout d'une rupture de rythme assez flagrante et pas toujours maîtrisée par Edward Zwick, qu'on sait plus à l'aise sur des films plus posés (voir Le Dernier samourai ou Blood Diamond). Ce qui est très drôle et très paradoxal, c'est que son CV en faisait réellement un remplaçant tout désigné à l'esthétisme lent que McQuarrie avait développé sur le premier, mais que, justement, Zwick ne maîtrise pas le rythme imposé par la course-poursuite continue de ce second volet, là où McQuarrie avait parfaitement réussi la transition blockbusteresque sur Mission Impossible 5. De là découle un film un peu bâtard, trop propre et trop calibré, trop "Bournien" pour être honnête (ce qui est très drôle à dire quand, justement, la cuvée Bourne annuelle fut l'un des pires films de l'été), et dont le montage ne fait que souligner les errances d'un scénario qui tente à la fois d'humaniser la figure monolithique de Reacher tout en appuyant sur son côté Terminator invincible, auquel il faut ajouter une intrigue espionne qui était déjà strictement prétexte et bête dans le livre... Et c'est précisément là qu'intervient un détail hors-le-film qu'on oublie vite mais qui m'a frappé : ce côté plan-plan mécanique, purement récréatif ou presque, et le passage d'une histoire à l'autre d'un policier quasi contemplatif à de la grosse baston post-militariste, c'est précisément ce qui fait tout le sel des bouquins de Lee Child, auteur au style pulp cinématographique à souhait qui n'a jamais caché écrire pour le fun et pour le fric. Never go Back est, c'est un fait et je l'ai déjà souligné, moins bon que le précédent, mais il est également une parfaite illustration de son matériau d'origine. Il y a quatre ans, Jack Reacher m'avait donné envie de lire ; cet automne, Never go Back m'a rappelé mes sensations de lecture.

Arrival (11 novembre)
Ben oui, Arrival, bien sûr, Arrival. Bon, qu'on soit clair dès le début, je savais quelle réputation avait le film en y allant, je connaissais l'histoire (la nouvelle d'origine est une de mes références absolues en hard SF), j'étais totalement acquis à sa cause et je voulais qu'il m'en mette plein les yeux. Mon biais n'est pas assez prononcé et je n'suis pas assez cinéphile pour vérifier ou commenter le péremptoire consensus qui voudrait que ce soit "le meilleur film de SF de la décennie" ou "le nouveau 2001", mais ce qui est certain, c'est que question m'en mettre plein les yeux, il ne s'est pas fait prier. On sent, surtout dans la mise en scène des tenants militaires de l'opération, ce qui avait fait le succès de Villeneuve sur Sicario, l'image scotche à son siège et le sound design est proprement terrifiant (jusqu'à friser très sérieusement mes extrêmes misophones et nictophobes), le slow burn courant de l'arrivée au camp de base à l'entrée dans le vaisseau extra-terrestre étant probablement, oui, la meilleure pièce de cinéma de l'année. Mais il y a un mais. Parce que la comparaison avec Sicario peut être étendue à tout le film, en fait. Sa structure, son rythme, son découpage, son montage, sa musique, ses personnages, tout. De fait, tant qu'il est question de raconter avec des images (les imbrications des flashbacks/forwards et la confusion temporelle de Louise, par exemple), Villeneuve fait un boulot magistral, mais sa narration hypervisuelle s'accorde (assez logiquement) mal avec une intrigue linguiste étonnement précise, un secret militaire laissé intentionnellement opaque et d'importantes considérations métaphysiques qu'il eut été bon de longuement expliquer, plombant souvent le rythme et diluant peu à peu l'effet boeuf de sa première demi heure. Le scénario semble trop dense, trop touffu pour qu'on en reste à ce brouhaha ambiant, certes parfaitement en phase avec l'état émotionnel d'une héroïne qu'on suit à la première personne, mais qui ne semble jamais réellement maîtrisé (et j'ai tendance à penser que son recours à la voix off est un aveu de faiblesse à ce niveau là). A l'extrême opposé de la première demi-heure de trouve ainsi la dernière, un rush en forme de puzzle -assurément volontairement- incompréhensible dont on récupère certes les pièces maîtresses mais qui laisse de frustrantissimes -et pas tous volontaires- trous, et une partie de moi ne peut s'empêcher de penser que j'ai souvent du à ma connaissance du texte d'origine de boucher ceux qui pleuvent au fil du récit. Reste que Villeneuve sait faire des images, construire des moments et donner de l'impact à ses scènes, et que s'il peine à raconter une histoire, il plante suffisamment de graines dans ses moments forts pour rattraper l'attention parfois glissante de son spectateur (j'avais d'ailleurs aussi eu cette sensation de "ventre mou" au milieu de Sicario, et c'est exactement ce que je craignais sur Arrival) et lui remplir les yeux dès qu'il en a l'occasion. En résulte un bel objet de cinéma, un film effectivement superbe dont les scènes majeures resteront en tête pendant un bout de temps, mais aux faiblesses tout aussi visibles que ses forces. Sa principale qualité, et rafraîchissante originalité, c'est d'être un blockbuster de SF intelligent, sans le moindre coup de poing, une espèce de songe étrange dont le rythme lancinant et la froideur (le réalisme?) ambiante s'accordent aussi paradoxalement que parfaitement à l'improbabilité scénaristique. Je ne sais pas, disais-je, s'il mérite sa dithyrambique réception et sa réputation de futur culte, j'en doute même très certainement, mais il mérite assurément celle qui en fait un bon et beau film, et il a par ailleurs le bon goût de confirmer Villeneuve comme un excellent réalisateur "de l'image" (et ça me pump grave pour Blade Runner 2049, semblant de rien, parce que ça aussi, c'est le genre de film dont je n'attend rien d'autre que du plein les yeux contemplatif - et putain, s'il arrive à avoir son Dune...)

Mentions spéciale
Spartacus (13 mars)
Oui, Spartacus. Y a eu Spartacus au ciné cette année. Mais un Spartacus tout à fait spécial. Voyez-vous, pendant qu'on s'amusait à faire un remake dégueulasse de Ben Hur, j'ai vu un truc très étrange au cinéma cette année. Enfin, étrange... étrange javaisjamaisvuavant, pas étrange bizarre : j'ai été voir un ballet.
Et c'est...... fascinant. Bon, j'ai choisi, hein, j'ai été voir Spartacus, comme ça au moins j'étais sûr d'y trouver un demi intérêt, mais le truc c'est que j'ai vu une des représentations du Bolchoï diffusées au cinéma... Et c'est juste complètement dingue. Ca m'a fait le même genre d'effet que de regarder l'original muet d'un film que je connaissais. Il m'a beaucoup fait penser à ma première vision de Metropolis restauré, par exemple, mais je vais prendre un exemple plus pop et plus parlant : Frankenstein. Le film de 1931 est un remake d'un film muet de 1910, et le screenplay est sensiblement le même, sauf que ça dit rien, c'est du muet, y a juste une bombarde musicale et des gens qui se meuvent à l'écran. Spartacus en ballet, c'est pareil. L'histoire que j'connais, racontée en mouvements amples et affectés. Et narrativement, c'est un truc de dingue. Y manque rien. Toutes les scènes sont super compréhensibles, les danseurs sont tellement expressifs qu'on ne rate absolument rien de qui fomente un mauvais coup ou qui a peur pour l'autre, et dans le même temps, ça virevolte partout, y a des légionnaires qui font des triples axels, des courtisanes qui font des splits par dessus des esclaves prostrés avec emphase, des bergers qui dansent avec des satyres... C'est... Fascinant, ouaip, j'ai pas d'autre mot. Ca compte pas vraiment, mais c'est pourtant la meilleure expérience que j'ai vécue dans un cinéma cette année.


Mentions
Deux docus bédé, d'abord Hergé : à l'ombre de Tintin, portrait comme son nom l'indique du créateur plutôt que de la créature, ce qui n'est pas arrivé souvent (surtout en comparaison du nombre d'études dédiée au petit reporter), puis Lucky Luke - La fabrique du western européen, dédié quant à lui tant aux auteurs qu'au personnage, et surtout à l'impact du cow boy de Morris sur l'imaginaire franco-belge. Zootopia, fun, joli, attachant, avec un putain de bon sujet et beaucoup de finesse, mais tristement incohérent narrativement - et j'aime pas incohérent dans mon polar, même quand les policiers sont des lapins mignons. Warcraft était carrément bon par rapport à la réputation dégueulasse qui le précédait, mais si le graphisme est réussi et le film clairement compétent (en même temps, fiston Bowie n'est pas un branquignol), c'est quand même très moyennement mon délire. Et j'ai regardé Deadpool, au pif, un aprem' d'ennui - c'est très con, pas très bon, narrativement au ras des pâquerettes, trop long (et pourtant ça dure 1h40), la fin pue du tchul et le cassage de quatrième mur à tout bout de champ c'est vraiment très chiant, mais j'ai rigolé comme un stupide d'un bout à l'autre et j'ai pu prouver à mes yeux et mes oreilles que Ryan Reynolds était bel et bien Deadpool en vrai (si, depuis le début, revoyez son Hannibal King dans Blade 3, c'est sidérant), so i guess, hurray ?


J'ai pas de liste d'attente particulière pour l'an prochain (Blade Runner 2049 et John Wick 2, c'tout), aussi finissons avec un mot sur The Legend of Tarzan, si vous le voulez bien.
Pour citer Winnie l'ourson : "oh, misère." Je voulais que ce film marche. Je voulais tellement que ce film marche. Je l'ai même défendu de certaines accusations que je trouvais étranges avant même de l'avoir vu. D'ailleurs, le voir, j'en avais la frousse, les premières images et l'affiche promotionnelle étaient assez dégueu à mon sens. Mais je voulais qu'il marche, j'étais même prêt à me forcer à l'aimer, tant je voulais qu'il venge John Carter. Et... non. Juste non. Merci, sans façon. Je me souviens qu'à l'issue du premier trailer (décembre 2015 quand même), j'avais écrit deux ou trois impressions, comme Margot Robbie qui ressemblait vraiment à cette Jane désespérément amoureuse, toujours en danger mais loin d'être sans ressource, qui vit dans mon imagination (je ne le répéterai jamais assez, Jane n'est pas une princesse en détresse, c'est une cible pour atteindre Tarzan, elle le sait très bien, et elle s'en fout - c'est même précisément la confiance absolue de Jane qui rend l'image même de Tarzan si puissante), comme le design des singes complètement abusé (genre "miniature du King Kong 2005" abusé), et comme je m'attendais à ce que monsieur Waltz cabotine encore plus que dans James Bond. Le tout baignant dans une imagerie exagérément badass qui donnait salement envie et absolument pas du tout à la fois. Du magnifiquement encourageant et de l'affreusement peu engageant en même temps, quoi. La seule chose que je n'avais pas jugée au préalable, c'était Lord Greystoke ; même après cet encart risible où Samuel L. Jackson l'invective dans un salon, je réservais mon avis. Il m'avait l'air apathique et j'avais peur du syndrome Mad Max Fury Road où il serait le fantôme de son propre film, mais je voulais juger sur pièce. Tout ce qui m'intéressait, c'était que ce soit une aventure autocontenue et de ne surtout pas avoir à vivre une énième origin story...
Au final, j'avais bon sur toute la ligne, en bien comme en mal. Par exemple, Margot Robbie. Margot Robbie est Jane Porter, et c'est le seul point positif du film. The Legend of Tarzan est un récit pulp débridé abracadabrantesque, ce qui n'est pas un mal en soi, mais dont les largesses narratives sont quasi impardonnables (le montage est ignoble, c'est le mec qui a fait les derniers Harry Potter, ça s'voit, et c'est pas un compliment) et dont le graphisme oscille difficilement entre l'absolument fantastique (la réunion avec les lions) et le CG ultra fake dégueulasse (absolument tout le reste). Jackson et Waltz sont deux clowns agaçants qui font des monologues inutiles, Djimon Hounsou, pauvre Djimon Hounsou, est le (sous-)méchant le plus inutile de l'univers, et Alex Skarsgård fait peine à voir en Tarzan constamment ballotté entre fiction et réalité, fatigué par sa propre légende et bien mal servi par l'incapacité du scénario à choisir l'un ou l'autre. C'est... pénible. Pénible en tant qu'amateur du personnage, évidemment, mais surtout en tant qu'amateur de cinéma. Y a des "moments", comme ces quelques secondes de retrouvailles avec les lions, ou ce plan dans la bataille finale où Tarzan rattrape Jane au vol et qu'elle se love dans ses bras quasi-instantanément, mais j'ai l'impression qu'il manque des bouts. Le film ne décolle jamais, et visuellement, c'est d'une tristesse... Les feuilles vertes désaturées et la pluie, ça marchait dans l'approche naturaliste d'Hugh Hudson, mais dans ce film tourné à 99% sur fond vert, c'est laid. Sans compter un rendu tout flou à demi éthéré qui ne rend pas service à la qualité plus que discutable des effets spéciaux et dont la lumière me fait penser à tellement de jeux vidéo aux shaders foireux que c'en serait drôle si ce n'était pas si triste.
Et si encore c'était fun ! Mais non. C'est chiant. Rendez-vous compte, ils ont réussi à rendre Tarzan chiant ! Au début du projet, j'imaginais au moins pouvoir en dire qu'il me faisait le même effet que John Carter, "emportant inconditionnellement mon adhésion malgré ses défauts", et c'était probablement le meilleur compliment que je pouvais lui faire, mais je refuse d'insulter John Carter avec ce film. Il l'a bel et bien vengé au box office, mais qualitativement... The Legend of Tarzan est un immense gâchis, un gâchis que je place au même rang que -tiens, tiens- le Mad Max de l'an dernier : des persos que j'adore, un bon cast, quelques chouettes images, mais un film narrativement effroyable, sans âme, creux en contenu, qui pue le fake de synthèse et se révèle au final juste désespérément, tristement et irrémédiablement... mauvais. Je suis amère déception.