Affichage des articles dont le libellé est Neil Gaiman. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Neil Gaiman. Afficher tous les articles

mardi 2 janvier 2018

Onze... livres de 2017

Avant toute chose, j'ai un aveu à faire : j'en ai fait le bouquin de 2016, j'ai crié crever d'envie après la suite, et au final, j'ai pas lu Liu Cixin. Je sais pas pourquoi (enfin, si, je sais, j'ai lu sur ActuSF l'ouverture avec la fourmi, et elle est dégueulasse, et j'ai lu d'autres trucs après ça, et comme il fait six cent pages j'ai pas encore osé l'ouvrir), mais je me dit que, comme il y a un troisième tome encore à venir, j'ai largement le temps de lire tout ça l'an prochain en mode boulimique au bord de l'automne.
Et à part ça ? 2017 fut une année riche de nombreuses découvertes autant que de confirmations, avec les habituels accents pop et pulp mais aussi plein de trucs un brin plus pensifs qui font tourner mon cerveau à plein à l'heure. Même que j'ai eu du mal à trier. A un moment, je me suis même demandé s'il ne serait pas judicieux de faire un top bédé et un top prose séparés. Ca m'apparaissait presque logique, surtout en notant le clair déséquilibre dans mes sélections de l'an dernier, où j'avais par exemple été totalement incapable de laisser un produit aussi pop et dispensable (malgré sa réelle qualité) que Vampirella-Aliens de côté alors que j'avais taillé sans la moindre hésitation des trucs (tout aussi pop) comme les Dragons de Marie Brennan ou les Dinosaures de Victor Milan de ma liste de lecture (à la place, j'ai lu Liu Cixin, avec les résultats que vous connaissez). Et puis je me suis dit que je ne faisais pas ça pour l'autres top, que je mêlais téléfilms, courts, DTV et documentaires à ma sélection cinéma et que ça me paraissait même totalement absurde de penser faire autre... Alors je ferais pareil ici.
Voici donc, dans le désordre stylistique et thématique (mais par ordre chronologique), mes onze romans, bédés, nouvelles et anthologies favoris de 2017.


Neil GaimanNorse Mythology (W.W. Norton, 7 février)
Celui-là, je l'avais prévu. Tellement prévu qu'il fut, ainsi que je l'annonçais dans ma wishlist de janvier dernier, mon premier livre de 2017. Sur la lancée d'A View From the Cheap Seats, malguidé (si, ça se dit) par un titre lambda qui puait l'encyclopédie, j'ai longtemps cru que Norse Mythology serait un livre de textes et pensées de Gaiman sur les dieux nordiques et leur puissance évocatrice (qu'il exploita notamment dans American Gods, curieusement d'actualité, ou Odd et les géants de glace). C'était déjà bien intéressant comme idée, mais quand j'ai ouvert le bouquin (enfin, l'epub) et que je suis tombé sur une série de courts contes plus ou moins liés avec des dieux pas toujours aux places auxquelles on les imagine, j'ai été aussi surpris qu'emballé. Norse Mythology reprend le sujet et le style lyrique et quelque peu impersonnel des récits de l'Edda, avec une touche pince-sans-rire toute gaimanienne, réécrivant ses légendes comme on les raconterait à un enfant sans toutefois se départir de la destinée apocalyptique inhérente au sujet. C'est drôle, épique, plein d'esprit, et l'écriture compacte ainsi que le côté "best-of de faits fabuleux" rendent la chose aussi aisée que délectable à lire. Ca m'a honnêtement parfois fait penser au style simili-enfantin de Coraline, avec une couche de chanson de geste par dessus, renforçant d'autant l'écart entre les côtés à la fois balourds et poétiques de personnages hors-du-commun. Le parfait bouquin à lire à huit ans planqué sous la couverture, ou raconté par la voix grave de papa. J'ai pas encore lu la VF (sortie le 18 mai au Diable Vauvert sous le titre un peu loupé de "Mythologie Viking"), mais j'n'ai aucun doute sur sa qualité, ayant été confiée à Patrick Marcel, un monsieur qui n'en est pas à son premier Gaiman (Coraline, Neverwhere, L'Océan au bout du chemin, Miroirs et fumées) et qui, exemples complètement (mais alors complètement) au pif, s'occupe aussi des adaptations du Trône de fer, de toute la VF d'Alan Moore et de plein de trucs lovecraftiens (lisez son Atlas des brumes et des ombres!).

Jean-Laurent Del Socorro - Boudicca (ActuSF, 6 avril)
Je ne connais pas Jean-Laurent Del Socorro, mais Boadicée, je sais qui c'est ; sorte de Vercingetorix à l'anglaise, figure historique, certes, mais mythique surtout, que cette vraie-fausse autobiographie rédigée dans un présent sec et un vocabulaire brut image avec beaucoup d'élégance. Evidement, on arguera qu'humaniser les héros rendus flous par le temps est le lot de tout récit dédié à une personne historique et que, dans le paysage imaginaire moderne, qu'un jeune auteur se fade d'un bouquin ouvertement féminin (pas féministe, pas confondre) puisse faire lever un sourcil, mais il y a les questions que la critique et l'édition posent, et les réponses que la lecture apporte. Et Boudicca est une fantastique fresque bourrée de détails, une chronique légendaire éminemment poétique et pleine de magie, mais définitivement ancrée dans une réalité qui, si elle fait évidement écho à des questions actuelles, aussi bien sociétales qu'identitaires, n'en affiche pas moins une réelle volonté historique. Boudicca n'est pas un effort marathonien (deux cent pages à tout casser), et tant mieux, car, emmené par un personnage multifacette qu'on a franchement envie de suivre jusqu'au bout de son périple (quand bien même on connaîtrait sa fin à l'avance), il est le prototype parfait de ces bouquins "prend aux tripes" qu'il est proprement impossible de lâcher avant la fin. Je sais, c'est très cliché comme observation, mais c'est la vérité, et alors que même une nouvelle de Kull est quelque chose que je lis en deux ou trois étapes, que je m'enfile comme ça d'une traite un roman choisi presque au hasard (je me le suis procuré au milieu de l'été lors d'une braderie "tout à 1€" chez emaginaire, la boutique numérique d'ActuSF) est un signe assez évident de sa qualité. Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est mon livre de l'année, mais il est indiscutablement sur le podium, et il m'a suivi encore un moment après sa fermeture - et ça aussi, c'est un signe évident de qualité. Monsieur Del Socorro, je suis ravi de faire votre connaissance.

Clark Ashton Smith - L'intégrale (Mnemos, 10 juin)
Quels pavés... Et quelle qualité ! Avec ce projet participatif, financé à environ 12millepourcent et seul auquel j'aie jamais adhéré de ma vie (d'ailleurs, je liste ici la date à laquelle j'ai reçu mon exemplaire -numéroté, la classe-, la chose étant parue en librairie en épisodes à partir de septembre -avec la sortie de Zothique, Averoigne devrait suivre en février prochain-), Mnemos se proposait purement et simplement de (re)traduire TOUT Clark Ashton Smith, du moins tout son versant fantasy (resté incomplet chez NéO et à la côte proprement impensable aujourd'hui). Et quand on a lu et relu les trois malheureuses nouvelles du monsieur parues dans les anthologies de Jacques Sadoul, résolu de le faire en VO faute de traduction accessible, et passé des années à réfléchir son oeuvre à la lumière souffrée de ses contemporains de Weird Tales, finir, enfin, par tenir trois gigantesques volumes (que j'peux pas ouvrir, certes, mais qui puent tellement la classe dans ma bibliothèque et dont j'ai de belles versions numériques superbement optimisées pour compenser) comprenant l'intégrale des cycles monstrueux de l'apocalyptique Zothique ou de la cthulhuesque Hyperborée (entre autres), plus quelques bonus bien sentis (la boite était remplie jusqu'à la gueule de posters, cartes postales, marque-pages et autres goodies inutiles mais tellement plaisants), ça fait quand même tout drôle dans son intérieur de soi-même. La traduction est au diapason, tout à fait excellente, retranscrivant l'atmosphère bouillante et oppressante des récits de Klakash-ton avec un certain brio (et, vu ce qu'avaient donné les dernières intégrales de Robert Howard chez Bragelonne, c'est bien ce qui me faisait le plus peur), pour un voyage angoissant de presque mille cinq cent pages. Par ailleurs illustré à titre posthume par ce fou génial de Zdzislaw Beksinski et tout un tas de gens de bon aloi, ce truc prend des allures de bible multivolume insensée, un objet de bruit et de fureur comme policé par une édition en faisant un article de luxe. Indiscutablement la publication de l'année, ces livres ne sont pas seulement de mon top annuel, oh non, ils ont aussi eu droit à une entrée instantanée dans le club très fermé de mes bouquins favoris de tous les temps.

Ken Liu - Le Regard (Le Belial, 15 juin)
L'an dernier, j'attendais chez Belial l'intégrale complétée de La Patrouille du temps de Poul Anderson, deux gros volumes avec de jolies couvertures de Caza qui feraient plaisir à mes yeux et se suicider mon portefeuille. Leur nouvelle gamme Pulp, lancée avec du Jack Vance (et qui a vu paraître les deux premiers volumes du Capitaine Futur d'Edmond Hamilton -alias Capitaine Flam- au printemps), m'intéressait aussi... Et puis je suis tombé sur quelque chose de plus intriguant encore : la collection Une Heure lumière. Il m'arrive souvent de dire que j'ai le niveau d'attention d'un gamin de huit ans, et que lire un roman, c'est long, très long, trop long, pour le gamin de huit ans dedans mon intérieur de moi-même. Par ailleurs, j'ai toujours trouvé l'exercice de la nouvelle plus intéressant, obligeant les auteurs à développer en peu de lignes des concepts qui auraient rempli des livres entiers, offrant au modèle une forme d'urgence conceptuelle passablement exaltante (sans en minimiser la qualité, je trouve, par exemple, L'Eclat du phénix infiniment supérieur à Fahrenheit 451). Entre les deux, il y a la "novella", un récit ni long ni court dont la collection du Belial se faisait porte-étendard. Et à une demi-douzaine de sorties par an annoncée, j'aurais déjà pu en lister un paquet dans mon top précédent (Dragon de Thomas Day, Cookie Monster de Vernor Vinge, L'Homme qui mit fin à l'histoire de Ken Liu), mais les hasards de la sélection en avaient décidé autrement... Cette année, le vénérable Greg Egan aurait fait une bien belle entrée avec son élégant Cérès et Vesta (une exploration du dilemme du tramway sur fond de boat peoples spatiaux), ou bien les 24 vues du mont Fuji de Zelazny (prix Hugo 1985 jusqu'alors inédit en France), mais on reviendra vers Ken Liu avec Le Regard, une nouvelle publiée à l'origine dans le recueil Paper Menagerie (2014) et qui était inexplicablement absente de la (pourtant allongée) version française. En essence un polar cyberpunk hardboiled plein de néons nocturnes tout à fait classique, Le Regard trouve souvent le moyen de prendre son lecteur à contre-pied. Pas question ici de chercher avec la protagoniste l'identité du criminel, on n'est pas dans un whodunnit, tout se centre sur les outils à disposition de la police et ceux qui poussent au meurtre dans cet univers augmenté (le changement du titre de la nouvelle, du Regular de la VO au Regard de la VF, en devient presque un élément d'intrigue à part entière), et comment une privée seule avance, au rythme de l'utilisation du gadget-titre (le regular/régulateur en question), vers le dénouement de son enquête, et toutes les choses au milieu. Le tout est soutenu par une écriture particulièrement froide que n'aurait pas renié Dashiell Hammett, une bonne couche d'argot de futur et la précision des descriptions toujours très documentalistes de Liu qui, par un curieux jeu de références et d'actualités, m'a souvent fait penser à des récits d'Egan (notamment L'Assassin infini) et au tech-noir du Schroedinger's Gun de Ray Wood (une des meilleures nouvelles de 2015) ; un genre de William Gibson qui serait allé à l'école, en fait... T'es cher, Belial (4€ les cent pages en epub, le double -parfois plus- en physique, quand même), mais t'as gagné, elle m'intéresse, ta collection.

Dan Abnett et Phil Winslade - Lawless v01: Welcome to Badrock (Rebellion, 28 juin)
Les publications 2000AD, c'est toujours un peu curieux. On lit ça par tout petits bouts, étalés sur des mois, dans deux magazines différents, et des fois, on se surprend à découvrir la relative petitesse d'une série qu'on suit pourtant assidûment depuis des années. Ainsi donc, contrairement à ce que pourrait laisser croire la relative sagesse de ses cent soixante pages, Welcome to Badrock compile presque tout ce qui est sorti de Lawless à ce jour dans Judge Dredd Megazine (à savoir les trois premiers arcs, parus respectivement en 2014, 15 et 16, le quatrième étant précisément en cours de publication au moment où est sorti ce TPB), et quand on a l'habitude de lire la chose à raison de 7-8 pages mensuelles 5-6 mois sur douze, ce presque-gros volume fait sacrément plaisir. Ce qu'il y a dedans ? Un western de l'espace sans concession narrant les exploits du Marshall Metta Lawson dans la ville frontière de Badrock, entre bagarres de saloon, colons vindicatifs et indigènes incompris, pétri des poncifs du genre et passé à la moulinette 2000AD, livrant secrets, mutants et gros gunfights badass par paquets de douze. Rythmée par une narration ultra-compacte et habillée par un dessin absolument splendide, Lawless est tout simplement l'une des meilleures séries du catalogue Rebellion actuel (avec Kingdom, incidemment une autre création d'Abnett). Par ailleurs, je lis tout ça au format numérique mais, comptant la difficulté pour se procurer un abonnement 2000AD papier ou un Judge Dredd Megazine en France, ce TPB devient tout simplement indispensable.

Francesco Francavilla - The Black Beetle: Kara Böcek (Dark Horse, 6 septembre)
2009 ! Francesco Francavilla, blogueur pulp et cover/poster artist de génie, a commencé cette bédé en 2009. Oh, c'est loin d'être le seul truc sur lequel il a bossé (depuis ses débuts éditoriaux, il a offert au personnage quatre mini-séries chez Dark Horse et signé de nombreux fill-ins - sur Black Panther et Daredevil chez Marvel, notamment), mais ce Kara Böcek, à l'origine un webcomic au format italien (un choix malin pour lire sur les écrans larges des ordinateurs), il avait juré de le finir un jour. C'est désormais chose faite avec la publication de ce graphic novel d'une cinquantaine de pages, en couverture dure à l'européenne et rempli à ras bord de doubles pages de l'awesome (et d'un paquet de dessins préparatoires pour les pages qu'il a pu/du retravailler pour les adapter au format). L'histoire, c'est du grand classique, du pulp épicé de la grande époque, avec son héros en costume à mi chemin entre le Shadow et le Frelon Vert, ses méchants nazis, et ses secrets, dans l'Istanbul-des-mystères qu'on trouve dans tant de récits (un peu la planète Mars des villes du monde). Et bien entendu, c'est absolument superbe, plein de suspense et de coups de poing au menton, dans un délire narratif ultra inventif (comme dessiner les cases de sa bédé dans les fenêtres d'une devanture, par exemple) qui rappelle autant l'urbanisme génial d'Eisner que les énormes demi-pages d'illustration des dime novels. Quand je parle de mecs qui me donnent envie de lire/faire de la bédé, y a des noms qui reviennent souvent, et aux côtés des Warren Ellis, des Marcelo Frusin, des Brian Azzarello, des Morris et des Hergé, y a Francesco Francavilla. (Notez par ailleurs qu'il m'a fallu attendre encore un peu avant de pouvoir lire la bête, parce que si Dark Horse a sorti l'édition hardcover début septembre, le numérique n'est, pour une raison aléatoire, sorti que le 12 décembre.)

Martin Dunelind - The Dark North (Dark Horse, 27 septembre)
Anthologie horrifique suédoise, art book, projet Kickstarter de l'apocalypse, The Dark North est beaucoup de choses. Ce qu'il n'est pas, en revanche, c'est décevant, au point qu'il me soit très difficile d'en parler autrement qu'en une cavalcade de superlatifs (ce que je vais essayer très fort de ne pas faire). Deux ans après avoir été financé par ses lecteurs, ce monstre peut facilement s'apprécier pour son art, que son casting gimmickeux d'illustrateurs et conceptartistes vidéoludiques (cinq au total, dont je vous épargne la liste) rend tout à fait particulier, mais s'il a à sa tête Martin Dunelind, auteur de SF local, ce n'est pas par hasard. Rarement ai-je vu une telle démonstration de ce que peut bien signifier le terme "illustration". Non que ce soit spécialement qualitatif (c'est beau, mais rien de révolutionnaire), mais c'est vraiment dans l'alliance de ce dessin pour le moins original avec le texte que The Dark North prend tout son sens. Un concept art est précisément ce qu'il désigne, et remplir chacun de ceux-ci de la signification des cinq étranges récits qui composent ce livre est une expérience tout à fait particulière, d'autant qu'ils occupent un maximum d'espace, faisant du texte le petit coeur fragile mais indispensable de ce gros volume (par ailleurs à ma connaissance uniquement imprimé en hardcover). J'y retrouve le même genre de frisson que dans le superbe Beowulf: A Tale of Blood, Heat and Ashes (ou, platement, "Un héros de légende" par chez nous) de Nicky Raven et John Howe, le genre de bouquin qu'on regarde pour son art, mais qui marque pour son histoire. Et pour qui n'a jamais lu de prose tillverkad i Sverige, peu importe son choix de langue de traduction, The Dark North ne vole pas son titre. On est loin de l'adaptation "légende pour gosse" de l'Asgard de Papa Gaiman - c'est aussi inquiétant que fascinant, aussi difficile d'accès qu'accrocheur, à la fois poétique et abrasif, mélancolique et violent. Deux cent pages de mythes et de contes du froid, passés, présents et futurs, entre forêts enchantées, autoroutes hantées et cités recomposées.

Nnedi Okorafor - Qui a peur de la mort ? (ActuSF, 5 octobre)
Le bouquin qui m'a fait lâcher Liu Cixin, et ma première lecture d'un mois d'octobre particulièrement chargé (vous verrez). Précédemment publié chez Panini en 2013 (collection Eclipe, avec une magnifique couverture de Joey Hi-Fi, aujourd'hui épuisé), ActuSF profite du récent boom de popularité de l'auteure americano-nigériane (la série Binti, prix Nebula et Hugo du roman court) pour offrir une nouvelle visibilité à ce roman qui fut l'un des fers de lance de la nouvelle vague de l'afrofuturisme (avec le Moxyland de Lauren Beukes), back in 2010. Et à raison. Livre culte, aimant à distinctions, optionné par HBO pour une adaptation à l'écran, Qui a peur de la mort est une brique de cinq cent cinquante pages aussi violente à lire que si on la prenait au coin de la gueule, bourrée à craquer d'idées et d'idéaux, foncièrement engagée (une évocation claire et graphique du conflit du Darfour, à peine déplacé dans un Soudan post-apo) mais sans jamais sacrifier l'imaginaire à la dénonciation. Je n'ai pas lu grand chose de Nnedi Okorafor (quelques extraits du premier Binti et de The Book of Phoenix à leurs sorties américaines en 2015, et toute sa production pour Clarkesworld), et si Qui a peur de la mort est moins scientifique et plus magique (littéralement) que ce à quoi je m'attendais à en voir ses successeurs, il est aussi plus viscéral et réflexif. Le genre de livre habité, fougueux et excessif qui place son auteur sur la carte. Et Nnedi Okorafor de se retrouver ainsi sur la mienne, en plein centre de la capitale de la fiction spéculative coup de poing contemporaine, avec des types comme les deux Liu (Ken et Cixin) ou Thomas Day (et auxquels je crève d'envie d'ajouter un jour Malka Older, quand Infomocracy sera accessible aux francophones)... Tiens d'ailleurs, quitte à traduire sur la comète, maintenant qu'on a republié Qui a peur de la mort, je veux Binti, bordel ! (A tout hasard, chez Une Heure lumière, sérieusement, le format est sur mesure... Belial ? quelqu'un ?)

Ian Edginton et D'Israeli - The Complete Scarlet Traces v01 & 02 (Rebellion, 17 janvier & 10 octobre)
2000AD again ? 2000AD again. Mais dans un style radicalement différent. Je parle souvent de post-pulp, je pourrais presque également créer une catégorie pré-pulp destinée à accueillir tous ces récits de la SF victorienne (pas steampunk, pas confondre, le steampunk c'est justement du post-pulp). En tête de liste figurerait assurément un monsieur comme H.G. Wells, et aussi des tas d'auteurs plus ou moins oubliés comme Edward S. Ellis qui permettront, justement, au steampunk de fleurir des années plus tard. Vous m'demanderez, pourquoi vouloir alambiquer ainsi une histoire paralittéraire que je passe des posts entier à tenter de démêler ? Eh bien parce que ça permettait d'expliquer le genre d'absurdité représenté par la bédé dont il est question ici, un travail indiscutablement steampunk dans l'idée, certes, mais sans "vapeur" à proprement parler, résolument pulp dans son traitement et qui, surtout, pousse son délire uchronique bien plus loin que la simple recréation victorienne. Voyez-vous, dans Scarlet Traces, il est question d'une humanité qui, après l'attaque des martiens de 1898, a rétroingénieré (si, ça se dit) la technologie laissée sur place par l'envahisseur pour changer le moindre petit aspect de son quotidien, d'un seul coup. Publié sur presque quinze ans (deux premières mini-séries en 2002 et 2006, et une conclusion en 2016), Scarlet Traces s'étale de l'invasion elle-même (une adaptation "pure" de La Guerre des mondes) à la "guerre froide" en passant par une tentative de contre-invasion dans laquelle on découvre que les martiens ne viennent pas de Mars (et, dans un style que n'aurait pas renié Alan Moore, que les Thars de John Carter, les Sélénites de Cavor et les Siluriens de Doctor Who ne sont pas des mythes). Tout ça vogue entre polar, espionnage et space op', empruntant autant à Nikolai Dante qu'à Dan Dare ou Future Shocks, et crée un univers foisonnant et multicouches qu'il est absolument délicieux de décortiquer, d'autant que le trait (qui mélange cartoon, horreur, et une touche résolument "indie") et la narration sont d'excellente qualité. A l'origine conçue comme un motion comics 100% web du début des années 2000, récupérée par ses auteurs sur les cendres de Cool Beans World (le site en question) et présentée à Rebellion presque par hasard, désormais officiellement terminée (une fin ouverte avec un gros cliffhanger...) et collectée en totalité dans deux superbes volumes, Scarlet Traces est une longue et rocambolesque lecture pleine de surprises, et vraiment une bédé à ne pas louper. Peut-être même ma favorite cette année (peut-être...). Notez que La Guerre des mondes d'Edington et D'Israeli a part ailleurs été publié en français par Kymera en 2006, et dans la même catégorie est sorti cette année Steam Man chez Delirium, traduction du comics éponyme de Dark Horse (2015-16) lui-même adapté d'une nouvelle de Joe R. Lansdale, un Pacific Rim post-victorien présentant un Goldorak à vapeur made in USA destiné à combattre les martiens après l'invasion (réussie, cette fois) de l'Angleterre.

Hergé - Peppy in the Wild West (Fantagraphics, 17 octobre)
Dans la catégorie des drôles de trouvailles, voici une bédé signée Hergé, provenant d'une vieille série oubliée, publiée aux Etats-Unis, et dont il m'a fallu remonter aux années 50 pour trouver trace en francophonie, lorsque Casterman éditait Popol et Virginie chez les Lapinos (en 1953, réédité en 1968). Originellement publié en 1934, Popol/Peppy est une espèce de Tintin à la mode Disney, bestiole anthropomorphique dont les aventures simplistes sont prétextes à une myriade de poursuites effrénées, ponctuées par l'humour particulier des cartoons d'alors. Un produit finalement pertinemment américain qui, pour les amateurs du bédéaste, est aussi surprenant à découvrir que balisé à lire, puisqu'on y retrouve pelle-mêle un paquet de gags et péripéties déjà vues dans Tim l'écureil, Les Aventures de Tom et Millie, et bien évidemment Tintin au Far West (qui date de 1931). De là à bouder sa lecture ? Aucunement. Peppy in the Wild West  est un bout d'histoire séquentielle typique de son époque, une bédé à ranger à côté des premiers Lucky Luke ou de L'île au trésor de Tezuka, une aventurette naïve et rafraîchissante qui profite autant du trait de jeunesse d'Hergé (contrairement aux premiers Tintin, elle n'a jamais été retouchée) que de l'énergie débridée de ces bandes dessinées des premières heures qui doivent tellement au cinéma d'animation qu'on dirait des Silly Symphonies à lire.

Eric Henninot - La Horde du Contrevent, tome 1: Le Cosmos est mon campement (Delcourt, 18 octobre)
Plusieurs fois, souvent, trop peut-être, je répète ne pas aimer sélectionner de séries qui débutent et/ou sont incomplètes, mais tout aussi souvent, je regarde la bédé sur mon écran et ma seule pensée est "fuck it, c'est une des bédés de l'année". Case in point, le premier tome de l'adaptation de La Horde du Contrevent d'Alain Damasio, un roman fantastique à bien des égards, publié avec plein de gimmicks tout à fait particuliers (une bande son, la pagination à l'envers...) et qui reste pour de nombreux lecteurs l'un des meilleurs bouquin de la décennie, toute catégorie confondue. Moi, j'ai jamais lu La Horde du Contrevent. A vrai dire, je ne savais même pas qu'elle existait avant de tomber sur ce projet d'adaptation séquentielle. Depuis, son épopée éditoriale me fascine : La Horde était à sa conception un projet crossmedia complet, un peu caduque aujourd'hui, mais dont il reste des vestiges un peu partout sur la toile, d'un Kickstarter vidéoludique (Windwalkers) à, donc, cette bédé un peu folle. En travaux depuis 2011, l'effort soliste d'Eric Henninot (déjà vu à l'oeuvre sur Carthago et le spin-off XIII Mystery, pas un manche, quoi) a mis un bon moment à se dessiner (sans mauvais jeu de mot) : le bédéaste a longuement fait le siège de l'auteur et de sa maison d'édition pour les convaincre de le laisser réaliser cette adaptation, revenant à la charge pendant plusieurs années, montrant des tas de choses à un Damiaso à l'origine pas convaincu du tout par le style trop académique du dessin, et travaillant en freelance sur les projets du jeu vidéo et d'une hypothétique série télé... Et même une fois l'adaptation actée après qu'il ait signé chez Delcourt, Henninot a encore passé de nombreux mois à bosser sur son scénario et à préparer les designs des personnages, en montrant systématiquement les résultats à l'écrivain, qui avait fini par franchement adhérer à sa vision - ce qu'il répète à l'envi dans la préface, d'ailleurs. De ce travail de longue haleine et cette perspective à la fois très personnelle et totalement avalisée par son créateur, La Horde du Contrevent offre une vision presque surproduite de la bédé, vendue comme un véritable blockbuster par Delcourt et marketé comme le supplément ultime à un chef d'oeuvre intemporel de la fantasy francophone. C'est d'ailleurs à ce titre clairement orienté vers ceux qui connaissent et aiment La Horde, mais même en tant que néophyte (de l'histoire, sinon de l'univers, que mon exploration internet a fini par me rendre relativement familier), j'ai peu de mal à dire que toute cette hype était tout à fait justifiée. Il y a "un truc", une envie dans cette bédé qui dépasse clairement le cadre de sa pagination. Henninot l'illustre avec une certaine démesure, raconte une version beaucoup plus rentre-dedans des événement, caractérise ses héros comme des supersoldats et remplit chaque case d'un souffle littéral totalement outrancier qui vrille et hache son trait philippefrancquien d'ordinaire plutôt sage. Evidemment, disais-je, il s'agit des soixante-quatorze premières planches d'une saga prévue pour en compter cinq fois plus, c'est fait pour introduire les personnages, les enjeux de base, et il y a au final assez peu à en dire au delà de quelques notes de surface, mais au Diable si ça ne donne pas envie de lire la suite - c'est prévu pour dans six mois, et 'pouvez être certains que j'en reparlerai.


Mentions
Will Save the Galaxy for Food a l'insigne honneur d'être le premier audiobook que je liste dans mes tops - en même temps, qui de mieux pour raconter ce spoof space op' hautement absurde et subversif que son propre auteur, Ben "Yahtzee" Croshaw, la voix hautement absurde et subversive de The Escapist ? Une Brève histoire du tunnel transpacifique, nouvelle de Ken Liu (encore lui) offerte en numérique par Le Belial pendant le mois de février. Talon of God, le roman urban fantasy de Wesley Snipes, étrangeté sortie au hasard de l'été (et chez HarperCollins, no less), un Blade biblique franchement pas mauvais et qui tease sans honte une séquelle qui figure clairement sur ma waitlist du futur (son hypothétique VF aussi). Mr Higgins Comes Home, Mike Mignola s'essaye au Dracula pour enfant. Eidolon, deuxième (et dernier)(et très bon) volume de Warren Ellis sur le James Bond de Dynamite. Tango, polar vengeur des Andes par le dessinateur de Croisade et le scénariste de Du Plomb dans la tête. Dans la catégorie "déjà lu", Image a réédité By Chance or Providence, superbe recueil de la "trilogie" épique Wolves/The Mire/Demeter de Becky Cloonan, initialement publié par le confidentiel (et québécois) Studio Lounak en 2014 (et qu'on avait eu en VF sous le titre Hasard ou destinée - lecture grandement recommandée). Dans un tout autre style, Neil DeGrasse Tyson a été traduit pour la première fois en français cette année (Petite excursion dans le cosmos, chez Belin), et j'ose espérer que ça donne envie aux éditeurs de rattraper la douzaines d'excellents bouquins dans le backlog de ce monsieur. Dernier et non des moindres, cet automne est parue une nouvelle traduction de Beowulf, cette fois signée Stephen Mitchell, universitaire auquel l'anglophonie doit les versions récentes de L'Illiade et L'Odyssée, Gilgamesh, et un flot d'anciens textes bibliques - par rapport aux dernières tentatives (majeures, s'entend, celles de John McNamara (2005) ou Seamus Headey (2000) par exemple, y en a plein d'autres...), ça joue sur un registre de langage plus simple (Mitchell l'appelle lui-même une "adaptation") mais j'en reparlerai plus en détail un autre jour... Je dois vous parler des traductions (anglo et francophones) de Beowulf, un jour...


Pas lu
Nouvelle catégorie pour cette année, en compagnie de l'évidence de La Forêt sombre de Liu Cixin, j'ai pensé qu'il pouvait être intéressant de noter les bouquin que j'avais sur ma liste de lecture et que j'n'ai finalement pas lu/pas acheté.
La double anthologie Aliens: Bug Hunt et Predators: If it Bleeds (oui, ces titre sont géniaux), "featuring original short stories set in the Aliens and Predator universes by renowned science-fiction and fantasy authors including Dan Abnett and Chris Golden" pour citer directement l'annonce de Titan Books, fut l'une des premières entrées de ma to-read liste (pubés en janvier, publiés en avril et octobre respectivement), et en fait non. J'ai également complètement zappé la collection H.G. Wells chez Glénat , par Dobbs et tout un tas de dessinateurs, que j'avais dûment notée mais dont je n'me suis souvenu de l'existence qu'en relisant le présent billet au moment de faire ma liste définitive - c'est malin, ça aurait fait un joli pendant à Scarlet Traces. Le volume 3 du sublime Porcelain de Benjamin Read et Chris Wildgoose est sorti dans quelques librairies choisies, j'attend sagement une version numérique.
Et puis y a aussi plein d'autres trucs, comme le Duke d'Hermann (western silencien dont je n'connais rien sinon son caractère neigeux - et le fait que le tome 2 sorte ce janvier, un an tout pile après le premier), La Malédiction de Gustave Babel de Gess (sans rire, le dessinateur du Nyctalope et Carmen McCallum en solo sur un polar ésotérique des années 10...), l'imposant Kong de Michel Le Bris (mille pages de biographie romancée dédiées aux créateurs du monstre), que j'ai pas lu, et que pourtant j'ai trouvé, mais la raison tient en deux mots et demi : "Adobe DRM"... Ce truc, c'est l'cancer. (I know.)
Sur un autre plan, je doute que ça arrive un jour, mais Yoshio Aramaki, célébré auteur de fiction spéculative nippone, a été traduit pour la première fois en anglais cette année (en l'occurrence son dernier roman, Shinseidai, devenu The Sacred Era, initialement paru en 2015), alors un p'tit effort et on a ça en français, comme Liu Cixin avant lui ?


Et l'an prochain ?
Dynamite vient de commencer (6 décembre) une nouvelle série Barbarella, j'attend sagement le TPB volume 1, déjà prévu pour juillet. Witchblade aussi était de retour en décembre, et Witchblade aussi j'attend le TPB, mais il n'a pas de date, celui-là. La Trilogie du Rempart/Annihilation de Jeff Vandermeer est prévue pour arriver dans les rayons francophones en même temps que la sortie du film. Mickey et l'océan perdu de Denis-Pierre Filippi et Silvio Camboni, Mickey à la mode Indiana Jones steampunk. Peut-être la fin d'Injection de Warren Ellis, dont je crève d'envie de parler depuis deux ans, et le tome 2 du Caravage de Manara ? Et évidemment le dernier volume du Problème à trois corps.
Oh, et le format n'est évidemment pas propice, mais... L'Encyclopédie Balthazar Picsou de Glénat au format numérique, c'est jouable ?

lundi 2 janvier 2017

Onze... livres de 2016

Le début d'une nouvelle année, l'heure du bilan de la précédente, l'heure de faire des listes et de raconter des trucs. Ca tombe bien, j'aime bien faire des listes et raconter des trucs.
Après des mois de silence, voici donc une petite sélection très pop et forcément très pulp de mes onze bouquins favoris de 2016, brassant bédés (BEAUCOUP de bédés), romans, nouvelles éparses, recueils, rééditions, non-fiction, physique ou numérique, dans n'importe-quelle langue (que je sais lire, s'entend), peu-t-importe, pourvu qu'ils soient sortis cette année. Pourquoi onze ? Parce que. Et je range ça par date de publication, pas d'ordre de préférence.


Ricardo Delgado - Age of Reptiles: Ancient Egyptians (Dark Horse, 19 janvier)
Celui-là, je l'avais carrément précommandé début décembre 2015, Noël à l'avance pour cadeau en retard. Je n'ai aucune idée de si c'est sorti en VF depuis, et j'ai tendance à penser qu'on s'en fout : dans Age of Reptiles, y a pas de dialogues. Age of Reptiles, c'est le storytelling à l'état brut, sauvage et sans faux col depuis 1993. En même temps, il a le sujet pour, et Ancient Egyptians est définitivement tout là haut avec ses frangins, à la réflexion probablement même mon favori du lot, son accent anecdotique permettant une narration logiquement moins forcée qu'un The Hunt (1996) au background et casting assez épais. L'évolution des couleurs et du design joue également pour beaucoup, tirant parti des découvertes sahariennes récentes autant que de la fin du mythe du Spino comme T-Rex-killer. Ancient Egyptians est l'Age of Reptiles quatrième du nom (sixième en comptant les shorts de 8pages), et il m'apparaît, plus encore que The Journey (2009) qui était déjà un effort colossal sur le sujet, l'épisode de la maturité - graphique et narrative, bien sûr (Delgado est vraiment un maître à donner à étudier dans toutes les bonnes écoles de bédé) mais surtout historique et scientifique : sans totalement renier le pop de ses origines nineties over-the-top, Age of Reptiles est devenu, je pense, le seul vrai documentaire animalier de la planète bédé. D'autant que les crocos géants, moi, ça me parle grave.

Serge Lehman et Gess - L'Oeil de la nuit, volume 3 : Le Druide noir (Delcourt, 20 janvier)
Un jour que je cherchais du pulp à la française, je suis tombé sur cette bédé plus qu'intrigante. Projet (semi-)avorté de ramener le Nyctalope à la vie après son apparition dans La Brigade Chimérique (La Ligue des gentlemen extraordinaires de la littérature francophone, des même auteurs), L'Oeil de la nuit est une réinvention qui sait parfaitement ce qu'elle est et dans quel contexte elle se place, en et hors bédé, abordant le droit à l'image au travers d'un biographe (qui se veut être Jean de La Hire lui-même), nommant Fantômas au détour d'une discussion et plaçant son héros sur les traces de Sâr-dubnotal, un des suiveurs du Nyctalope originel dans la catégorie détective paranormal. Sorte de Doc Strange du Paris des années 10 (avec un arrière goût mignolien plus qu'agréable), jouant avec les ombres comme Judex mais maniant un humour pince sans rire bien plus moderne (une touche de Constantine?), L'Oeil de la nuit est bourré de références pop françaises et donne franchement envie de fouiller dans les archives littéraires de la belle époque. Chose agréable, et ce d'autant plus que je déteste citer des séries incomplètes qui se stoppent en pleine intrigue, quoique volume 3 de sa série, Le Druide noir est une aventure autocontenue (une volonté autant qu'une nécessité après les remous éditoriaux du semi-avortage que j'évoquais au début) et aucune connaissance préalable n'est nécessaire pour suivre L'Oeil de la nuit se lancer à la poursuite de monstres, fantômes et sorciers immortels comme le (super-)héros pulp qu'il est (et à visage découvert, car les héros français d'alors n'avaient pas d'identité secrète). Et puis à la fin, un éther magique, des dieux, des mondes dans les mondes, des destins croisés et des gens qui savent qui ne savent plus vraiment. Du Nyctalope, ces fous ont fait un Planetary de l'occulte ! Et si j'ajoute qu'en lisant les deux premiers tomes à rebours, j'ai vu la momie martienne d'Henri de Parville, croisé Rosny aîné et assisté à la naissance du Futurisme, je pense que la messe est dite... Je n'connaissais pas Serge Lehman, je suis désormais officiellement fan (et c'est pas le long article que je lui ai dédié quelques mois après sa découverte qui prouvera le contraire).

Ben Aggarthy et Adam Brockbank - Mezolith (Archaia, 16 fevrier)
Ou l'exemple même de la réédition qui tombe à point. Mezolith est une bédé sortie en 2010, chapitrée dans un format proche du comics dans The DFC, un hebdomadaire britannique pour enfants, et publiée par Archaia (la filiale arty de Boom!) au coeur de l'hiver de six-ans-plus-tard dans le format de sa version continentale (chez Soleil), un gros paperback de 96 pages. Et tant mieux. D'abord parce que je préfère les paperbacks, mais aussi, surtout, parce que cette bédé aussi contemplative que narrativement serrée profite de ne pas avoir à attendre entre chaque segment. C'est clairement le genre de chose à lire d'une traite, à la fois historique et puissamment mythique (voire mystique), magnifiquement servi par un trait hyperréaliste à l'encrage quasi inexistant et juste ce qu'il faut de recherches paléontologiques (ça reste une publication jeunesse, avec son zeste éducatif) pour la rendre palpable. Mezolith est de ces légendes magiques de temps immémoriaux où le bruit du monde a autant d'importance que celui de ceux qui le peuplent, admirablement bien construite et poussant au fil des pages ce qui semble n'être qu'une suite de scénettes sans véritable lien vers une résolution qui n'aura que rarement mieux porté ce nom - de la fiction préhistorique grand luxe.

Mathieu Bonhomme - L'Homme qui tua Lucky Luke (Lucky Comics, 1er avril)
Il y a... une ambiance bizarre, fantômatique, dans cet album hommage non dénué d'humour mais dont le caractère spagh' ressort avant tout. C'est boueux comme dans un Django (le vrai), y a des grenouilles symboliques, une famille de rouquins véreux, une Laura Legs surprise et un vieux gunslinger malade et hanté nommé Doc. Y a aussi de fort jolies cases aux couleurs franches, un bon character design familier sans être imité (une erreur qu'avait commise la vraie série à la mort de Morris), et une histoire étrangement... réaliste ? L'Homme qui tua Lucky Luke me fait fait penser au Groom vert de gris ou au Journal d'un ingénu de Spirou, une expérience à part, déstabilisante, presque dérangeante, mais ô combien réussie. Un sacré bon western.

Mary et Bryan Talbot - The Red Virgin and the Vision of Utopia (Random House, 5 mai)
Le féminisme est peut être un sujet un peu facile et évident par les temps qui courent, mais la vie de Louise Michel est passionnante et le livre des époux Talbot est une sacrément bonne bédé (en passant, c'est toujours très rigolo de trouver ce genre de récit de la part d'auteurs anglo-saxons, mais pas chez nous). Ce qui est le plus intéressant, c'est la façon dont tout est présenté, au travers d'une rencontre entre deux femmes et de la discussion qu'elles engagent, de dissertations fictionnelles (on y parle science, politique, H.G. Wells et Mary Shelley) en souvenirs romancés de la vie de sa figure titre. Dessins (directement au pinceau, aquarellés, on voit le grain du papier, c'est magique) et dialogues (tout en nuances et en références) sont tout simplement fantastiques, et d'un sujet effectivement "un peu facile et évident par les temps qui courent", les Talbot sortent un récit biographique-mais-pas-que bourré de points d'entrées et de pistes de lectures, passionnant de bout en bout (mais vraiment le bout, les vingt pages d'annexes sont pleines à craquer), aux allures doucement rêveuses, entre exploration idéologique d'une époque et biographie révolutionnaire. Paru en VF chez Vuibert à la mi-septembre, c'est p'tet' bien la meilleure bédé de l'année, tout simplement.

Neil Gaiman - A View From the Cheap Seats: Selected Nonfiction (Harper Collins, 31 mai)
Honnêtement, pour tout ce que j'en parle et ce qu'elle m'influence, j'ai toujours énormément de mal à lire la fiction anglo-saxonne dans le texte en dehors du format séquentiel. Je finis toujours par me noyer dans les pages et les mots, à perdre le sens d'une phrase en cours de route, et malgré tout le bien que je peux dire de mecs pas traduits en français comme Norvell Page ou Will Murray, les affres de la narration anglophones me seront, je crois, à jamais nébuleuses. Les stats de ma liseuse (c'est pratique ces choses là) me disent que j'ai une durée de vie de 15à20pages/session sur un roman en anglais. Pas Plus. Une chose dont je ne me fatigue jamais, en revanche (et je pense que je peux remercier un net à 98% américain pour ça), c'est de lire des gens intelligents accumuler les lignes sur pourquoi tel ou tel truc. La sélection non-romanesque de Neil Gaiman, c'est exactement ça. J'adore Neil Gaiman, j'adore sa prose et ses bédés, il me fait penser à un genre de Tim Burton punk de la littérature, à mi-chemin entre horreur récréative et enfance contemplative (ou l'inverse), mais, genre, bon, sans les tics chiants (j'ai toujours trouvé Burton particulièrement balourd) et autrement plus versatile (de Beowulf aux Loups dans les murs, y a quand même un monde). Neil Gaiman est aussi de ces gens intelligents qui ont réfléchi leur(s) medium(s) avec beaucoup de justesse, de ces gens qui savent des trucs, et les lire réfléchir dessus est juste passionnant. Et moi, qui aborde avant-tout la chose littéraire comme un historien (au cas où le propos de ce blog ne serait pas encore clair), cette démarche ensemblesque et touche-à-tout me fait des trucs spéciaux dans mon cortex et alimente sans cesse ma propre recherche. A View From the Cheap Seats, référence aux places au rabais des stades de base-ball desquelles on distingue à peine le match, porte bien son nom, agglomérat sans véritable sens ni continuité de textes écrits au fil des années par un ex-journaliste devenu un des auteurs britanniques les plus respectés au monde. On y parle de Superman, de Ray Bradbury, de Will Eisner et de Dave McKean, de musique et de cinéma, part dans de longues considérations sur les contes de fées, sur l'art graphique et narratif, sur la construction d'un univers de fiction et la nuance subtile entre "vérité" et "faits", et examine sur une centaine d'essais, blogs, introduction de livres et discours plus ou moins (auto)réflexifs ce qui fait d'un auteur, quel qu'il soit, un auteur. Bourré de pistes critiques et littéraires plus ou moins genresques à explorer avec la juvénile exaltation du lecteur novice découvrant de nouveaux horizons, insistant avec emphase sur l'importance de lire et de se nourrir de ses lectures, A View From the Cheap Seats me rappelle aussi, surtout, pourquoi j'ai tellement envie d'écrire, quel que soit le sujet, quel que soit le moment, quelle que soit la raison.

Alex Nikolavitch - Eschatôn (Les Moutons électriques, 8 juin)
J'aime bien Alex Nikolavitch. On lui doit des trucs aussi variés que des historiques superhéroïques, des chroniques cosmologiques, et Spawn Simonie. C'est aussi un gars dont j'adorais lire les interventions y a dix ans de ça quand je passais 95% de mon temps internet sur les forums de Superpouvoirs. Alors quand je suis tombé par hasard sur ce bouquin, publié quelque part à la fin du printemps (la date exacte est sujette à caution) dans la Bibliothèque voltaïque, la collection random des Moutons aux titres à rallonge, inutile de vous dire que j'étais un poil carrément curieux. Surtout que le synopsis pue les influs du monsieur, concentré (et revendiqué) de pop sulfureuse à la croisée des chemins de Jim Starlin, Warhammer 40k et Lovecraft (et attention, hein, je dis Lovecraft comme dans "gros monstres dimensionnels à tentacules", pas comme "épouvante insidieuse et effondrement des réalités", Eschatôn est un space op' féodo-métaphysique à l'obscurantisme religieux bien bourrin, pas un conte horrifique de la Nouvelle-Angleterre). L'autre truc qui se sent à mort à la lecture, c'est les réflexes bédéastes et vulgarisateurs de son auteur, avec une narration tirant sur la voix-off de bulle carré, des ellipses hyperdécoupées et une tendance à la surexplication techno/théobabillante qui empêchent le récit d'être vraiment fluide (sans compter un style qui jongle brutalement et incessamment entre littéraire affecté et sensationnalisme explosif, et qui, s'il me rappelle avec délice la prose ampoulée du pulp des thirties, pourra surprendre par son apparente lourdeur). Difficile pourtant de bouder son plaisir tant le délire est grand, car Eschatôn est exactement ce qu'il promettait et même un peu plus, Nikolavitch trouvant dans cet épique planétaire aux héros fanatiques plongés dans des batailles strashiptroopiennes le temps de développer des sujets intéressants (voire un peu meta) et un univers salement intrigant. J'suis pas du genre à réclamer des suites (surtout quand l'épilogue laisse aussi peu de doute sur l'impossibilité/inutilité de l'entreprise), mais j'aurais rien contre deux ou trois autres aventures dans cette galaxie furieuse et violente où foi et science (ou science et foi?) ne font qu'un.

Jean-Michel Ferragatti - Les publications américaines en France, l'histoire des super-héros : l'âge d'or (Neofelis, 10 juin)
On oublie souvent qu'il y a un "avant-Lug" dans le domaine super-héroïque hexagonal, et voila un bouquin qui parle en détail des comics des forties, en français de France, dans des périodiques français de France ; un bouquin qui plus est fort élégant, en édition limitée dans un beau format bien lourd (il pèse un petit kilo) et avec une couv' de Jean-Yves Mitton bariolée et kitschoune comme il faut sur laquelle s'élancent le Fantôme d'acier, Judex, le Capitaine Marvel (le vrai) ou la Panthère blonde. A grand renfort d'anecdotes, d'illustrations croustillantes et de bavardages pour amateurs plus ou moins avertis, Jean-Michel Ferragatti (chroniqueur de "French Connection" sur Comic Box) entreprend de narrer aussi précisément que possible une aventure éditoriale complètement folle dans la gloire étoilée d'après-guerre (et de juste avant et de pendant aussi, un peu, mais surtout après), et le fait excellemment bien. J'ai lu ça comme un gamin auquel on raconte des histoires des temps d'avant, sans foncièrement apprendre bien plus que ma propre curiosité ne m'avait fait découvrir, mais j'aurais du mal à retenir ça comme un défaut : c'est didactique et plaisant, plutôt fourni, sans compter que la rareté même de ce type d'exercice complétiste en fait un objet quasiment indispensable pour un paquet de curieux. L'Histoire des super-héros (volume 1?) est un très très bon bouquin, entre checkup de collectionneur et piste de recherche en vulgarisation, à mettre, c'est précisément le but, entre toutes les mains.

Corinna Beckho et Javier Garcia Miranda - Aliens-Vampirella (Dynamite, 27 juillet)
2016 voyait le trentième anniversaire d'Aliens, et, comme Tarzan, difficile de passer une licence dans l'actu sans l'exploiter un poil. Ainsi, pendant que Dark Horse rééditait sa première "suite officielle" (depuis désavouée) au film de Cameron (un truc tout à fait excellent que je voyais pour la première fois en beau noir et blanc tramé des 80's d'origine et pas un scan jaunâtre en 50dpi, et paru en français chez Wetta quasi simultanément), Dynamite s'offrait une rencontre pour le moins étrange entre ce qui reste, en définitive, deux parasites extra-terrestres (mais aux portées ô combien opposées)... Et honnêtement, j'ai beau être super biaisé sur la littérature dédiée à la nosferatu en body-string rouge (celle attachée aux xénomorphes aussi, d'ailleurs), si on m'avait dit quand j'ai commencé à lire que ce truc serait de mon top annuel, je n'l'aurai pas cru, tant le concept même me paraissait abscons. Je veux dire, elle est immortelle, la madame, y a aucun risque, non ? Et pourtant. Situé dans le futur (y a aucune date mais aucun doute non plus), Aliens-Vampirella se passe sur Mars dans une station où "on a trouvé un truc bizarre", sensément en lien avec des vampires. On invite donc la sculpturale brune à y jeter un oeil, et ça part en sucette dans le quart de page qui suit. D'ailleurs, Corinna Beckho (une madame sympathique à laquelle 2016 doit aussi Lords of the Jungle featuring Tarzan and Sheena) a assurément eu la même réaction que moi à l'idée d'envoyer Vampi dans ce merdier, car... elle est la première personne infectée ! Elle survit, évidemment, mais la bête qui lui sort du torse aura droit à quelques upgrades bienvenues pour une course poursuite simple et terriblement bien troussée. J'ai souvent eu l'impression d'un mélange plus que réussi entre Doom et Underworld, avec un pan de mythologie vampirique plutôt chouette et de francs moments de baston acide qui font ressembler l'entreprise à la conjecturale adaptation séquentielle d'un hypothétique vrai bon film d'action fun, rythmé et enlevé, et surtout bien moins idiot qu'il n'y parait, avec juste ce qu'il faut de drame et de développement de personnages. En fait, le seul reproche que j'aurais réellement à faire à cette bédé, c'est que le graphisme soit aussi plat (propre, mais plat - JG Miranda est issu de l'école Zenescope, et c'est pas vraiment un compliment), bien loin de l'ambiance soufrée et pulp des superbes couvertures de Gabriel Hardman (qui avait par ailleurs déjà bossé avec Beckho sur Planet of the Apes)(et oui, "des" covers, parce que j'ai listé l'édition TPB, mais ce truc est originellement paru entre septembre 2015 et février 2016).

Liu Cixin - Le Problème à trois corps (Actes Sud, 6 octobre)
Huit ans. C'est le temps qu'il a fallu à l'héroïne du Problème à trois corps de Liu Cixin pour recevoir une réponse de l'espace, et c'est aussi celui qui fut nécessaire pour que "la révolution de la SF chinoise" parvienne en France, avec une hype terrible et un Hugo à son nom. Il a mis environ soixante pages à me convaincre qu'il était bel et bien ce que la critique en disait et qu'une telle attente n'était en rien imméritée. D'un début en pleine révolution culturelle aux balbutiements de l'ouverture à l'occident, Liu Cixin dresse un portrait cinglant de la politique chinoise sur fond de hard scifi particulièrement poussée (ou est-ce l'inverse?). Car voyez-vous, Le Problème à trois corps tire son titre (aussi bien chez nous qu'en VO) d'une équation gravitationnelle ultra velue, et il ne l'a pas volé, délivrant autant d'informations pratiques vérifiées que de pistes pour les démonter et d'applications farfelues, arrivant presque à faire des communautés scientifiques du monde autant de société secrètes (ce qui, quand on parle politique chinoise, sonne comme un euphémisme). Et quand un de ses personnages annonce gravement, au milieu de ce climat de secrets paranoiaques et à l'issue de ces soixante fameuses pages, que "quelqu'un est en train d'assassiner la science", c'est fini, il devient hors de question de lâcher le bouquin (ou alors, parce qu'on lit au lit au milieu de la nuit, ça force à se lever, à rallumer son ordi et à écrire trois mots sur le sujet - véridique). Je disais à propos de Cheap Seats qu'il me rappelait pourquoi j'écris, eh bien Le Problème à trois corps est l'illustration parfaite de pourquoi je lis : parce que ça me fait réfléchir à plein de trucs, sur plein de sujets différents, en même temps. Didactique, puissant, évocateur et imaginaire (y a même de longs passages oniriques en VR absolument délirants), je pense sincèrement que c'est la meilleure parution SF que j'ai lu depuis un sacré bout de temps (genre, depuis Planetary). Sans rire, j'ai aimé des tas de trucs très pop cette année, mais rien n'a réussi à me retourner le cerveau en m'exposant des tas de théories physiques, en me confrontant à une histoire politique et sociale particulièrement sombre dont l'occident ignore presque tout, et en m'offrant tout à la fois une intrigue homicide extra-terrestre haletante et complètement barrée, au point que j'en redemande. Ca tombe bien, Le Problème à trois corps est une trilogie.

Stjepan Sejic - Sunstone, volumes 4 et 5 (Image Comics, 24 février 2016 et 18 janvier 2017)
Je déteste citer des volumes de fin de cycle à la lourde continuité, je l'ai déjà dit, mais il m'aurait été impossible de ne pas finir sur Sunstone. Impossible. Cette série a, d'une manière ou d'une autre, rythmé mon année fictionnelle. Carrément. C'est que, découverte au coeur de l'hiver via les (trois premiers) volumes reliés par Image/Top Cow (et qui restent la manière la plus agréable de lire Sunstone, ne le cachons pas), la série de Stjepan Seijic est avant-tout un strip en ligne, lisible en entier gratuitement et sans limite sur son compte DeviantArt (avec une pagination tout à fait particulière qui rend l'original numérique au moins aussi intéressant que sa version "professionnelle", d'ailleurs, le modèle choisi par Sejic pour ses strips permettant des compositions verticales assez folles et leur adaptation au format comics offrant quelques variations rythmiques et narratives surprenantes), et moi, fébrilement, j'ai passé mon année à quotidiennement checker la page du monsieur en attendant un nouveau strip avant de filer m'offrir les reliures toutes prop' à leurs sorties. Finalement bouclé fin octobre (et compilé pour juste après les fêtes, et donc listé ici deux semaines à l'avance), ce soap au long court particulièrement attachant (huhu) s'avère, de très loin et à ma très grande surprise, être le meilleur et le plus incroyablement addictif truc que j'ai lu en 2016, tout sujet, support et genre confondu (et ça continue, puisque Sejic a enchaîné la suite, Mercy, dès décembre). Et j'en ai déjà tellement parlé que je pense ne plus avoir besoin d'expliquer pourquoi.


Mentions :
The Big Book of Science fiction des époux Vandermeer, cent cinq nouvelles de vingt neuf pays différents, plus de cent ans de SF dans plus de mille deux cent pages de bonheur. L'Homme qui mit fin à l'histoire de Ken Liu est littéralement le script d'un documentaire sur le voyage dans le temps, et il faut que quelqu'un réalise ce film.  Hellboy in Mexico, intrigant et exaltant interlude (Cthulhu du désert, quoi) qu'il aura fallu six ou sept ans pour compléter. Dessous la montagne des morts de Bones, une mignolardise française de la Première Guerre éditée par Sandawe, le "Kickstarter de la bédé". Wonder Woman: The True Amazon de Jill Johnston, probablement le plus intelligent (et touchant) graphic novel dédié au personnage cette année (et avec le film à venir, y en a eu un paquet). Lucky Penny est une bédé qui n'a AUCUN intérêt si ce n'est celui de vous coller un grand sourire sur les lèvres (et c'est un compliment). Black Magick de Greg Rucka et Nicola Scott, policier fantastique où la fliquette est la sorcière, excellent en tout point sauf un : c'est une série continue et donc ultra dilatée (seule la "première partie du premier arc" est sortie). Dans le même ordre d'idée, le premier volume de l'adaptation du Ravage de Barjavel par Morvan et Walter mérite plein d'attention et l'Injection de Warren Ellis et Declan Shalvey (où des posthumains hackent la réalité et créent une singularité de fiction bien réelle - si, c'est le plot, Warren Ellis, hein) s'avère un délire tout à fait excellent, mais on reparlera de ces deux séries quand leurs conclusions seront sorties (l'an prochain, with hope).  La double intégrale de La Patrouille du temps chez Belial, avec des dessins de Caza dessus. Et de toutes les tarzanneries de l'année (ça aussi y en a eu un paquet), s'il ne vous en fallait qu'une seule, ce serait l'édition complète du run de Joe Kubert publié chez Dark Horse au milieu de l'été ; c'pas neuf (parution originale entre 1972 et 74), mais c'est tout simplement la meilleure bédé jamais consacrée au seigneur des singes. J'ai dit.

J'en profite aussi pour balancer en vrac quelques mentions 2014/2015, à commencer par (enfin!) At the Earth's Core de Bobby Nash et Jamie Chase, dont la qualité narrative est plus que discutable mais les artworks absolument fantastiques. Alex+Ada, because I really am a sucker for scifi romance. Le retour de Bob Morane en bédé, violent (trop) et intrigant (très), malheureusement cours-circuité avant d'avoir pu construire quoi que ce soit. L'Epée brisée de Poul Anderson pour sa première traduction française, soixante ans après sa sortie. L'Encyclopédie du western 1903-2014, pavé bivolume absolument dingue signé Patrick Brion, un monsieur que j'ai cru comprendre ne pas avoir une réputation très flatteuse dans le milieu à santiags mais qui signe là un effort exhaustif tout simplement fantastique (et y a des repros de journaux d'époque en bonus de la classe). La nouvelle Schrödinger's Gun de Ray Wood publiée sur Tor.com. Et le bouquin débile de Nanarland mérite mention, rien que sur la forme (c'est une putain de cassette ! avec sa jaquette et tout !)


Et l'an prochain ?
LES INTEGRALES DE CLARK ASHTON SMITH CHEZ MNEMOS ! (Pardon...) Les deux derniers épisodes de Tarzan on the Planet of the Apes, débuté en octobre et qui finira dans le top, j'annonce. Les deux premiers volumes de Captain Future (Caaaaapitain'flâm par chez nous) chez Belial Pulp, qu'il est hors de question de rater. Norse Mythology de Neil Gaiman, une autre collection, plus ciblée celle-ci, qui m'a l'air tout aussi indispensable que Cheap Seats (et, paraissant début février, sera peut-être même ma première lecture 2017). Je veux une VF d'Infomocracy de Malka Older, que quelqu'un s'occupe du Binti de Nnedi Okorafor, et bien évidemment la suite du Problème à trois corps de Liu Cixin. Pourquoi pas le tome 2 du Caravage de Manara, aussi, conclusion de la vie romancée de ce Zorro-artiste-peintre que j'attend depuis quelque chose comme un an et demi maintenant ?
Et ça n'arrivera jamais, mais çaCa c'est un truc génial, la Folio Society devrait traduire ses bouquins, je veux ça en français, moi, même si c'est juste pour faire beau dans la bibliothèque.

jeudi 26 mai 2016

Jour 25 – Une bédé que tu prévois de lire ?

Avec un passif d'environ un siècle, la bande dessinée moderne a laissé un paquet d'oeuvres cultes plus ou moins connues et justifiées qu'il fau(drai)t lire au moins une fois dans sa vie. Et parmi tous ces chef d'oeuvres incomparables, il y a en a toujours quelques uns qu'on ne se résout jamais à ouvrir, peu importe leur aura ou même le fait qu'ils soient là, tranquillement, dans votre bibliothèque, à vous regarder.
Une de ces bédés, pour moi, c'est le Sandman de Neil Gaiman.


Bon, il faut aussi dire qu'il n'est plus dans ma bibliothèque, mais le résultat est peu ou prou le même : je l'avais, et je ne l'ai jamais lu. J'en ai pourtant vu des tas d'extraits, de nombreuses séries que j'ai lu s'y réfèrent, de nombreux scénaristes que j'aime également, et Gaiman est sincèrement un de mes auteurs favoris (surtout pour Des Loups dans les murs et Coraline), mais je n'ai, pour une raison qui m'échappe totalement, jamais lu Sandman... ce qui est d'autant plus paradoxal que c'est sa bédé la plus connue.
J'ai bien lu des tas de choses plus discutables et moins intéressantes, comme son étrange reprise des Eternels ou 1602 chez Marvel, et apprécié la bêtise plus ou moins volontaire de nombreuses apparitions spontanées dans les pages du Spirit, de Spawn ou 2000AD (dont il est, lui aussi, un des produits). Mon travail favori de Gaiman en bande dessinée reste la manière dont il a continué, de façon toute naturelle mais en retournant le concept sur sa tête, le Miracleman d'Alan Moore (un autre grand monsieur dont je n'ose pas ouvrir la moitié de la bibliographie -From Hell, Top10, Tom Strong...-, mais lui, c'est parce que j'ai goûté -Watchmen, VLa Ligue-, et que j'aime pas du tout -huez moi, je m'en fous-).
De manière assez paradoxale, Sandman Mystery Theatre, inspiré de l'autre Sandman (et qui n'a rien à voir avec Gaiman), est une de mes séries Vertigo favorite et une lecture dont je ne me lasse jamais...

Sandman est dans ma to-read list depuis des années, il me vient souvent en tête quand je pense à des choses que je n'ai pas lues, mais en dehors du rapide feuilletage effectué le jour de son achat, je ne l'ai jamais ouvert. Jamais eu le temps ou jamais pris ? Aucune idée, et une partie de moi est persuadée que je ne le lirai probablement jamais. Je ne sais pas pourquoi. Trop long peut-être (ça pèse 75 épisodes, j'en avais les onze volumes disparates chez Delcourt/Panini, l'édition actuelle d'Urban Comics reprend les sept intégrales Absolute DC) ? En tout cas, je n'ai jamais cherché à les récupérer ou à les racheter. Mais je n'ai jamais retiré le marchand de sable de la liste pour autant, alors...