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lundi 18 juillet 2016

Random work of wow : fictions (vraiment) électriques

En mars cette année, une IA battait un humain au jeu de Go, jeu dont la complexité et le degré stratégique interdisait jusque là aux intelligences de synthèse l'efficacité de calcul qu'on leur connait notamment aux échecs. Cette IA était basée (plus ou moins) sur le type d'algorithme qui gère les Google cars et un tas d'autres trucs de la firme arc-en-ciel. Et ça a donné des idées à quelques créatifs.


Ainsi le mois dernier sortait Sunspring, expérience cyberpunk baroque, un délire hallucinogène de dix minutes entièrement scripté par une IA nommée Benjamin (enfin, c'est elle qui s'est choisi ce nom, elle était considérée comme "une LTSM" par ses concepteurs) que le réalisateur Oscar Sharp s'est chargé de réalisé pour Sci-Fi London, un festival annuel d'étrangeté qui, par exemple, propose un "48 hours movie challenge".
"Juste au-dessus du clavier de votre smartphone vit une intelligence artificielle. Elle a été entraînée à partir de nombreux SMS et d'e-mails, et essaie de deviner ce que vous voulez écrire. Nous étions curieux de découvrir ce qui se passerait si nous entraînions ce type de programme avec quelque chose d'autre ; des scripts de science-fiction." dit le carton d'introduction.
Pour se faire, Benjamin a été gavé de classiques du genre, de toutes les qualités, dans tous les styles disponibles, de 2001 aux X-Files en passant par Le Cinquème élément. Son intelligence devait lui permettre d'analyser et de prédire quelles répliques et actions devraient s'enchaîner. Oscar Sharp s'est ensuite entouré des acteurs Thomas Middleditch, Humphrey Ker et Elisabeth Gray, tous professionnels, pour donner vie à Sunspring, un huis-clos bizarre sans aucun sens dont la première réplique devrait logiquement venir d'une voix-off, avec laquelle la réponse lunaire n'a strictement aucun rapport, et où le héros vomit un oeil pour aucune raison.



Evidemment l'objectif n'était aucunement de faire un chef-d'oeuvre du 7ème art, mais de voir comment résonne une intelligence artificielle. Ses concepteurs jugent d'ailleurs son travail acceptable. Le résultat correspond selon Oscar Sharp à la moyenne de ce qu'une IA peut voir dans les films de science-fiction.

C'est exactement de ce principe que sont partis d'autres originaux, bien décidés à s'offrir une suite à la saga Harry Potter.
Le résultat, un texte en cinq parties d'environ quatre pages de long, est évidemment totalement incohérent, quoique grammaticalement très propre, et surtout fondamentalement drôle. Ce qui laisse une ouverture des plus intrigantes : avec une base de donnée suffisante, une IA est assez performante pour recouper les formes d'un langage donné et en reproduire la grammaire. Pour la syntaxe, par contre, il faut autre chose qu'un cerveau mathématique. C'est précisément ce qui gène les moteurs de traductions comme Google Trad, et un résultat similaire avait d'ailleurs été obtenu par Google (encore lui) lors d'un essai de poèmes artificiels il y a quelques semaines.
Evidemment, tout ça est en anglais, comme la majorité des trucs rigolos et cools qui traînent sur le net de l'amusement ces dernières années ('faut un algorithme littéraire français, nourri à Balzac et Zola, sérieusement, ce serait monumental...), et si les poèmes de Google sont facilement compréhensibles, le faux Harry Potter est autrement plus complexe. Heureusement, le site Actualitté a proposé à ses lecteurs de traduire ce mont d'incompréhension en français. Le résultat vaut franchement le coup d'oeil.
Je ne peux m'empêcher de vous en reproduire le début ici.

« Les Malefoy ! » dit Hermione.
Harry le regardait. Il ressemblait à Madame Maxime. Quand elle remontait à grands pas la mauvaise cage d’escalier pour se rendre visite à lui-même.
« J’ai peur d’avoir été bel et bien relevé du pouvoir, aucune chance – en effet ! » dit Rogue. Il replaça sa tête derrière eux et lut des groupes tandis que ceux-ci traversaient un coin pour voleter sur leurs lampes à encre, puis ramassa sa cuillère. La sonnerie de la porte retentit. Londres était beaucoup plus propre.
Hermione cria. La fête devait être organisée par Krum, bien sûr.
Harry se remit à collectionner des doigts, avec Malefoy. « Pourquoi, ne m’a-t-elle pas jamais dit… » Elle disparut. Et puis, Ron, remarqua Harry, avait presque raison.
« Déguerpissez, à présent, » dit Sirius, « je ne peux pas tracer une nouvelle voix. »
Il punit Oncle Vernon, si bruyamment qu’elle pouvait à peine l’utiliser avec Viktor Krum, ces visages dans un côté de leur année précédente. Une fois de plus, Monsieur Dursley était ce champion. Là, il allait donner le Rappelle-Tout… à chaque fois qu’il le ramassait, en haut de l’escalier de marbre vers Fred, qui se roulait par terre de douleur.
« Puante, lâche, crasseuse chose à calmer également, terrible – l’une était couverte d’encre étrange. »
Les cours devinrent petits et voletaient au loin de ses yeux acérés. « Lis-le à voix haute ! »

Je vous conseille de suivre cette dernière instruction devant un auditoire attentif. Les yeux qui s'écarquillent, les bouches qui se tordent et les oreilles qui se tendent de surprise et d'incompréhension valent toutes les erreurs syntaxiques du monde.
...de rien.

lundi 23 mars 2015

Harrison Squared is scared... or is he?




Well, first, do you read english ? I ask, because you'll need to, this is a text based game, and it sure will never be translated. Now that you know, onward...

Harrison Squared est le tout récent roman de Daryl Gregory. Dans cette histoire, pas encore disponible en VF, le jeune héros tentera de sauver sa mère de quelques horreurs lovecraftiennes du genre anciennes et visqueuses (oui, lovecraftiennes, quoi). Mais avant d'aller secourir sa maman, Harrison Squared... will die ?
C'est en tout cas ce que nous propose de découvrir monsieur Gregory qui, dans une cabriole publicitaire fort intelligente, vient d'offrir aux yeux du monde un morceau de fiction interactive (les ricains disent "choose your own adventure", nous en connaissons sous l'appellation "livre dont vous êtes le héros") au style, sinon parodique, au moins diablement caustique. Harrison y traque un monstre après s'être aventuré, une nuit d'insomnie, sur le Campus universitaire de Dunnsmouth (j'ai déjà dit que c'était lovecraftien, n'est-ce-pas ?). Enfin, si vous le décidez ainsi. Mais ce serait bête de ne pas le faire, n'écoutez pas ce narrateur qui voudrait vous voir rentrer chez vous. A mon avis, ce type (car, dans ma tête, cet individu éthéré et asexué jamais identifié est un type) a des trucs à cacher...

Préquelle maligne, cette petite douceur interactive réalisée avec Twine, un des outils les plus efficaces pour s'amuser avec des mots, est proposée en ligne et, à défaut d'être bien longue, m'a réellement donné envie de lire le bouquin qu'elle accompagne... duquel on peut lire un extrait sur Tor.com.
Ah, et elle est gratuite, aussi, c'est important, ça.

Suivez le guide...



Si d'aventure vous en voudriez plus, y a plein d'autres trucs de ce genre sur l'Interactive Fiction DataBase. On y trouve de tout, dans tous les styles bien évidemment mais aussi dans tous les codes. Et c'est là que ça devient rigolo. Vous connaissez maintenant Twine, le moteur sur lequel Harrison Squared Dies Early a été créé, mais si vous êtes un vieux gamer, il est aussi probable que vous vous souveniez de ces "jeux d'aventures textuels" du début des 80's avec commandes au clavier comme Zork. Dans ce cas, vous avez de la chance, parce que le genre est en plein boom. Y en a plein l'IFDB, mais vous pouvez aussi aller jouer directement sur Playfic, qui propose tout, outils de création et histoires par milliers, directement dans l'interface du site, ou sur textadventures.co.uk.
Bon, évidemment, il reste l'éternelle barrière de la langue. Néanmoins, si vous êtes 100% francophone, tout n'est pas perdu, et je vous recommande vivement d'aller vous perdre dans les méandres des explications de ces gens biens de chez iFiction.
Non, c'est pas franchement évident d'entrer dans le monde de la fiction interactive... Mais ça vaut le coup.